Le Sous-comité responsable des glaces de cours d'eau
du NouveauBrunswick a été mis sur pied par le Comité
technique chargé de la prévision des inondations en vertu
du Programme CanadaNouveauBrunswick de réduction des
dommages causés par les inondations (PRDCA). Les organismes suivants
en font partie : ministère de l'Environnement du NouveauBrunswick
(MENB), Commission d'Énergie électrique du NouveauBrunswick
(CEENB), Université du NouveauBrunswick (UNB) et Environnement
Canada représenté par l'Institut national de recherche sur
les eaux (INRE), l'Institut national de recherches en hydrologie (INRH),
le Service de l'environnement atmosphérique (SEA), la Direction
des ressources en eau (DRE) et la Direction de la planification des eaux
(DPE).
Le sous-comité joue un rôle de premier
plan dans l'identification des problèmes reliés à
la glace et dans la coordination des activités visant à
trouver des solutions. Ce guide a été préparé
pour renseigner le public sur les processus généraux de
la glace fluviale, sur les caractéristiques particulières
du régime de la glace fluviale du NouveauBrunswick, sur les
techniques de surveillance et les méthodes de prévision
et de contrôle.
Embâcle à un pont ferroviaire.
REMERCIEMENTS
Ce guide n'aurait pas été réalisé
sans l'étroite collaboration des organismes membres du souscomité
sur la glace fluviale. Un merci spécial est adressé aux
personnes suivantes :
Redacteurs:
N.E. Elhadi, MENB
J.G. Lockhart, PRDCA
Auteurs:
S. Beltaos, INRE
B.C. Burrell, MENB
K.S. Davar, UNB
J. Dublin, SEA
S. Ismail, CEENB
R.J. Lane, DRE
T.D. Prowse, INRH
Examinateurs:
J.E. Anderson, MENB
T.M. Humes, DPE
Pont s'effondrant sous la force
des glaces
1.0 INTRODUCTION
Les problèmes causés par la glace fluviale
sont communs au NouveauBrunswick en hiver et au printemps, à
partir du début de l'hiver, lorsque le frasil et la glace de fond
se forment, en passant par la formation et la croissance de la glace de
surface, jusqu'aux éventuelles débâcles et embâcles
au printemps. Dans plusieurs régions de la province, les embâcles
causent souvent des inondations qui détruisent des ponts et entraînent
des dommages socio-économiques importants.
Il n'est pas nécessaire de rappeler aux résidents
du NouveauBrunswick les récents événements reliés
à la glace qui ont pris des dimensions presque catastrophiques.
En 1970, les descentes de glaces et les embâcles ont détruit
32 ponts et causé des dommages pour une valeur de 14 millions de
dollars en dollars constants de 1987. En 1976, les embâcles sur
le fleuve SaintJean ont causé de graves inondations et dommages
à PerthAndover et Woodstock totalisant 3,6 millions de dollars.
Plus récemment, en 1987, un embâcle à la hauteur et
en aval de PerthAndover a causé des dommages de 30 millions
de dollars. Les dommages non documentés et incalculables augmenteraient
énormément ces chiffres.
Récemment, d'énormes progrès
ont été réalisés en ce qui a trait à
la compréhension et à la prévision des problèmes
de glace et à la réduction au minimum des dommages socio-économiques
connexes. Il convient de mettre ces nouvelles connaissances scientifiques
à la disposition du public intéressé, puisqu'il est
essentiel que le public comprenne ces problèmes et collabore à
leur gestion efficace. Le présent guide vise avant tout à
présenter les éléments de base des phénomènes
des glaces fluviales ainsi qu'à identifier les problèmes
que cellesci entraînent ainsi que les techniques de réduction;
il présente une simple et courte analyse des connaissances sur
le sujet. La partie 2, donne une description des divers "procédés
de glace". Un résumé des conditions météorologiques
et une description du régime des glaces au NouveauBrunswick
sont fournis dans la partie 3. La partie 4 donne diverses techniques
de surveillance de la glace de même que les données essentielles
à recueillir à l'aide de programmes de surveillance terrestre.
Les méthodes de prévision et les applications quantitatives
sont résumées dans la partie 5, tandis que les méthodes
de contrôle de la glace sont décrites dans la partie 6. Bon
nombre des analyses scientifiques et d'ingénierie exigent des procédures
théoriques et informatiques complexes qu'il est impossible de décrire
dans un document comme celui-ci. Le lecteur qui désire plus d'information
peut consulter la bibliographie ciincluse.
2.0 PROCESSUS DE LA GLACE
FLUVIALE
La plupart des rivières du NouveauBrunswick
sont recouvertes de glaces pendant la majeure partie de l'hiver. Le phénomène
de la glace fluviale est habituellement répartie en périodes
de gel et en périodes de dégel. Ses caractéristiques
dépendent des conditions météorologiques et de débit
qui surviennent lors des périodes de gel et de dégel. Les
processus et caractéristiques de la glace fluviale prédominants
observés dans les rivières du NouveauBrunswick sont
présentés dans les parties suivantes.
2.1 GEL
La température de l'air et la vitesse du débit
sont les deux plus importants facteurs affectant le processus de glace
au cours de la période de gel. L'échange calorifique à
la surface d'eau libre est le principal processus par lequel la température
de l'eau de la rivière chute à l'automne. Le transfert de
chaleur dépend des radiations solaires ou à ondes courtes,
du rayonnement de grandes ondes, de l'évaporation ou de la condensation,
de la convection et des précipitations. Les taux de pertes thermiques
correspondants (taux de la chaleur transférée par superficie
unitaire) peuvent être calculés selon les principes hydrothermiques
et météorologiques (Michel 1971). Des échanges calorifiques
mineurs peuvent également survenir dans le lit du cours d'eau en
raison de l'écoulement souterrain, de la chaleur emmagasinée
dans les sédiments de fond, de la chaleur géothermique et
de la friction du débit. Ces moyens d'échange calorifique
sont généralement négligeables mais peuvent devenir
importants en présence d'une nappe de glace.
Le taux de perte thermique est souvent calculé comme
étant le produit de la différence entre les températures
de l'air et de l'eau, et le facteur démontrant les conditions locales
et météorologiques. Par exemple, ce facteur variait de 20
à 60 watts/m20C pour le fleuve SaintLaurent (Shen
et autres, 1984; Prowse, 1987). En connaissant le taux de perte de chaleur
et les conditions hydrologiques du cours d'eau, on peut prévoir
la température de l'eau. La formation de glace est imminente lorsque
la température de l'eau chute à près de 0oC.
Vous trouverez ci-dessous une description du processus
de gel pour les types de glace les plus fréquemment observés
dans les rivières du NouveauBrunswick.
2.1.1 Glace de Rive
La première glace à apparaître
sur une rivière se forme habituellement le long des rives où
la vélocité est faible (Illustration 1). La glace de
rive s'accroît verticalement et latéralement vers le milieu
du cours d'eau. La croissance latérale peut avoir lieu même
si la température de l'eau principale est légèrement
au-dessus du point de congélation, selon la vitesse du débit
et les conditions météorologiques, fig. 1 (Devik, 1964).
Actuellement, la meilleure façon de prévoir le taux de croissance
latérale est d'utiliser les relations empiriques mises au point
par Newbury, 1968 et Matousek, 1984.
ILLUSTRATION 1. FORMATION DE LA GLACE DE RIVE.
2.1.2 Frasil
Il apparaît souvent du frasil dans les rivières
du NouveauBrunswick durant la période de gel et tout au long
de l'hiver dans les tronçons turbulents sans glace. Il est formé
de petites particules à la suite d'un léger refroidissement
rapide de l'eau (à environ -0,05). La quantité de frasil
est proportionnelle à l'étendue de la surface d'eau libre
et au taux de perte thermique.
Dans l'eau rapidement refroidie, les particules de
frasil adhèrent les unes aux autres, formant les "rochers"
ou "flocons" de frasil qui flottent et remontent à la
surface. Cette propriété de l'adhérence de particules
entraîne habituellement une des formes d'accumulation de glace suivantes
(fig. 2) :
Radeaux de glace : Au fur et à mesure que les
rochers de frasil prennent de l'expansion, ils forment des radeaux de
glace (Illustration 2). Ces radeaux de glace peuvent s'arrêter
à un étranglement de canal ou s'échouer contre
une nappe de glace dans les parties de la rivière où la
vélocité est inférieure à 0,6 m/s ou
quand le nombre de Froude est inférieur à 0,08. Le nombre
de Froude est défini par (V/(gH)0.5); V étant
la vélocité moyenne, g l'accélération de
la gravité et H la profondeur moyenne. Lorsque l'eau de surface
continue de perdre de sa chaleur dans l'atmosphère, ces radeaux
de glace gèlent ensemble pour former une nappe de glace continue.
Barrages suspendus : L'accumulation de frasil
contre une nappe de glace progresse vers l'amont lorsque la vélocité
du bord en amont de la nappe de glace est faible. À de grandes
vélocités, le frasil est transporté en aval sous
la nappe de glace où il adhère au dessous de la glace
dans une zone à faible vélocité. À mesure
que l'approvisionnement en frasil continue, l'accumulation de glace
sous la nappe s'accroît, formant un "barrage suspendu".
Un barrage suspendu peut provoquer un vaste blocage extensif du débit
dans la zone pour causer une augmentation des niveaux d'eau en amont
et d'éventuelles inondations.
ILLUSTRATION 2. ACCUMULATION DE FRASIL (RADEAUX DE GLACE)
Glace de fond : dans les tronçons turbulents
des rivières larges et peu profondes, les particules de frasil
peuvent adhérer au lit de la rivière et s'agglomérer
pour former de la glace "de fond". La glace de fond se forme
généralement en soirée lorsque le taux de pertes
thermiques est le plus élevé et que le refroidissement
rapide se produit. La glace de fond peut provoquer un blocage important
de la coupe transversale du débit qui entraînerait une
inondation locale. On possède peu de données sur la formation,
l'expansion et le détachement de la glace de fond.
2.1.3 Nappe de glace thermique
Dans les rivières ayant des vélocités
inférieures à 0,6 m/s et des températures sous
le point de congélation, des cristaux de glace se forment à
la surface et se lient ensemble pour créer une mince feuille de
glace. Une fois formée, cette glace commence à s'accroître
vers le bas en gelant à l'interface de la glace et de l'eau. La
perte thermique est retardée par la nappe de glace ellemême
et par la nappe de neige qui peut s'y trouver. Lorsqu'une accumulation
de frasil gèle, le taux d'épaississement de la couche de
glace solide est inversement proportionnelle à la porosité
de l'accumulation. Une simple formule semi-empirique est souvent utilisée
pour calculer l'épaisseur de la glace solide, hi, en
centimètres comme dans :
hi = ai(DF)0.5
(1)
DF = degrés-jours accumulés de
congélation (oC-jours) et
ai = coefficient empirique. Les valeurs de ai
se définissent ainsi : ai = 2,7 pour un lac venteux
sans neige; 1,7 à 2,4 pour un lac moyen avec neige; 1,4 à
1,7 pour une rivière moyenne avec neige; et 0,7 à 1,4 pour
une petite rivière abritée avec un débit rapide.
Dans le centre du NouveauBrunswick, l'épaisseur
des nappes de glace thermiques varie généralement de 38
à 80 cm; selon la rigueur de l'hiver.
2.2 DÉBÂCLE
Le temps doux fait habituellement fondre la couverture
de neige et affaiblit la nappe de glace. De plus, les fissures longitudinales
et transversales, illustration 3, réduisent davantage la force
de la nappe. Le taux de fonte nivale et de précipitations et le
ruissellement subséquent sont les principaux facteurs qui entravent
le processus de dégel. Un taux élevé de fonte nivale
et de précipitations suivi d'une augmentation rapide du débit
de la rivière, entraîne normalement une débâcle
prématurée d'une nappe de glace relativement forte. Ce type
de débâcle peut survenir au milieu de l'hiver ou tôt
au printemps, et elle provoque généralement les pires inondations.
Par contre, une fonte nivale lente provoque une augmentation graduelle
du débit de la rivière et une détérioration
graduelle de la nappe de glace, entraînant des pointes de niveaux
d'eau beaucoup moins élevées.
ILLUSTRATION 3. FISSURES LONGITUDINALES
2.2.1 Dégel d'hiver
Le centre et le sud du NouveauBrunswick connaissent
souvent des périodes de temps doux peu saisonnières à
la fin de janvier et au début de février. Ces temps sont
à l'occasion accompagnées de quantités moyennes de
pluie, ce qui entraîne un taux élevé de fonte nivale,
et par conséquent, des débits fluviaux élevés.
Les forces en aval accrues sont donc exercées sur la nappe de glace,
causant des dégels localisés et, dans certains cas, des
embâcles et des inondations. Lorsque les températures de
congélation du milieu de l'hiver reviennent, l'embâcle peut
geler et figer sur place. Dans bon nombre de cas, ce phénomène
entraîne des embâcles et des inondations plus graves le printemps
suivant.
2.2.2 Dégel du printemps
À la fin de mars ou au début d'avril, un
réchauffement général fait fondre la couverture de
neige et dégèle graduellement la nappe de glace. Ce processus
est souvent aggravé par les précipitations; il diminue la
force de la nappe de glace et augmente le débit du cours d'eau
ainsi que les niveaux d'eau. Ces phénomènes augmentent les
forces exercées sur la nappe de glace et entraînent la formation
de fissures en charnières parallèles aux deux rives, ce
qui diminue la résistance de la nappe de glace. À un certain
point, à mesure que les forces en aval exercées sur la nappe
augmentent pendant que les forces de résistance diminuent, la nappe
de glace entame son mouvement qui occasionne la désintégration
de la nappe de glace en morceaux se dirigeant vers l'aval. La distance
que parcourt la glace dépend des conditions du débit, de
la géométrie de la rivière et des conditions météorologiques
immédiatement avant et pendant la période de dégel.
À mesure que la glace brisée poursuit
son chemin en aval, sa vitesse contribue davantage au dégel de
la nappe de glace jusqu'à ce qu'elle se dépose à
un point offrant une plus grande résistance; comme à un
étranglement de canal, au bord d'une forte nappe de glace, ou au
mélange des deux. La durée de séjour de la glace
à un endroit spécifique a un impact significatif sur la
progression de la débâcle, les niveaux d'eau en amont et
l'étendue de l'inondation.
2.3 EMBÂCLES
Les embâcles sont les événements les
plus dramatiques provoqués par le dégel et l'accumulation
rapide de la glace fluviale fragmentée. Ils provoquent souvent
de soudaines augmentations massives du niveau d'eau, entraînant
de graves dommages causés par les inondations, dans certains cas
supérieurs à ceux reliées aux inondations d'eau libre.
Au Nouveau-Brunswick, environ 70 pour cent des dommages causés
par les inondations signalées sont provoqués par des inondations
reliées à la glace.
Certains endroits sont plus propices à la formation
d'embâcles que d'autres : le confluent de deux rivières,
les étranglements de canaux, les tournants prononcés, les
îles, les ponts, les tronçons de rivières peu profonds,
le bord d'une nappe de glace solide, et les changements soudains de la
pente de la surface d'eau. Les embâcles sont souvent provoqués
par une combinaison de deux ou plusieurs de ces facteurs.
La gravité d'un embâcle est généralement
influencée par le débit de la rivière, le volume
et la force de la glace fluviale, la durée de la période
de dégel, le taux de transfert thermique, la profondeur de la neige
et les précipitations. Le débit de la rivière est
le plus important facteur déterminant de la gravité d'un
embâcle.