Seul le texte prononcé
fait foi
NOTES D'ALLOCUTION
POUR
L'HONORABLE Bernard
Lord
Premier MINISTRE DU NOUVEAU-brunswick
CONSEIL POUR
L'UNITÉ CANADIENNE
« BÂTIR LE
CANADA AVEC L'APPUI DES PROVINCES »
Drummondville
(Québec)
Le 6 septembre 2001
Merci
Monsieur Parisella,
Je tiens d'abord à remercier
le Conseil pour l'unité canadienne d'avoir eu l'amabilité
de m'inviter à vous adresser la parole ce soir.
La mission du Conseil, qui vise à
mieux comprendre le Canada, ses institutions et sa population, est très
importante. Ce mandat est tout aussi pertinent aujourd'hui qu'il ne l'était
par le passé.
Je ne peux m'empêcher de souligner
que le Conseil existe depuis 1964. Pour certains d'entre-vous, cela peut
sembler long. En fait, votre organisme est né un an avant moi!
Je ne sais pas si cela rajeunit votre
Conseil et me vieillit ou vice-versa. Quoi qu'il en soit, favoriser l'unité
canadienne est un objectif qui transcende les générations.
Ce phénomène est une reconnaissance
de la façon dont nous avons formé notre extraordinaire pays
il y a près de 135 ans. Il nous rappelle que notre travail
en vue de bâtir le Canada n'est jamais terminé.
L'idéal
canadien
Le Nouveau-Brunswick, qui est l'une
des quatre provinces fondatrices de la Confédération
et la seule province officiellement bilingue, est considéré
par plusieurs comme un microcosme de ce que j'appelle l'idéal canadien.
C'est un exemple qui démontre
qu'on peut fonder un pays sur des principes comme la diversité,
la tolérance, l'équité et l'inclusion.
L'idéal canadien est perpétuel.
Il est perpétuel parce que, fondamentalement, il concerne les gens
- leurs aspirations et leur caractère. L'idéal canadien
englobe non seulement nos propres aspirations en tant que pays, mais également
le caractère qu'un si grand nombre d'entre nous essayons de transmettre
à nos propres enfants. Nous voulons que nos enfants grandissent
en acceptant la diversité, la tolérance, l'équité,
et l'inclusion. Nous, les Néo-Brunswickois, croyons en notre province
et nous croyons tout aussi fermement en notre pays, le Canada.
En tant que premier ministre du Nouveau-Brunswick,
je crois profondément que ma fonction n'est pas uniquement de bâtir
et de renforcer le Nouveau-Brunswick, mais aussi de bâtir et de
renforcer le Canada. Lorsque le Nouveau-Brunswick devient plus fort, le
Canada tout entier le devient. L'inverse est aussi vrai.
La responsabilité de bâtir
le Canada revient tout autant aux provinces qu'au gouvernement fédéral.
Bâtir
le Canada avec l'appui des provinces
En
plus de nos principes, nous, Canadiens, sommes aussi des gens pratiques.
Nous voulons ce qui fonctionne le mieux. Nous avons choisi une fédération
comme structure de gouvernance. Nous voulons que ce soit une fédération
flexible et dynamique, qui permette différentes approches aux priorités
provinciales.
Par ailleurs, les défis auxquels
fait face notre pays, exigent une coordination et une collaboration plus
grandes que jamais auparavant. Que ce soit le libre-échange, l'acquisition
des connaissances, la productivité, l'innovation et la réforme
fiscale, il n'existe pas de définition simple de la responsabilité
constitutionnelle pour les enjeux auxquels nous sommes confrontés
en tant qu'économie du savoir, industrialisée et avant-gardiste.
Pourtant, la responsabilité politique est très claire -
c'est une responsabilité qui nous incombe à tous : au gouvernement
fédéral, aux gouvernements provinciaux, et, j'ajouterais
même aux Canadiens en tant que citoyens de ce pays.
À titre d'exemple, pensons au
discours du trône du gouvernement fédéral prononcé
plus tôt cette année. Il énumère plus d'une
vingtaine d'initiatives qui impliquent une compétence provinciale
ou partagée entre Ottawa et les provinces.
Comme l'a affirmé le ministre
Dion dans un discours à la Conférence du Groupe canadien
d'étude des questions parlementaires en juin 2000, «le fédéralisme
actuel est caractérisé autant par l'interdépendance
des responsabilités que par la division des pouvoirs ».
Il nous est possible de respecter le
mandat constitutionnel et juridique qu'on nous a confié tout en
faisant preuve de pragmatisme en travaillant ensemble pour le bien de
tous les Canadiens.
Les provinces doivent travailler en
collaboration, non pas uniquement avec le gouvernement fédéral,
mais entre elles également.
Au Nouveau-Brunswick, nous avons pris
cette approche à cœur. En tant que premier ministre, je suis convaincu
que la collaboration interprovinciale est un ingrédient important
afin de construire un Nouveau-Brunswick plus fort, dans un Canada plus
fort.
Entre autres, nous avons contribué
à la création, en l'an 2000, d'un nouveau Conseil des premiers
ministres de l'Atlantique - une déclaration signée par moi-même,
le premier ministre Binns, le premier ministre Hamm et l'ancien premier
ministre Tobin - pour faire en sorte que notre région puisse parler
d'une voix plus forte et mieux coordonnée sur les dossiers régionaux,
mais également sur les dossiers nationaux. Le Conseil a déjà
permis une harmonisation accrue de nos normes dans les domaines du transport
et des assurances.
Nous avons aussi des voisins à
l'ouest avec qui nous voulons travailler. C'est pourquoi j'irai à
Québec à l'automne pour poursuivre la collaboration entre
nos deux provinces sur divers dossiers bilatéraux. L'énergie,
la santé et les transports seront des points prioritaires à
notre ordre du jour. J'ai hâte de m'asseoir avec le premier ministre
Landry pour traiter de ces dossiers.
Le mois dernier, à la Conférence
annuelle des premiers ministres qui se tenait à Victoria, malgré
le scepticisme des médias, tous les premiers ministres provinciaux
et territoriaux ont convenu que nous ne devions pas nous contenter tout
simplement de demander d'autres fonds au gouvernement fédéral
pour les soins de santé. Nous devions aussi prendre des mesures
communes pour améliorer les services de soins de santé offerts
aux Canadiens.
Pour la première fois, le programme
de la Conférence annuelle des premiers ministres a été
réparti en deux volets : les relations fédérales/provinciales/territoriales
et la collaboration provinciale et territoriale.
Je souhaite sincèrement que cela
devienne la nouvelle norme pour les prochaines conférences des
premiers ministres.
Nous avons démontré notre
capacité de travailler en collaboration sur les dossiers qui sont
importants pour les Canadiens et nous avons une obligation évidente
de poursuivre dans cette même voie.
Nous nous réunirons en janvier
2002 à Victoria pour examiner quatre secteurs clés
des services de la santé : gestion pharmaceutique; gestion
des ressources humaines; soins continus et détermination de la
portée de la pratique entre les professions de la santé.
Ce faisant, nous livrons un message
clair au gouvernement fédéral ainsi qu'à tous les
Canadiens : la meilleure façon de bâtir notre pays est de
collaborer à la réalisation d'objectifs communs.
Le citoyen qui est témoin « d'une
autre chicane entre le gouvernement fédéral et les gouvernements
provinciaux », ne voit pas toujours la situation de cette façon.
Le débat très chargé sur le financement des soins
de santé de l'an dernier a ultimement évolué, mais
il a fallu que les provinces collaborent pour faire avancer le dossier.
De même, la nouvelle politique nationale sur la construction navale
du gouvernement fédéral, même si elle ne satisfait
pas encore entièrement le Nouveau-Brunswick, est tout de même
le fruit de pressions provinciales continues exercées au cours
d'une série de conférences annuelles des premiers ministres.
D'ailleurs, le fait qu'il a fallu un
ancien premier ministre pour faire avancer le dossier comme ministre de
l'Industrie est une preuve de l'importance de la dynamique provinciale
dans l'élaboration de politiques nationales.
Il ne s'agit pas d'un concept abstrait.
C'est réel. Je pense que le Canada doit agir de façon décisive
pour adopter un modèle de fédéralisme coopératif.
Habiliter des gens
Le
fédéralisme coopératif consiste aussi à redonner
aux gens un certain pouvoir, car ultimement, ce ne sont pas envers les
théoriciens constitutionnels ou les universitaires que nous sommes
imputables. Nous sommes imputables envers les gens et ceux-ci veulent
que le Canada fonctionne.
Les gouvernements doivent être
prêts à inviter les gens à participer à la
prise de décisions. Nous ne devons pas avoir peur d'écouter
les gens, de rendre les établissements et les mécanismes
gouvernementaux plus accessibles.
Au Nouveau-Brunswick, pour rendre le
gouvernement plus à l'écoute et plus imputable envers la
population, nous avons rétabli la prise de décisions locale
et communautaire en éducation en créant de nouveaux conseils
d'éducation de district.
De nouvelles agences de développement
économique communautaire, seront crées à l'automne
et au début de la prochaine année dans chaque région
de la province. L'an prochain, des régies régionales de
santé qui prévoient une participation communautaire et locale
seront mises en place.
En mai dernier, nous avons tenu un référendum
sur l'avenir des jeux de loterie vidéos au Nouveau-Brunswick, un
exercice de démocratie directe que vous connaissez particulièrement
bien ici au Québec. Ce fut le premier référendum
provincial depuis 1967 au Nouveau-Brunswick.
C'est là un des aspects positifs
du fédéralisme. Chaque province peut adapter son approche
à la gouvernance de sorte à mieux répondre à
ses propres besoins.
Déséquilibre fiscal
Notre
capacité d'agir ainsi est toutefois influencée par ce qui
est, à mon avis, le problème national le plus pressant,
soit le déséquilibre fiscal du Canada.
À moins que nous affrontions
cet enjeu tous ensemble en tant que Canadiens, cette situation minera
notre objectif commun en tant que pays. Elle créera deux types
de Canadiens- certains plus riche et certains pauvres. Nous serons divisés
en fonction de l'endroit où nous habiterons.
L'aliénation politique deviendra
un sous-produit inévitable des inégalités économiques
et sociales croissantes.
Il existe deux types de déséquilibre
fiscal, le premier entre les gouvernements fédéral et provinciaux
et le deuxième entre les provinces elles-mêmes.
Le premier s'explique par le fait que
les provinces ont des coûts sociaux en santé et en éducation
qui augmentent, tandis que le gouvernement fédéral a des
revenus et des surplus qui augmentent.
Et le deuxième s'explique par
le fait que certaines provinces sont en meilleure situation financière
que d'autres pour répondre à ces coûts sociaux. Pourtant,
nous faisons tous face à l'augmentation des mêmes coûts
sociaux.
Renforcement de la péréquation
Le
mois dernier, tous les premiers ministres provinciaux se sont entendus
à Victoria pour dire que la solution au déséquilibre
fiscal doit être une priorité immédiate du gouvernement
fédéral. Nous avons convenu que cela devrait se faire par
le renforcement du programme de péréquation, en commençant
par l'abolition immédiate du plafond de péréquation.
Nous avons aussi demandé au gouvernement fédéral
de travailler avec nous afin de développer un programme de péréquation
plus fort et plus juste, qui compte tiendrait d'une norme pour les dix provinces
et d'un plus grand éventail des revenus.
La péréquation est un
principe des plus canadien. Elle est le reflet de l'idéal canadien
de partage de la richesse et de l'égalité de tous et de
toutes. C'est pourquoi, elle est inscrite dans notre Constitution; une
réalisation dont l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick
Richard Hatfield a été l'instigateur.
Mais ce principe fait l'objet d'attaques.
Il a été qualifié d'assistance sociale. Cela relève
plus d'un mythe que de la réalité, comme le mythe selon
lequel la péréquation est destinée uniquement au
Canada atlantique. En fait, sept provinces, y compris le Québec,
reçoivent des paiements de péréquation. Toutes les
provinces sauf l'Ontario ont à un moment de leur histoire reçu
des paiements de péréquation.
Il y a aussi le mythe que les gouvernements
de l'Ontario, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique subventionnent
la péréquation. En fait, ce n'est pas un transfert d'une
province à l'autre, mais plutôt un transfert de Canadiens
à des Canadiens par l'entremise du gouvernement fédéral.
L'objectif est de permettre aux Canadiens de recevoir des niveaux de services
publics comparables à des niveaux de taxation comparables.
Je travaille chaque jour en tant que
premier ministre du Nouveau-Brunswick afin qu'un jour nous n'ayons plus
besoin des paiements de péréquation. Entre temps toutefois,
les Canadiens au Nouveau-Brunswick ont droit à des services de
soins de santé comparables à ceux des Canadiens de toutes
les provinces. C'est le principe qu'il faut maintenir et c'est pourquoi,
lorsque la péréquation ne rencontre pas ses objectifs, le
déséquilibre fiscal qui en résulte peut engendrer,
la division et l'aliénation.
Ce
déséquilibre fiscal a un impact pour la gouvernance de notre
fédération : il engendre un certain transfert de pouvoir,
de plus en plus apparent, dans les rôles et les responsabilités
entre Ottawa et les provinces. Le gouvernement fédéral,
bénéficiant d'une souplesse financière, cherche de
nouvelles façons de dépenser et d'offrir des programmes
directement aux Canadiens plutôt que de transférer des fonds
par l'entremise des provinces qui ont des responsabilités dans
bon nombre de ces champs de compétence. Qu'il s'agisse du Fonds
des bourses d'études du millénaire ou du Fonds d'innovation
de l'Atlantique, les nouveaux dollars fédéraux ne vont pas
aux programmes partagés avec les provinces mais sont plutôt
affectés à la prestation directe par le gouvernement fédéral.
Notre
premier premier ministre, Sir John A. MacDonald, était
doué d'une prescience remarquable il y a un siècle lorsqu'il
a décelé de façon juste la situation que nous connaissons
aujourd'hui. Dans son propre style inimitable, il a prédit « avec
un gouvernement ayant de gros surplus et une grosse majorité et
une opposition fatiguée, on pourrait corrompre un comité
d'archanges. »
Je pense qu'en réglant le déséquilibre
fiscal, on rétablira l'équilibre fédéral-provincial
du fédéralisme coopératif.
Conclusion
Quand
je voyage au Nouveau-Brunswick, je dis aux gens que le Nouveau-Brunswick
sera fort lorsque toute les régions seront fortes. Je soutiens
que le même raisonnement s'applique au Canada. Nous aurons une nation
forte lorsque chaque région du Canada sera forte.
Le redressement du déséquilibre
fiscal aura pour effet de renforcer le Canada, et grâce au fédéralisme
coopératif, nous pourrons maintenir la force de notre nation.
L'esprit véritable du Canada
réside dans le partenariat, un partenariat lié par un but
bien précis et par l'idéal canadien. Lorsque ce but et cet
idéal sont remis en question, il ne faut jamais, par partisanerie
ou pour servir des intérêts personnels, faire passer le parti
avant le pays.
Nous nous devons tous, en tant que premiers
ministres, législateurs, parlementaires et citoyens, d'unir nos
efforts afin de préserver l'esprit qui a donné naissance,
il y a déjà de nombreuses générations, à
notre nation. Cet esprit est maintenant transmis à la prochaine
génération, une génération ancrée dans
notre histoire et remplie d'espoir face à notre avenir.
Merci.
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