L’économie internationale

Revue de 1998

Après une bonne performance au cours du premier semestre de 1998, les principales économies industrielles de l'Amérique du Nord et de l'Europe ont subi le contrecoup de l'agitation des marchés financiers internationaux causée par les politiques intérieures et monétaires des pays asiatiques en émergence, les difficultés du secteur bancaire au Japon et en Amérique latine et l'effondrement financier en Russie. L'enchaînement de ces problèmes a mené à un ralentissement marqué des marchés des actions, du pétrole et des marchandises, et il a fallu attendre la fin de l'année avant d'observer des signes de reprise. En conséquence, la croissance de l'économie mondiale a ralenti, passant d'environ 4 % en 1997 à quelque 2 % en 1998. Les taux d'intérêt à court et à long terme ont baissé dans la plupart des pays pour tenter de renforcer la demande intérieure et de stabiliser les marchés financiers volatiles. Dans les pays où les marchandises occupent une place commerciale importante (comme au Canada), les taux de change ont faibli par rapport au dollar américain. En Amérique du Nord et en Europe, on a poursuivi l'assainissement des finances publiques, mais les effets ont quelque peu été annulés par les politiques de stimulation du Japon.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance économique des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni s'est poursuivie à un rythme soutenu. L'activité sur le continent européen s'est accélérée dans l'expectative de l'union monétaire et de la devise commune prévues pour 1999; l'Allemagne, la France et l'Italie ont enregistré de modestes baisses de leurs taux de chômage par rapport aux sommets atteints en 1997. Au Japon, l'économie a poursuivi son déclin, malgré des programmes de stimulation dans le secteur public et le début d'une réforme structurelle du secteur bancaire en difficulté.

L'inflation dans les pays industrialisés a poursuivi la tendance au ralenti observée tout au long des années 90 et s'est maintenue en moyenne à un peu plus de 1 %. La croissance de l'emploi a enregistré des résultats inégaux : elle a fortement augmenté au Canada, aux États-Unis et en France, elle est demeurée plus modeste au Royaume-Uni et sur le continent européen, tandis qu'elle a chuté de façon marquée au Japon. En conséquence, seul le Japon parmi les sept principaux pays industrialisés a signalé une montée de son taux de chômage annuel.

Alimentée par les dépenses de consommation personnelles, l'économie américaine a maintenu sa forte croissance des dernières années, augmentant d'environ 3,5 % pour la quatrième fois en cinq ans. Un marché du travail se rapprochant du plein emploi (le taux de chômage a baissé à 4,3 % en décembre) ne semble pas avoir eu de répercussions sur l'inflation intérieure, l'indice des prix à la consommation se situant sous les 2 %. Par ailleurs, des prix moins élevés pour le pétrole et les biens industriels et une devise américaine plus forte sur les marchés internationaux ont contribué à affaiblir l'inflation. Le déflateur du PIB, une mesure plus large de l'inflation dans l'économie, a progressé d'environ 1 %, l'augmentation la plus faible depuis plus de 30 ans. La crise asiatique a, certes, eu des effets néfastes sur les exportations, et avec la montée en flèche des importations par suite d'une augmentation de la demande intérieure, a entraîné une détérioration marquée du déficit commercial. La Réserve fédérale américaine a pris des mesures pour assouplir la politique monétaire afin d'accroître l'expansion en favorisant l'accès des consommateurs et des entreprises à des capitaux permanents.

Perspectives pour 1999

En ce début d'année, les signes d'un ralentissement imminent en Amérique du Nord et en Europe sont manifestes. Cependant, les perspectives pour les États-Unis, le Canada et les pays européens qui adoptèrent la nouvelle devise européenne unique tendent, à moyen terme, vers une croissance à des niveaux plus durables. Les pays de l'euro regroupent les 11 membres qui ont joint l'Union économique et monétaire européenne le 1er janvier 1999, à savoir l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Autriche, la Belgique, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et l'Espagne. La nouvelle devise devrait permettre d'aplanir les embûches de l'union économique et contribuer à stimuler les investissements industriels. En Amérique du Nord, on peut s'attendre à une modération de la croissance attribuable à la consommation, menant à des hausses de 2,0 % à 2,5 % de la croissance réelle. Les pays d'Asie orientale continueront à subir les effets négatifs de problèmes financiers, mais ils semblent avoir dépassé le point critique. Par ailleurs, les importantes mesures de relance budgétaire et la stabilisation prévue dans le reste de l'Asie devraient avoir des conséquences positives sur l'économie et la situation de l'emploi au Japon. Les répercussions du bogue du millénaire sur l'économie mondiale sont difficiles à estimer. Le pire scénario prévoit le mauvais fonctionnement, à partir du 1er janvier 2000, de nombreux ordinateurs et autres systèmes technologiques sensibles à la date. Pour atténuer les interruptions possibles, les secteurs publics et privés de l'économie mondiale investissent depuis quelque temps dans de l'équipement conforme au passage à l'an 2000 et procèdent à des tests de défaillance des systèmes en place.

Selon l'édition de décembre des Perspectives économiques de l'OCDE pour 1999, seuls l'Italie et le Japon parmi les sept principaux pays industrialisés devraient connaître une croissance économique plus forte; tous les pays verront une reprise en 2000. L'inflation devrait être sensiblement du même ordre que l'année précédente, tandis que la plupart des pays signaleront une stabilité, sinon des réductions modestes, de leurs taux de chômage.

On s'entend pour dire que la croissance de l'économie américaine est de l'ordre de 2,0 % à 2,5 %, si la force du secteur de la consommation se maintient. Comme la confiance des consommateurs a atteint des sommets au milieu de 1998 et que les taux d'épargne des particuliers ont chuté, le niveau actuel de consommation pourrait ne pas durer à moyen terme. On peut s'attendre que la Réserve fédérale américaine prenne rapidement des mesures pour parer à tout problème perçu quant à la disponibilité du crédit pour les consommateurs et les entreprises. Une intensification des problèmes que connaissent les pays de l'Asie orientale pourrait avoir un effet de ralentissement encore plus prononcé aux États-Unis, les exportations vers la région continuant leur déclin. Le taux de chômage devrait légèrement remonter pour s'approcher de 5,0 %, tandis que l'inflation intérieure se stabilisera à un niveau à peine supérieur à celui de 1998.



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