Le produit intérieur brut (PIB) réel a enregistré une forte croissance du premier trimestre de 1997 jusqu'au milieu de 1998, avant de montrer des signes de ralentissement au troisième trimestre. Au début de la décennie, les investissements des entreprises et les exportations menaient la croissance de l'économie canadienne, les consommateurs et le secteur public y comptant pour très peu. À partir de 1997, la croissance s'est équilibrée davantage; les dépenses de consommation ont le plus contribué à la relance grâce à l'amélioration de la situation de l'emploi, la baisse des taux d'intérêt pour atteindre des niveaux plus favorables et l'augmentation rapide de la confiance des consommateurs. Par contre, la crise financière mondiale et la baisse des prix des matières premières qui en a résulté ont nui aux exportations vers l'Asie et affaibli la confiance des consommateurs durant le deuxième semestre de 1998. Pour l'ensemble de l'année, on prévoit une croissance réelle du PIB de 2,9 %, comparativement à 3,8 % en 1997. La nette amélioration de la situation de l'emploi a donné lieu au taux de croissance du revenu personnel le plus fort depuis 1995, atteignant environ 3,3 %. Les dépenses de consommation ont augmenté de façon sensiblement plus rapide que le revenu, donnant lieu à un appauvrissement des épargnes et à des niveaux d'endettement des ménages encore plus élevés. Les épargnes des particuliers en pourcentage du revenu après impôts directs est passé de 5,5 % pour le troisième trimestre de 1996 à -0,8 % pour le troisième trimestre de 1998.
Comparativement à des hausses de 264 400 et de 170 700 respectivement pour les deux années précédentes, le niveau d'emploi s'est accru de 385 800, ou 2,8 %, la croissance la plus forte enregistrée depuis 10 ans. Le taux de chômage suit une tendance à la baisse depuis le milieu de 1996 et a enregistré une moyenne de 8,3 %, le taux le plus bas depuis 1990. Après trois années de stagnation, le taux d'activité de la population active s'est accru, passant de 64,8 % en 1997 à 65,1 %. Toutes les provinces ont connu une augmentation des niveaux d'emploi, et seule la Colombie-Britannique a signalé une hausse de son taux de chômage.
En 1998, le taux d'inflation a continué à se maintenir à la limite inférieure que s'était fixée la Banque du Canada, alors que l'augmentation de 0,9 % de l'indice des prix à la consommation est la plus faible depuis 1994. Un déclin marqué de la plupart des prix des matières premières a réduit la pression sur les prix, ce qui s'est finalement traduit par des prix presque inchangés pour la majorité des biens fabriqués. Au niveau industriel, la mise en services de nouvelles installations de production ainsi qu'une légère diminution de la production ont fait baisser l'utilisation de la capacité de production au cours des deuxième et troisième trimestres. Les installations industrielles ont fonctionné à 83,5 % de leur capacité entre juillet et septembre, une baisse de 0,6 % par rapport au trimestre précédent, et 3,3 points de pourcentage sous le sommet de 86,8 % enregistré durant l'expansion économique de 1988. Malgré l'augmentation de l'emploi, l'inflation des salaires a été tempérée. Selon Travail Canada, les principaux règlements salariaux négociés se sont chiffrés en moyenne à 1,7 % au cours du premier semestre, un taux comparable à celui de 1997 mais supérieur à 1995 et 1996, où il avait atteint 0,9 %. Les règlements du secteur public et du secteur privé ont été semblables.
Les graves difficultés financières éprouvées en Asie orientale, au Japon, au Brésil et en Russie ont touché les prix des marchandises et les marchés des actions à l'échelle mondiale vers la fin de 1997 et en 1998; l'incertitude ainsi créée a entraîné une valorisation marquée du dollar américain. Or, comme le Canada est perçu sur la scène internationale comme une économie axée sur les marchandises qui est fortement dépendante du commerce extérieur, la pression à la baisse sur la devise canadienne était inévitable. Le dollar a commencé l'année à environ 70 cents américains avant de chuter à un niveau record de 63,3 cents à la fin du mois d'août. La Banque du Canada a fait passer son taux d'escompte de 5,0 % à 6,0 % pour tenter de stabiliser la devise, et le dollar a graduellement remonté le reste de l'année, clôturant à 64,4 cents en fin d'année. Au début de 1999, le dollar a repris de la vigueur, dépassant 66 cents à la mi-janvier. La hausse du dollar au cours du dernier trimestre a permis à la Banque du Canada de ramener son taux d'escompte à 5,25 % en fin d'année, une réduction équivalente à celle de la Banque de la Réserve fédérale aux États-Unis. À 6,75 %, le taux préférentiel du Canada se situe toujours à environ un point de pourcentage sous le taux préférentiel américain.
La plupart des principaux indicateurs économiques pointaient vers un ralentissement pour les derniers mois de 1998. Les ventes au détail, la rémunération hebdomadaire moyenne, les livraisons de biens de fabrication, les salaires, les permis de construction et les ventes de voitures neuves ont tous enregistré une croissance, mais à des taux plus bas que l'année précédente. L'indice composite de Statistique Canada, un indicateur avancé des perspectives économiques, n'a pu enregistrer que des gains marginaux au deuxième semestre. Si on exclut les répercussions négatives du marché boursier, toutefois, la croissance des autres composantes s'avèrait plus encourageante. Bien qu'il ait généralement affiché une tendance à la hausse, le PIB mesuré sur une base mensuelle par branche d'activité a considérablement fléchi par rapport à 1997, le secteur de la production de biens étant le maillon le plus faible.
La croissance de l'emploi devrait être plus modeste qu'en 1998, et on devrait continuer à observer une tendance à la baisse du taux de chômage. Le taux d'inflation devrait demeurer vers le milieu des limites supérieure et inférieure visées par la Banque du Canada. Les prix des matières premières sur les marchés mondiaux devraient se stabiliser puis légèrement progresser.
Si la situation le justifie, la politique monétaire américaine devrait être plus conciliante, ce qui pourrait mener à un mouvement à la baisse des taux canadiens. Par contre, si les conditions financières externes se détériorent et que la valeur du dollar canadien baisse sur les marchés internationaux, la Banque du Canada pourrait être obligée de hausser les taux d'intérêt au pays. Au mieux, seule une modeste valorisation du dollar est à prévoir, à moins que les prix des marchandises connaissent un regain important.