INTRODUCTION
Si laissé sans surveillance, le plant de bleuet de par sa nature a tendance à devenir de moins en moins
productif en vieillissant. D'une tige simple avec amplement de bourgeons floraux, il devient très ramifié
et toute son énergie est concentrée sur la croissance végétative au détriment de la formation de bourgeons
floraux. Quand ceci se produit, les bourgeons se limitent à un seul endroit aux extrémités des tiges.
Ces bourgeons sont petits et plus vulnérables aux dégâts hivernaux et la récolte est plus difficile.
En observant le comportement des plants après une taille accidentelle (feu de forêt), les amérindiens et
nos ancêtres ont vite compris que pour maintenir une bonne productivité, l'on devait provoquer ce phénomène
sur une base cyclique. Ce fut la naissance de la première forme de gestion des bleuetières. Ce type de gestion,
basé sur un cycle de 2 ou 3 ans, entraînait la croissance de nouvelles tiges à partir de la couronne ou des
rhizomes ayant la caractéristique de produire une multitude de bourgeons floraux.
Les techniques de taille du bleuet sauvage ont donc débuté par l'utilisation du feu comme moyen de détruire
la partie aérienne. Avec le temps, on a développé une technique de taille mécanique qui est moins coûteuse
et davantage utilisée de nos jours.
Qu'importe la méthode employée, le but de la taille est de détruire ou enlever les plants existants à
un niveau se situant le plus près possible du sol (moins qu'un pouce).
Si ce n'est pas le cas, la repousse se fera à partir du bout de tige non détruite plutôt que du rhizome
directement.
QUAND TAILLER
Lorsque l'on parle aux producteurs du meilleur temps pour effectuer la taille,
on s'aperçoit qu'ils ont chacun leur préférence. On croit qu'une taille à l'automne diminue la quantité de
débris et permet un départ plus hâtif le printemps suivant. D'autres seront plus spécifiques et détermineront
le temps de la taille en fonction de la technique employée ou des conditions existantes au
champ à un moment donné (accès, humidité).
Tout d'abord, il est important de signaler que la
taille doit se faire pendant la période de dormance des plants. Ceci se situe après la première gelée
importante de l'automne (le feuillage tourne rouge) et avant le début de la reprise de croissance le printemps
(débourrement des bourgeons). Une taille trop tôt à l'automne résulte en moins de réserves de nourriture qui
seront entreposées dans les rhizomes et qui serviront à la reprise de la croissance le printemps suivant,
tandis qu'une taille trop tard le printemps raccourcit le temps de pousse végétative avant le début de la
formation des bourgeons floraux (de la mi à la fin de l'été) résultant en un potentiel de récolte plus bas.
La technique utilisée doit aussi être considérée dans le choix du moment propice.
Le brûlage avec de la paille donne une taille plus uniforme le printemps que l'automne.
Avec les brûleurs à l'huile, il n'y a pas de différence, si c'est bien fait, sauf que la recherche a
démontré une croissance légèrement supérieure avec le brûlage du printemps, sans doute à cause des éléments
fertilisants libérés par le brûlage.
Dans le cas de taille avec la faucheuse à fléau, il y a parfois plus
de différences. Avec un fauchage d'automne, la plupart des tiges non coupées à ras le sol seront sans doute
détruites pendant l'hiver. Si la taille est faite au printemps, la partie aérienne non détruite donnera une
croissance de bourgeons latéraux au détriment de tiges issues des rhizomes. Ces tiges sont moins productives.
On se doit donc d'être plus vigilant sur la qualité de la taille si le fauchage se fait au printemps.
LA TAILLE THERMIQUE
La taille par l'utilisation du feu offre plusieurs avantages que la taille mécanique n'a pas.
La chaleur produite détruit les parties aériennes des plantes provoquant la libération d'éléments nutritifs
et améliorant la croissance de nouvelles tiges productives. Ça permet aussi de réduire l'incidence des
maladies, des mauvaises herbes et des insectes hivernant sur ou près de la surface du sol. Parmi les principaux insectes ainsi contrôlés, il y a
l'arpenteuse de l'airelle, l'altise du bleuet et la tisseuse du bleuet. La chaleur peut aussi détruire les
champignons responsables de la pourriture sclérotique et de la moisissure grise.
Lorsque l'on utilise le feu comme moyen de taille, il est très important de contrôler son intensité.
Si la source de chaleur est trop forte, la taille sera bien effectuée mais il en résultera une destruction
rapide de la matière organique. Il ne faut pas oublier que les rhizomes croissent dans cette couche de
matière organique. De plus, l'excès de matériel utilisé (huile) accroît les coûts de la taille.
D'un autre côté, des sources de chaleur trop faibles ne détruiront pas uniformément les plants de bleuet et
la productivité du champ ne sera pas uniforme à la récolte suivante. Il faut donc une bonne connaissance des
équipements et de leur efficacité sous différentes conditions d'humidité, de vitesses d'utilisation et de vents.
Pour que le brûlage soit efficace, il faut que la chaleur ne fasse qu'éclater les bourgeons.
Bien souvent, on brûle avec beaucoup plus d'intensité qu'il le faut. Le meilleur temps pour brûler est lorsque
le sol est encore gelé ou au moins humide. Ça aide à conserver la couche de matière organique.
Pour cette raison, les brûlages tardifs le printemps devraient être légers.
Le brûlage d'une bleuetière ne devrait jamais se faire sans permis ou sans coupe-feux bien
entretenus. La règlementation pertinente au brûlage est expliquée dans le feuillet d'information A.10.0.
Les principales techniques de taille par le feu sont les suivantes:
Feu libre (free burn):
Avec cette méthode peu coûteuse, on se fie sur le matériel organique présent dans le champ tel
les plants de bleuets et les mauvaises herbes comme combustibles pour brûler le champ. La quantité de
matériel combustible va varier énormément à l'intérieur d'un champ ce qui résulte en un brûlage non-uniforme
au niveau de la couverture du terrain et au niveau de l'intensité du feu. Ainsi, il se peut que
le feu soit trop fort, entraînant la perte de matière organique ou que le feu ne soit pas assez fort
pour faire une taille adéquate et uniforme.
Avec cette technique, l'on doit brûler une journée où l'air est sec et avec un vent léger.
Ce n'est pas la meilleure technique à conseiller dû à la non-uniformité des résultats obtenus.
Si on emploi cette technique, l'on se doit de repasser avec un brûleur portatif pour brûler les endroits
non taillés.
Brûlage avec la paille:
Plusieurs producteurs emploient la paille pour brûler leurs bleuetières.
La paille est épandue à la main ou par moyens mécaniques. Il est important que
la paille utilisée soit exempte de mauvaises herbes et qu'elle soit épandue de façon uniforme,
si on veut un brûlage de qualité. Pour de meilleurs résultats, il faut épandre la paille à l'automne.
La neige aidera à la compacter près des plants. Ça prend environ 1 tonne de paille à l'acre et parfois
ça peut aller jusqu'à 2 tonnes, dépendant de l'uniformité de l'épandage. Le plus uniforme l'épandage,
le moins de paille on a besoin.
Une personne peut épandre manuellement 40 à 50 balles de paille sur environ 1 acre par jour.
Avec les épandeuses mécaniques, la superficie varie de 18 à 20 acres/jour.
La paille d'avoine est considérée donner la meilleure propagation et qualité de feu.
Suivent la paille d'orge, de blé et le vieux foin, cependant, aucune recherche n'existe pour le prouver.
Ce commentaire résume l'opinion des producteurs ayant fait l'essai de différents types de pailles.
Pour avoir une bonne propagation du feu, la paille devrait être d'environ 1 pied et être épandue
uniformément. Plus la paille est courte, plus ça en prend pour avoir une bonne propagation.
Il faut éviter d'utiliser de la paille qui reste humide et en motte.
Le meilleur temps de brûler avec l'utilisation de paille est le printemps lorsque la température est
d'environ 20 C, que la surface du sol est sèche et qu'il y a présence d'un vent léger.
De bons coupe-feux sont nécessaires et le feu doit être fait de façon à brûler le champ en partie,
débutant à l'extrémité opposée au vent. Le brûlage avec de la paille est la meilleure technique de
taille pour les champs aux conditions très accidentées où l'utilisation de machinerie est impossible.
Straw burning is best suited to fields that are too steep and/or too rocky for pruning with machinery.
Brûleurs à l'huile:
Les premiers brûleurs à l'huile ont été développés dans les années '40.
Ce type de brûleur possédait 3 ou 4 têtes agissant comme des torches.
La consommation d'huile avec le type conventionnel était d'environ 227 litres par heure.
Avec la crise énergétique des années '70, on a développé des têtes plus économiques.
Parmi celles-ci, il y avait la tête du type Bossé et la tête économique.
Ces améliorations ont permis des économies de l'ordre de 40 à 60% comparé aux têtes conventionnelles.
Une étude au Maine a démontré que le taux d'huile nécessaire par acre peut varier en fonction du
type de têtes employées:
- tête conventionnelle: 459 litres/ha (41.2 gal/acre)
- tête économique: 277 litres/ha (24.7 gal/acre)
- tête bossée: 185 litres/ha (16.5 gal/acre)
Lors de l'emploi de cette méthode, il est très important d'avoir des coupe-feux autour du champ.
De plus, on devrait élargir, l'automne ou le printemps, la ligne de protection en brûlant une bande
tout autour du terrain. Plus il y a de déchets à brûler, plus c'est important.
Une journée ensoleillée et peu venteuse est la condition idéale pour le brûlage.
Les journées humides doivent être évitées. Sous des conditions défavorables,
la consommation d'huile peut augmenter de 30 à 40%.
TAILLE MÉCANIQUE
La faucheuse à fléau est la toute dernière technologie employée pour la taille du bleuet.
Cette méthode peut être aussi bonne que le brûlage, si elle est bien faite.
Cette technique est une autre façon de détruire les tiges de bleuet et ainsi favoriser le
développement de nouvelles tiges directement des rhizomes. Dans des terrains où il y a des effleurements
rocheux, c'est le seul type de faucheuse qui doit être utilisée car de par sa fabrication,
on ne risque pas de tout casser s'il y a passage sur de la roche.
Les faucheuses rotatives (brush cutter) ne sont pas à conseiller parce qu'elles endommagent trop
le terrain et la coupe n'est pas uniforme. Il est possible d'utiliser des tondeuses à gazon mais
cette technique n'est bonne que sur de très petites superficies et où il n'y a pas présence d'arbustes.
Les avantages de la faucheuse à fléau:
- Les tiges de bleuet et de mauvaises herbes taillées au niveau du sol ne nuiront pas à la récolte, augmentant ainsi la facilité de ratissage et la qualité du fruit.
- Les résidus de plants laissés à la surface du sol améliorent la capacité de rétention des champs.
- Dans des situations où l'érosion des sols peut être un problème, celle-ci en réduit l'intensité.
- Ça augmente le niveau de matière organique aidant ainsi à réduire le lessivage de pesticides.
- Comme le niveau de matières organiques augmente, ça entraîne une augmentation des éléments nutritifs disponibles pour les plants de bleuet.
- L'augmentation de la matière organique à la surface du sol peut aider à la propagation des rhizomes parce qu'ils aident à régulariser la température du sol.
- Les conditions climatiques n'influençent normalement pas le temps d'exécution des travaux.
- Dans les champs où le contrôle des mauvaises herbes est très bon, l'utilisation de "brush cutters" n'est pas nécessaire avant l'utilisation de la faucheuse à fléau, résultant en une économie. Dépendant des types de faucheuses et de la condition des couteaux, celles-ci pourront faire un très bon travail même où il y a des broussailles ayant jusqu'à 2.5 cm de diamètre.
- Le coût de la taille est grandement réduit améliorant ainsi la rentabilité de l'entreprise.
Les désavantages de la faucheuse à fléau:
- Les terrains doivent être relativement plats et sans trop de roches. Donc, des travaux d'amélioration peuvent être nécessaires.
- L'incidence des insectes et des maladies peut devenir plus grande.
- Si la technique n'est pas bien maîtrisée, ça peut résulter en une diminution des rendements et une perte de revenus par la production de plants moins vigoureux issus du bout de tiges non détruites.
Types de faucheuses à fléau:
Plusieurs compagnies vendent ce type d'équipement qui varie en qualité.
Certains modèles ont été développés spécifiquement pour les champs de bleuet.
Dans des conditions de fauche difficile, il faut s'assurer que le type acheté aura la solidité nécessaire
pour effectuer le travail. On peut se procurer des faucheuses variant de 60 cm à 4.5 m de largeur et seule la
condition du terrain détermine la largeur requise. On peut avoir des machines actionnées par la prise de force
du tracteur, d'autres propulsées par hydraulique et d'autres avec moteur individuel.
Il est possible de regrouper les faucheuses pour couvrir une plus grande largeur.
Chacun doit faire une analyse de sa situation et déterminer le type en fonction de ses besoins.
Conseils pour réussir la taille avec la faucheuse à fléau:
- Choisir la largeur qui convient à votre type de terrain. Plus la machine est étroite, plus le parcours du terrain sera suivi.
- Des faucheuses trop larges vont manquer les petites dépressions et faucher trop en profondeur les buttes.
- Il semblerait que ce soit une bonne idée de fertiliser au printemps les champs ayant été fauchés. Ainsi, on observe une meilleure croissance. L'absence d'éléments relachés comme dans le cas lors du brûlage (surtout l'azote) et l'augmentation de la demande pour la décomposition des résidus expliqueraient ce besoin.
Vitesse du tracteur:
- Il faut aller très lentement pour faire un bon fauchage. Normalement, la vitesse se situe entre 1 et 2 mph. Le plant n'a pas besoin d'être coupé pour avoir de bons résultats. L'essentiel, c'est que l'écorce extérieure soit enlevée. Les conditions hivernales détruiront la tige.
- La hauteur de coupe doit être vérifiée régulièrement et ajustée en fonction de l'usure des couteaux. Il faut tailler aussi près du sol que possible. Si la coupe est trop haute, il y aura développement de bourgeons sur ce qui reste de la tige. Ces bourgeons sont moins productifs. Éviter de faucher le sol en profondeur car vous pouvez endommager des rhizomes.
- La fauche devrait toujours se faire l'automne après que le feuillage ait tourné rouge et commence à tomber. La taille peut se continuer jusqu'aux neiges. Une taille d'automne réduit l'incidence de développement à partir du bout de tiges non coupées car celui-ci peut mourir avec les conditions hivernales que nous connaissons.
- Il peut être nécessaire de faire des brûlages par endroits là où la faucheuse n'aura pas accès.
- Sécurité: Toujours se tenir loin d'une faucheuse en opération et toujours arrêter le tracteur si on a à travailler sur la pièce d'équipement.
LA TAILLE DES BLEUETS SAUVAGES
DANS L'AVENIR
Des facteurs économiques et autres vont probablement forcer les producteurs à utiliser davantage
les faucheuses à fléaux. Le brûlage sera sans doute utilisé périodiquement pour contrer
l'incidence des maladies et insectes. D'un autre côté, on verra peut-être une évolution dans
une combinaison de fauchage et brûlage léger. Présentement, il y a d'autres méthodes présentement à
l'essai incluant l'utilisation d'aspirateurs qui détruiraient par la chaleur certains insectes et maladies
puis retourneraient le matériel organique au sol. De plus, plusieurs compagnies travaillent présentement
sur des versions améliorées des brûleurs à propane.
CONCLUSION
Les techniques de taille peuvent être considérées équivalentes en autant que chacune d'elles soit
adéquatement utilisée pendant la période de dormance des plants. La réussite dépend beaucoup plus du
type de gestion que vous avez que de la technique utilisée.
| Certaines parties du document furent prises du factsheet # 229,
"Pruning Lowbush Blueberry Fields, University of Maine. |
Rédigé par Gaétan Chiasson, agr.,
Spécialiste en horticulture, et John Argall, agr., Spécialiste de la culture du bleuet,
Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural Nouveau-Brunswick du N.-B.
Automne 1995