PARTIE A: CHOIX DU SITE
Pour arriver à prendre une décision à savoir s'il faut ou non développer un terrain pour la culture du bleuet
sauvage, il faut faire l'analyse de plusieurs facteurs pouvant influencer la productivité et la rentabilité de
celui-ci. Que l'on ait le choix entre plusieurs sites ou non, une telle analyse est toujours justifiée.
Les principaux points à considérer dans l'analyse d'un site sont:
Le % de couverture de plants de bleuet
La quantité de plants sur le terrain ainsi que sa distribution est sans doute l'aspect No. 1 à considérer
lors du choix d'un site. On donnera préférence à un terrain où les plants de bleuets sont uniformément
distribués un peu partout avec une bonne densité de chaque clone.
Un minimum de 50% de couverture est acceptable mais l'on devrait regarder à un minimum de 75% pour
rentabiliser plus vite la production.
Lorsque l'on parle de couverture, on fait référence à la proportion du
champ où il y a des plants tandis que la densité réfère au nombre de plants ou tiges par unité de surface,
(ex. 10 tiges/.09 m²). Avec une bonne gestion, c'est plus facile d'augmenter la densité que la couverture
d'un champ.
Les essences végétales prédominantes
Par ceci, l'on veut dire les espèces de plantes présentement en croissance sur le terrain.
Voici plusieurs situations:
- Un ancien champ recouvert de bleuets représente sans doute la situation idéale pour débuter une bleuetière. Les coûts d'ouverture sont au minimum et le terrain n'a pas besoin d'être nivelé. De plus, ce type de terrain est habituellement plus fertile et contient moins de clones du type myrtilloïde (plant pubescent) qui sont incompatibles pour la pollinisation avec le type angustofolium (fruit bleu commun). Cette incompatibilité peut résulter en une diminution de rendements.
- Dans une situation de forêt de résineux matures, le travail de déboisement et nettoyage est énorme mais la vente de bois peut couvrir en partie et parfois en entier les frais de coupe et de nettoyage. Un désavantage important est le coût relié à l'enlèvement des souches pour mécaniser les opérations de production. De plus, les travaux de nivelage ne devraient se faire qu'après deux cycles de production retardant ainsi la mécanisation des opérations.
- Avec un mélange de résineux composé de jeunes arbres et d'arbres matures, le coût relié au nettoyage sera beaucoup supérieur au revenu provenant de la vente du bois. Il est donc très important de considérer ce coût supplémentaire avant de mettre en production ce genre de terrain.
- Si la forêt est composée principalement de feuillus, on peut s'attendre à une augmentation des coûts reliés au contrôle de la repousse, sur une période de plusieurs années. Le coût de l'enlèvement des souches est un facteur important à considérer car il est généralement plus coûteux que l'enlèvement de souches de résineux. Par contre, ce type de sol est plus fertile et produit généralement des rendements plus élevés.
- Dans le cas où le terrain serait principalement des broussailles (suite à une coupe de bois ou un feu de forêt), la mécanisation des opérations de nettoyage est un avantage. La majorité des développements se sont faits à partir de conditions semblables.
Les conditions physiques du terrain
Les principales caractéristiques à considérer ici sont:
- La présence ou non de roches (gros cailloux, roches de surface et profondeur de la roche mère) est importante à considérer. La présence de grandes quantités de roches de moyennes dimensions peut rendre le nivelage plus coûteux que l'enlèvement de quelques très gros cailloux.
- Comment accidenté est le terrain? Car le nivelage peut être coûteux et destructif.
- La topographie. Est-ce que les pentes sont trop abruptes pour la mécanisation des opérations de culture et peuvent-elles être susceptibles d'érosion et de lessivage de pesticides et d'engrais?
- La présence de souches. Est-ce que leur présence peut empêcher une mécanisation des opérations et quel est le coût pour les enlever?
Le drainage de l'air
Un bon drainage naturel de l'air est important pour minimiser les dangers de gel au printemps dû à une masse
d'air stagnante située dans une cuvette ou la partie la plus basse du terrain. Si on ne peut pas modifier le
terrain pour faire évacuer cet air, il faudrait éviter de développer cette partie à risque.
Le drainage du sol
Le drainage du sol est aussi très important. Les types de sols qui ont tendance à retenir de l'eau en
surface pour de plus ou moins longues périodes doivent être évités à moins qu'une modification ne rectifie
le problème. Si le sol est trop saturé ou inondé longtemps au printemps, ça entraînera un retard sur les
travaux culturaux dûs à l'impossibilité d'utiliser de la machinerie lourde et de plus, les plants seront
affectés dans leur croissance. À moins que les travaux soient faits à la main à l'automne, il faudrait
éviter une telle situation.
La qualité du sol
Le bleuet n'a pas besoin d'un sol très profond pour croître. Quinze (15) à vingt (20) cm de sol est
suffisant. Cependant, si la couche de sol, incluant la matière organique et la partie minérale est trop mince,
la production sera affectée. La couche de matière organique devrait être de 1 cm au minimum.
La culture du bleuet peut se faire sur une grande gamme de fertilité du sol.
Les sites sont généralement plus productifs si la fertilité du sol est élevée et le pH entre 4.5 & 5.5.
Les sols préalablement cultivés, dont la couche de matière organique a bien été mélangée,
ont tendance à être plus productifs que les sols forestiers. Ainsi mélangée, on pense que l'activité positive
de la matière organique est accentuée.
Le type de mauvaises herbes
Il est bon de s'assurer que les mauvaises herbes présentes puissent être contrôlées de façon adéquate par
l'emploi de pesticides ou manuellement. Si le terrain est infesté d'un type de mauvaises herbes difficilement
contrôllé, on devrait l'éviter (quatre-temps et faux houx).
L'accès au terrain
Il est primordial d'avoir un accès sûr, en tout temps. Ceci permettra:
- De faire les travaux au temps approprié.
- Aux cueilleurs de s'y rendre facilement.
- La surveillance des champs pour éviter les cas de vol et vandalisme.
- Vérifier le champ pour détecter des problèmes d'insectes et maladies.
- Un accès rapide en cas de feux de forêt.
Proximité de développement résidentiel
L'emploi de pesticides devient de plus en plus controversé dans la société d'aujourd'hui.
Il est donc important de considérer l'aspect environnemental et s'assurer que les pratiques culturales
ne causeront pas d'ennuis avec la communauté avoisinante, ex.: contamination de l'eau,
dérivés de pesticides, feu, fumée, etc.
Proximité des cours d'eau
Lors d'un développement, il est important de considérer la proximité d'un cours d'eau et respecter la
règlementation sur la zone de sécurité exigée entre la bleuetière et celui-ci.
PARTIE B: DÉVELOPPEMENT DU TERRAIN
Le développement d'une bleuetière, ou l'ouverture du site, consiste à abattre tous les arbres
et/ou arbustes et à les enlever pour débuter les travaux de production.
L'on peut brûler les
débris dans des endroits dénudés du champ ou dans les coupe-feux. Cependant, l'on doit éviter
de brûler des tas où il y a présence de plants de bleuet car la chaleur du feu endommagera les plants
et rhizomes sous-jacents. Ça prendra ensuite des années pour que le bleuet se rétablisse et parfois,
la perte de productivité pourra être monétairement supérieure au coût d'enlever les débris du champ.
Lors de l'abattage des arbres, une façon efficace est de bûcher de façon à empiler les débris en andains puis
les retirer du champ par la suite. Plutôt que de les brûler, les débris peuvent être déchiquetés et laissés sur
le champ. Ils formeront de l'humus en se décomposant et ce paillis aidera à conserver l'humidité du sol.
Lors de l'abattage du bois, il faudra que les souches soient coupées à ras de sol afin de ne pas
interférer avec les travaux nécessaires pour la mise en production. On devra prendre soin de garder
des lisières de forêt ou d'arbustes à intervalles réguliers. Ces lisières serviront de brise-vents et
favoriseront l'accumulation de neige et la pollinisation. Pour plus de détails sur les brise-vents,
veuillez vous référer au feuillet d'information A.4.0.
Finalement, un coupe-feu devrait être érigé en
périphérie du champ comme moyen de protection lors du brûlage. Ces coupe-feux devront rencontrer les
exigences du ministère des Ressources Naturelles et de l'Énergie. Le feuillet d'information
A.10.0 vous informera sur le sujet.
Rédigé par Gaétan Chiasson, agr., Spécialiste en horticulture, et John Argall, agr.,
Spécialiste de la culture du bleuet, Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural
Nouveau-Brunswick du N.-B.
Automne 1995