Agriculture, Pêche et Aquaculture
 
Ministère de l'Agriculture, l'Aquaculture et des Pêches
New Brunswick's Provincial Flower:  The  Violet  (Viola  cucullata) New Brunswick's Provincial Bird:  The  Chickadee  (Parus  atricapillus)
  La mouche du bleuet




C2.3.0

Espèce: Rhagoletis mendax Curran

IMPORTANCE ÉCONOMIQUE ET DOMMAGES

La mouche du bleuet (aussi connue sous le nom mouche de l'airelle) est présente dans les régions canadiennes suivantes: Nouvelle-Écosse, Ile du Prince Edouard et Nouveau-Brunswick (excepté les comtés suivants: Restigouche, Madawaska, Victoria, Carleton). Quelques infestations très localisées ont été rapportées au nord-est du lac Erié en Ontario de 1993 à 1994 mais il se peut que les populations ont été éradiquées. Il est strictement défendu d'expédier des fruits frais en provenance des provinces maritimes, vers les provinces de Terre-Neuve ou de la Colombie-Britannique. Les expéditions de produits frais vers toutes les autres régions non infestées du Canada et quelques régions des États-unis doivent être certifiées comme étant exemptes de cet insecte.

La mouche du bleuet est l'insecte ravageur le plus important du bleuet sauvage. Quoique les larves endommagent le fruit, c'est surtout sa présence dans ceux-ci qui en fait un ravageur important. Ces larves ne sont pas nuisibles à la santé, cependant leur présence fait que les fruits frais, en conserve ou congelés, ne sont pas acceptables pour la mise en marché. Le dommage est initié par les femelles lorsqu'elles pondent un oeuf à l'intérieur du fruit. Les larves, en se développant, se nourrissent de l'intérieur du fruit qui devient ratatiné. Les fruits infestés ont tendance à tomber prématurément. Ceux qui restent sur les plants et sont récoltés peuvent entraîner des pertes majeures étant donné que pour la plupart des marchés frais, c'est la tolérance zéro qui prévaut, tandis que le seuil de tolérance acceptable est bas pour les marchés de transformation. Veuillez consulter votre acheteur pour connaître ses exigences sur ce sujet.

CYCLE BIOLOGIQUE ET DESCRIPTION

La mouche du bleuet a quatre stades de développement: oeuf, larve, pupe et adulte. L'émergence varie avec les années et les localités. Au N.-B., les adultes émergent la dernière semaine de juin au sud et la première semaine de juillet au nord. La presque totalité des mouches émergent dans une période de trente jours. Cependant, des captures peuvent être faites jusqu'à la période de gel à l'automne. Les mouches se développent pour 1 à 2 semaines puis la ponte débute. Ça correspond à la période où l'on trouve les premiers bleuets mûrs. Les femelles pondent pendant quinze à vingt-cinq jours, cependant la ponte dure plus longtemps (30 jours) vu que l'émergence des adultes se fait sur une longue période. Chaque femelle peut pondre jusqu'à 100 oeufs. Normalement, on retrouve un oeuf par fruit.

Les oeufs sont minuscules et de couleur blanche. L'éclosion prend de sept à dix jours. La larve (Figure 1) aussi appelée "asticot" se nourrit pendant deux à trois semaines. À maturité, elle mesure 8 mm de longueur, est de forme pointue à une extrémité et arrondie à l'autre. De la mi à la fin août, les larves quittent les fruits pour entrer en pupaison de 3 à 5 cm dans le sol.

Les pupes sont ovales, de couleur jaune-brun et mesurent 3 à 4 mm de longueur. La plupart des pupes émergent sous forme adulte l'année suivante (généralement l'année de la pousse). De 5 à 20% restent dans le sol pour deux ans avant de se développer en adultes. À peu près un pourcent reste dans le sol pour trois ou quatre ans.

L'adulte (Figure 2) mesurant de 3 à 4.75 mm de longueur est un peu plus petite que la mouche domestique. Le corps est brun noir avec des marques de gris et de blanc. La femelle a quatre bandes blanches à travers l'abdomen tandis que le mâle en a trois. Elle possède un appendice ressemblant à une aiguille qui lui permet de pondre à travers la pelure du fruit. Cet appareil, appelé ovipositeur, peut être déployé au besoin de son abdomen. L'abdomen du mâle est légèrement plus arrondi que celui de la femelle. L'envergure des ailes est de 8 mm.

La mouche du bleuet est identique en apparence à la mouche de la pomme, espèce: Rhagoletis pomonella (Walsh). Cependant, l'absence de pommiers près des bleuetières fait qu'elle n'y est pas présente. De plus, la mouche de la pomme n'attaque pas les bleuets. La mouche du bleuet a des marques très distinctes sur ses ailes ce qui la distingue des autres espèces similaires (Figure 3). Cette bande brun foncé presque noire a la forme d'un F avec une ligne continue à la base du F. Chez la trypète noire des cerises (espèce:Rhagoletis fausta (Osten Sacken)) les bandes sont semblables sauf que la ligne à la base n'est pas continue.

La mouche du bleuet attaque d'autres types de fruits sauvages que l'on peut retrouver dans ou près des bleuetières. Parmi ceux-ci il y a le gaylussaccia à fruits bacciformes, l'amélanchier, l'aronie, le quatre-temps, la gaulthérie couchée et l'airelle vigne-d'Ida. La présence de ces mauvaises herbes peut résulter en une augmentation du niveau d'infestation. Les quatre-temps peuvent être davantage une préoccupation car ils produisent des fruits annuellement.

LUTTE

Pratiques Culturales. Les pratiques culturales suivantes peuvent aider à contrôler la mouche du bleuet: la taille, l'assainissement des champs et le contrôle des mauvaises herbes. La taille des champs réduit les populations car sans production de fruits l'année de celle-ci, les femelles ne trouvent pas de fruits pour pondre. Ça les force à voler ailleurs pour déposer leurs oeufs. La taille est une technique plus efficace dans les champs isolés et non divisés que dans ceux qui sont grands et divisés en sections de récolte et de pousse végétative. L'assainissement des champs comprend: 1) Ne pas laisser de bleuets non récoltés lors d'infestation. Il faut éviter de laisser des lisières ou des sections de champ non récoltés. 2) Les débris résultant du vannage doivent être enlevés du champ ou des alentours de celui-ci. Ces débris qui peuvent contenir de grandes quantités de larves doivent être détruits. Le contrôle des mauvaises herbes est important car les mouches peuvent s'y mettre à l'abri. De plus, certaines mauvaises herbes peuvent servir d'hôtes alternatifs pour la ponte et le développement de l'insecte.

Dépistage. Des trappes rectangulaires Pherocon®1 AM sont utilisées pour évaluer les populations de la mouche du bleuet. Un côté est jaune (ça attire l'insecte) et est enduit d'un matériel collant. Elles peuvent aussi être appâtées avec une substance à base de protéine. On les suspend à une tige à une hauteur de 10 à 15 cm au-dessus des plants de bleuets. La trappe est placée en forme de V avec le côté jaune vers l'extérieur (Figure 4). Les trappes sont placées à un taux de deux par hectare dans un endroit où il y a beaucoup de fruits et préférablement à l'abri des vents dominants. Les endroits les plus propices sont près des boisés, des buissons, des piles de déchets (souches, roches). Dans le cas de champs divisés, on devrait en placer adjacent au champ en pousse végétative. Dans les champs plus grands que 10 hectares, elles devraient être placées à tous les 100 mètres en bordure du champ et 10 mètres vers l'intérieur et de préférence dans les sections du champ ayant connu des infestations les années précédentes. On installe les trappes la dernière semaine de juin au sud de la province et la première semaine de juillet au Nord. On les inspecte trois fois par semaine.

Le premier contrôle doit être appliqué de 5 à 7 jours après la première capture, si un degré de tolérance zéro est désiré ou si le champ est reconnu pour avoir des infestations continues. Autrement, les trappes doivent continuer à être vérifiées et un arrosage doit être appliqué lorsque le nombre de mouches capturées atteint une moyenne de une par trappe par jour. On continuera à vérifier les trappes afin de déterminer si un deuxième contrôle est nécessaire. À chaque vérification, on enlève les mouches pour facilitier le comptage. Un deuxième arrosage est requis 7 à 10 jours après le premier, lorsque l'on capture en moyenne une mouche par trappe par jour. Vous devriez garder pour références le taux de capture pour chaque section de champ. Les trappes doivent être remplacées à toutes les 2 ou 3 semaines car elles se détériorent et deviennent recouvertes d'une multitude d'autres insectes. On a donc besoin de 2 à 3 trappes par location par saison.

Le dépistage nous fourni de l'information sur la date d'émergence et le niveau des populations. Cette information permet aux producteurs de déterminer le moment le plus propice pour l'utilisation de pesticides ainsi que leur justifications.

L'ancienne méthode de contrôle était basée sur le développement du fruit. Un arrosage était effectué environ une semaine après l'apparition des premiers fruits rouges. Un deuxième arrosage était appliqué dans les champs fortement infestés de 7 à 10 jours après le premier. La méthode basée sur l'utilisation des trappes nous fourni plus d'information précise.

Dépistage des champs en pousse végétative. Lors d'études récentes, on a étudié la possibilité de contrôler la mouche du bleuet l'année de la pousse végétative. L'idée était basée sur la possibilité de contrôler les mouches adultes avant leur déplacement vers les champs en production. Dans ce cas, à la fois les champs en production et ceux en pousse végétative sont vérifiés. La technique consiste à vérifier la présence de la mouche du bleuet dans le champ en pousse végétative tel que décrit auparavent. Un contrôle est recommandé de 5 à 7 jours après la 1ère capture. Le champ en production est en surveillance continuelle et arrosé seulement lorsque le nombre de mouches capturées est de une par trappe par jour. L'adoption de cette technique modifiée peut amener des problèmes la première année. Pour cette première année, il serait souvent nécessaire d'arroser à la fois les deux sections du champ si celui-ci est divisé en années de récolte et de production. Cette méthode a eu du succès dans l'élimination d'un arrosage dans les champs en production adjacents tout en maintenant un compte de larves variant de zéro à quelques-unes par litre. Ce programme peut être utile pour les marchés acceptant de faibles infestations de larves. Lorsqu'il est réussi, ce programme modifié permet d'éliminer le besoin de faire une pulvérisation dans un champ en production éliminant ainsi le risque de résidues d'insecticides sur le fruit. On obtient plus de succès dans les champs isolés qui ne risquent pas d'être contaminés par de fortes populations de mouches venant de champs qui ne sont pas sous le contrôle du producteur.

Évaluation. On doit vérifier l'efficacité du dépistage avec les trappes et évaluer le contrôle en déterminant le niveau de larves par litre de fruits. Un minimum de 2 échantillons de 1 litre de fruits par hectare doivent être récoltés des champs et analysés avant le début de la récolte commerciale. La méthode à suivre est décrite dans le feuillet C2.4.0 " Détection de la mouche du bleuet dans les fruits". Cette vérification permet parfois de localiser un problème dans des cycles de production ultérieurs.

Contrôle. Une bonne gestion de cet insecte est l'effet combiné de l'emploi de toutes les pratiques de gestions décrites auparavant: une taille à tous les deux ans, la récolte complète des fruits, le contrôle des mauvaises herbes, le dépistage, l'identification des adultes, l'arrosage et l'évaluation. Si infestée de mauvaises herbes, la lisière extérieure du champ ainsi que les sections abandonnées devraient être arrosées. Les champs qui ne sont pas divisés en pousse végétative et récoltés permettent un meilleur contrôle de la mouche du bleuet vu que la majorité des mouches émergent de la section en pousse végétative.

Les recommandations sur les insecticides homologués ainsi que sur leurs taux d'application sont énumérés dans le Guide de Protection du bleuet sauvage (Feuillet C1.6.1 de cette série). De l'information additionnelle peut être obtenue d'un des représentants agricoles énumérés dans le guide.

1 L'emploi de noms de commerce dans cette publication est pour but d'identification seulement et ne signifie pas l'endossement des produits cités ni un critique envers les produits similaires non-mentionnés.


Fig. 1 Stade larvaire de la mouche du bleuet

 


Fig. 2 L'adulte de la mouche du bleuet

 


Fig. 3 L'aile de la mouche du bleuet (haut) & trypète noire des cerises (bas)

Fig. 4 Trappe pour la mouche du bleuet

Références: USDA, Tech. Bul. No. 275, 1932; Maine Agr. Exp. Sta. Bul. 500, 1952; Canadian Agricultural Insect Pest Review, Vol. 64, 1986; Atlantic Agriculture, fact sheet ACC.-1018, 1986; Univ. of Maine, fact sheet No. 201, 1987; Agr. Can. Pub. 1477/E, 1989; Agriculture & Agri-Food Canada, Summary of Plant Pest and Disease Situations in Canada, 1994; NS Dept. Agr. & Marketing, Blueberry Fruit Fly Fact sheet, 1995; PMAO, The Management of Blueberry Insect Pest Workshop Report, 1995.

Rédigé par: Christopher Maund, agr., Entomologiste Provincial, Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural Nouveau-Brunswick du N.-B.; Evans Estabrooks, agr., Agronôme-chercheur, Agriculture & Agro-Alimentaire Canada, Station de Recherche, Fredericton; et Gaétan Chiasson, agr., Spécialiste en Horticulture, Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural Nouveau-Brunswick du N.-B.

Hiver 1996