Agriculture, Pêche et Aquaculture
 
Ministère de l'Agriculture et de l'Aquaculture
New Brunswick's Provincial Flower:  The  Violet  (Viola  cucullata) New Brunswick's Provincial Bird:  The  Chickadee  (Parus  atricapillus)
  Fertilité des sols et fertilisation pour la production du bleuet sauvage




D.2.0

INTRODUCTION

Les plants de bleuet sauvage produisent des récoltes commerciales sur ce qui peut être considéré comme les sols agricoles les plus pauvres en fertilité de la planète. Ces sols acides ont des niveaux d'éléments essentiels pour la croissance des plants très bas et des niveaux élevés d'éléments reconnus non désirables pour la croissance des plantes. Pendant que la majorité des cultures agricoles ne pourraient pas performer dans ces types de sol, le bleuet sauvage a réussi à s'adapter pour survivre dans ce type d'environnement reconnu non favorable à la production agricole. Malgré ces adaptations, cette récolte semble bénéficier favorablement de l'apport de fertilisants organiques ou synthétiques.

Le rougissement prématuré du feuillage peut être signe d'une pauvre nutrition

La variété de type de sol, sur lequel le bleuet sauvage pousse au N.-B., est très diversifié, dû à la diversité de l'origine des sols et du type de gestion qu'ils ont reçu dans le passé. Certaines grandes zones de sol sablonneux peu fertile, avec un historique de feu de forêt régulier, ont produit des landes (barrens). Ce sont de grandes étendues de terre, où la croissance d'arbre est limitée et comportant un nombre limité d'espèces végétales bien adaptées au feu, tel le bleuet sauvage. Le bleuet sauvage peut aussi être présent dans des zones de forêt mixte et est une des premières espèces à coloniser une ancienne terre agricole qui n'a pas bénéficié, dans le passé, d'application de chaux, fumier et d'engrais.

FACTEURS AFFECTANT LA FERTILITÉ DE BASE DES BLEUETIÈRES AU N.-B.

Le bleuet sauvage est présent sur une grande variété de type de sol au N.-B. Il y a quelques landes dans la province et la majorité d'entre elles ont été aménagées pour la culture du bleuet sauvage. Les landes de la région de Pennfield sont des loam sablonneux avec des niveaux relativement élevés de matière organique à lente décomposition et un niveau moyen d'éléments majeurs. Par contraste, les landes du Nord-Est du N.-B. ont tendance à avoir un taux plus bas de matière organique et de fertilité de base beaucoup plus faible. Les plants de bleuet sauvages cotoient, sur ces terrains, d'autres espèces dont le pin gris. Il y a quelques autres landes dans la province, principalement dans les comtés du centre et de l'est, mais elles sont de petites dimensions. Ces types de terrain ont tendance à démontrer un besoin plus grand d'apport fertilisant.

En général, les champs issus d'une forêt mixte ou de feuillus, sont plus fertiles que ceux issus de forêt de résineux. Ceci est dû à la nature du matériel décomposé et dû au fait que ces sols sont de nature beaucoup plus riches. Dans la même ligne de pensée, les bleuetières développées à partir de champs de foin abandonnés, ont tendance à être plus fertiles que ceux issus de pâturage, parce qu'ils ont bénéficié d'un meilleur style de gestion et ayant été labourés, la distribution de la couche de matière organique est plus uniforme à travers le profil. C'est sans doute ce qui explique la capacité supérieure de production de ces bleuetières issues de vieux champs abandonnés versus celles développées à partir de terres forestières.

En général, on peut affirmer que le potentiel de récolte dans les sols fertiles est plus élevé, quoique l'habileté de gérer la fertilisation de ces champs est plus complexe par le fait que le problème de mauvaises herbes peut être plus sérieux à régler dû à leur capacité de répondre positivement à une application d'engrais fertilisant.

COMPOSANTES DE LA FERTILITÉ DU SOL

Il y a plusieurs composantes associées à la fertilité du sol et on doit les connaître afin d'établir le besoin fertilisant des plants de bleuet et développer les recommandations d'engrais appropriées. Les quatre composantes les plus mesurables sont: le contenu en matière organique, l'acidité du sol (pH), le contenu en éléments majeurs, ainsi que celui des éléments mineurs.

1. La matière organique: Ceci fait référence à la composante du sol, qui n'est pas d'origine minérale, mais qui consiste en du matériel d'origine organique, qui a atteint un certain niveau de décomposition. Étant donné que le contenu minéral des sols de base est relativement peu fertile, la matière organique présente peut être une source d'approvisionnement importante à long terme pour la nutrition des plantes. Une étude faite en 1992 au N.-B. a révélé que le contenu en matière organique des sols se situait entre 2.5 et 12%. Les niveaux les plus bas sont associés avec les types de sol présents dans la Péninsule Acadienne, le comté de Kent et la partie centrale de la province. Vu que le brûlage des bleuetières peut avoir un impact négatif à long terme, sur le contenu en matière organique, il est préférable d'utiliser la taille mécanique (fauchage) dans les champs inférieurs à 3%. Un brûlage, à tous les 2 ou 3 cycles, peut cependant aider à stabiliser et réduire une incidence grandissante des insectes et maladies causée par l'utilisation du fauchage. Ceci est expliqué en détail dans le feuillet de renseignement C1.5.0

2. L'acidité du sol (pH): L'acidité du sol est exprimée à l'aide d'un nombre que l'on appelle le pH. L'échelle du pH va de 1 à 14, avec 1 signifiant une condition très acidique et 14 signifiant le moins acide. Comme exemple, l'eau pure est généralement de pH 7. Le pH des sols à bleuet au N.-B. varie de 3.9 à 5.3. La plupart des cultures agricoles, autres que le bleuet, auraient de la difficulté à tolérer un tel niveau d'acidité, parce qu'à ce niveau, la disponibilité des éléments essentiels pour la croissance des plantes est très limitée et que ceux toxiques sont disponibles à un plus grand taux. D'anciens documents de l'Université du Maine recommande d'élever le pH des sols de bleuetières, afin d'améliorer la croissance des plants et obtenir de meilleurs rendements. Une récente recherche au N.-B. a failli de démontrer cet effet, mais des recherches supplémentaires seront nécessaires pour arriver à une conclusion définitive.

3. Les éléments majeurs: Ce sont les éléments que l'on retrouve en grandes quantités dans la composition de toutes les parties de la plante. Ça représente les trois éléments normalement retrouvés dans les engrais complets, (ex.: 17-17-17 ou 18-46-0) et qui sont l'azote, le phosphore et le potassium (aussi exprimé en terme N-P-K). Les éléments majeurs comprennent aussi le calcium (Ca), le magnesium (Mg) et le soufre (S). Le rôle de ces éléments est perçu comme étant important pour la croissance normale du bleuet.

    (a) L'azote: Cet élément est si essentiel dans les plants, qu'un manque va donner des plants courts avec de petites feuilles, qui seront vert pâle dans les situations extrêmes. Ces plants, plutôt faibles, seront plus sujets à l'attaque des maladies. La disponibilité de l'azote du sol est hautement reliée à la matière organique et sa décomposition. Donc, la disponibilité de cet élément peut être limitée dans un environnement faible en matière organique, ou lorsque des périodes de sécheresse, associées à une faible fertilité, sont défavorables à la décomposition de la celle-ci.

    b) Phosphore: Le phosphore est aussi un élément important pour la croissance des plantes. Il joue un rôle actif dans les parties responsables de la croissance, telles les méristèmes apicales, les fleurs, les graines et les radicelles. C'est sans doute le seul élément dont on peut diagnostiquer visuellement une déficience dans le bleuet. Celle-ci est caractérisée par un rougissement prématuré des feuilles, des taches pourpres et ce que l'on croit être une pré-disposition au blanc (voir feuillet C3.3.0).

    La disponibilité du phosphore est très bas dans les champs de bleuet, étant donné que cet élément a tendance à être retenu aux particules du sol à cause de l'environnement acide. Cependant, on pense que l'assimilation de cet élément par la plante, est associé aux mycorhizes, qui sont des champignons vivants sur les racines des plants de bleuet. Ces mycorhizes fourniraient au plant les éléments tels le phosphore, en retour de composés nécessaires à leur nutrition issue de la photosynthèse. Nous ne connaissons pas grand chose de cette relation entre les mycorhizes et le plant de bleuet sauvage. Cependant, nous pouvons affirmer avec une certaine assurance, suite à des études sur d'autres plantes, que: plus la fertilité du champ est basse, plus l'association avec les mycorhizes est importante; que les mycorhizes sont stimulées par un bon niveau d'azote dans le sol; que les mycorhizes sont moins actives lorsqu'il y a beaucoup de phosphore disponible et que les mycorhizes peuvent aussi être impliquées dans l'absorption d'autres éléments par le plant de bleuet et aussi lui donner une résistance accrue aux maladies.

    Le phosphore est une composante commune des recommandations d'engrais et a démontré être utile pour raviver les champs en déclin au N.-B. Il semble aussi être très utile pour aider la plante à récupérer, suite à des conditions de stress, telles le nivelage ou des dommages d'hiver au niveau des racines.

    c) Potassium: Très peu de recherches ont été effectuées sur le rôle du potassium dans la nutrition des plants de bleuet, mais on peut assumer, suite à des études sur d'autres espèces, que cet élément peut jouer un rôle dans la résistance au froid et dans les organes de réserves tels les rhizomes. Le contenu des sols sablonneux est toujours faible de cet élément. On peut donc assumer que c'est le cas pour beaucoup de bleuetières. Une analyse foliaire le démontre d'ailleurs la majorité du temps.

4. Les éléments mineurs: Dans les plantes, les éléments mineurs sont essentiels mais requis qu'en très petites quantités. Juste quelque-uns ont fait l'objet de recherche et ce, basé principalement sur l'impact qu'ils avaient sur la croissance de d'autres fruits. Des applications foliaires de Bore, tôt l'automne, a démontré avoir un effet positif sur la mise à fruit le printemps suivant. Au N.-B., cet élément est incorporé aux formulations d'engrais et appliqué sous forme granulaire le printemps de l'année de pousse végétative. On le recommande ainsi parce que c'est pratique et qu'il y a des évidences indiquant qu'il peut être autant efficace. Étant donné qu'il n'est requis qu'en très faibles quantités, nous recommandons qu'une analyse foliaire soit effectuée à chaque cycle de production pour déterminer le besoin de l'incorporer dans les formulations d'engrais. Le Zinc a aussi été mentionné en terme d'augmenter la résistance des bourgeons floraux au froid, mais cette théorie n'a jamais été démontrée par la recherche.

AUTRES PARTICULARITÉS DISTINCTES DANS LA NUTRITION DU BLEUET SAUVAGE

La taille fournit quelques particularités uniques dans le cycle nutritionnel du bleuet sauvage. On a démontré que la taille par le feu peut aider à libérer des substances nutritives particulièrement si celle-ci est fait le printemps. Cependant, c'est évident que les brûlages intensifs répétitifs peuvent enlever du système sol-plante des éléments nutritifs par lessivage ou par voie aérienne (fumée). Le fauchage, contrairement, favorise la conservation des substances nutritives et contribue au maintien de la matière organique. Cependant, c'est commun de fertiliser un champ après une taille par fauchage, afin d'éviter d'avoir des plants courts.

Une autre particularité de la nutrition des bleuetières est l'impact résiduel des engrais. Étant donné que les sols de bleuetières ont tendance à avoir un taux de conversion des éléments très bas, l'impact des engrais appliqués a été mesuré pendant plusieurs années après leur application dans des parcelles de recherche.

LE DIAGNOSTIQUE DE L'ÉTAT NUTRITIF DES CHAMPS DE BLEUET

Certains champs révèlent leur pauvre état nutritif par la courte croissance des plants et la grandeur des feuilles, mais parfois, ce phénomène ne peut être réellement apprécié que par des gens ayant vu plusieurs champs en meilleure condition. Le rougissement prématuré du feuillage peut être indicateur de pauvre nutrition, mais il y a aussi d'autres conditions, telles des dommages d'hiver aux racines, qui peuvent porter les plants à avoir une apparence maladive.

Un outil beaucoup plus fiable pour évaluer l'état nutritionel d'un champ est l'analyse de feuilles. Lorsque les feuilles sont échantillonnées à la fin de la période de croissance des tiges, l'année de la pousse végétative (se référer au feuillet D.1.0), le contenu nutritif des feuilles sont comparées à des valeurs standards reportées dans le Tableau 1. Ça permet aux agronomes de recommander les engrais appropriés. Si l'échantillonnage se fait sur plusieurs cycles, ça permet à l'agronome de juger de l'impact d'un régime fertilisant et de développer une stratégie à long terme. Ceci est la situation désirable à la fois en terme économique et dans une perspective environnementale.

Tableau 1. Standards pour les éléments dans le feuilles de bleuets selon Trevett (1972)

 

Élements majeurs %

Éléments mineurs (ppm)

 

N

P

K

Ca

Mg

Zn

B

Mn

Fe

Cu

De
À

1.6
2.0

.125
.222

.40
.90

.27
.52

.13
.25

25
50

24
60

750
1490

50
100

7
14

ÉTUDES SUR LA FERTILISATION DES BLEUETIÈRES

L'effet de l'apport de fertilisants sur la croissance et le rendement du bleuet sauvage a été démontré depuis près de cinquante ans. Beaucoup de travail fait avant l'introduction du Velpar n'a pas pu démontrer les effets réels de l'apport fertilisant à cause de l'effet des mauvaises herbes, qui étaient stimulées elles aussi créant ainsi un effet négatif. Depuis les vingt dernières années, les recherches ont été beaucoup plus concluantes.

De longues recherches en Nouvelle-Écosse ont démontré des améliorations de rendement sur certains site ayant reçu 300 lbs de 17-17-17 à l'acre. Des recherches au Maine démontrent des rendements accrus avec l'emploi de 18-46-0, jusqu'à un taux de 400 lbs/acre.

Ici, au N.-B., il n'y a aucun doute que l'apport d'engrais peut améliorer la croissance et le rendement des bleuetières, particulièrement lorsque l'on a atteint un bon contrôle des mauvaises herbes. Au début des années 1980, une étude au nord-est du N.-B. a démontré des augmentations de densité et de rendement par l'apport d'urée (46-0-0) aussi bien que par l'utilisation d'engrais plus complex. Plus récemment, une étude sur plusieurs cycles, à plusieurs sites dans la province a révélé qu'une formulation simple comme du 17-17-17 peut accroître les rendements de l'ordre de 25% dans la plupart des champs de la province. Dans les situations, où il apparait que les champs souffrent d'un manque de phosphore (feuilles tournant rouge avec des taches mauves), ceux-ci semblent bénéficier d'un engrais à haute teneur en phosphore tel le 9-46-0 (MAP) ou le 18-46-0 (DAP). En général, les recommandations sont faites dans le but d'apporter un minimum de 25-35 lbs d'azote à l'acre pour la culture, dépendant des types de sol et des régions. En comparaison avec les études faites en Nouvelle-Écosse et au Maine, ces taux peuvent paraître faibles. De plus récentes recherches sur les landes du nord-est du N.-B. semblent indiquer qu'un taux supérieur serait plus bénéfique que les recommandations de base traditionnelles. Les applications d'engrais, au-dessus des taux recommandés, devraient être évitées pour des raisons environnementales.

De plus en plus, toutes les recommandations issues du M.A.A.R.N.B. comprennent l'ajout de Bore au taux variant de 1 à 2 lbs par acre. C'est que pratiquement tous nos sols en sont déficients. L'évolution des taux de cet élément devra être vérifiée constamment par les résultats des analyses foliaires, pour éviter d'être dans une position où cet élément deviendrait disponible en trop grande quantité.

DIRECTIONS FUTURES DANS LA FERTILISATION DES BLEUETIÈRES

Au N.-B., le perfectionnement des connaissances sur tout le concept de la fertilisation des bleuetières, pour améliorer la production, demeure un défit prometteur. Quelques domaines dans lesquels des améliorations pourraient survenir bientôt sont:

  • le développement d'engrais "complet", spéciale-ment pour les besoins des bleuetières du Nord-Est de la province;
  • l'application d'engrais plus d'une fois pendant le cycle de récolte surtout l'année de la récolte;
  • l'essai et l'expérimentation de nouveaux types de fertilisants, tels le gypse;
  • une plus grande compréhension de l'impact d'éléments mineurs tels le zinc et le cuivre;
  • l'utilisation d'engrais organique, qui pourrait répondre plus adéquatement aux besoins nutritifs des plants de bleuet sauvage;
  • le développement de nouveaux standards, qui nous permettraient d'évaluer l'état nutritif des feuilles par une évaluation de celles-ci l'année de la récolte. Ça rendrait l'échantillonnage plus logique.

    Références: En plus de plusieurs rapports présentés lors de réunions de producteurs par: Leonard Eaton, Kevin Sanderson, and Jack Smagula:
    Eaton, L.J. 1988. Nutrient Cycling in Lowbush Blueberries. Ph.D. thesis, Dalhousie University. 170 pages.
    Korcak, R.F. 1988. Nutrition of Blueberry and Other Calcifuges. Hort. Reviews 10; 183-227.
    Sanderson, K.R. , M.R. Carter and J.A. Ivany. 1996.
    Effects of gypsum on yield and nutrient status of native lowbush blueberry. Can. J. Plant Sci. 76: 361-366.
    Trevett, M.F. M.T. Hilborn and R.E. Durgin. 1969. An apparent relation between powdery mildew and nutrient
    element balance in lowbush blueberry leaves. Research in the Life Sciences.1 0-13.

    Rédigé par John Argall, Agr. P., Spécialiste du bleuet; Gaétan Chiasson, Agr. P., Spécialiste en horticulture; et Yves Martineau, Spécialiste des sols, Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural du N.-B.

    Printemps 1998