Assemblée législative du Nouveau-Brunswick
Réponse au discours du trône
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Réponse au discours du trône

par M. Camille Thériault,
chef de l'opposition officielle

le 16 novembre 2000

Extrait non révisé du Journal des débats (hansard)

Le texte du discours est rendu accessible
par le bureau du greffier de l’Assemblée législative.
La version électronique n’est diffusée qu’à titre documentaire.
L’imprimé du Journal des débats (hansard) fait foi.

[Traduction]
Je vais commencer aujourd'hui par vous faire part de quelques nouvelles du front. On vient de me remettre un bout de papier, et je veux informer la Chambre que, selon les chiffres d'il y a quelques minutes, plus de 405 242 personnes au Canada avaient signé une pétition portant que Stockwell Day change son prénom à Doris. J'ignore à quoi aboutira la pétition. Je présume que, comme on dit, que sera, sera . . .

[Original]
Je voudrais commencer aujourd'hui en rendant hommage à l'hon. Marilyn Trenholme Counsell pour le bon travail qu'elle ne cesse d'accomplir comme lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick. Je la félicite particulièrement pour son dévouement constant pour les initiatives d'alphabétisation de la petite enfance.

Monsieur le président, je voudrais aussi vous offrir mes meilleurs voeux aujourd'hui. La journée d'hier n'était qu'un avant-goût de la session animée qui s'en vient. Je sais quand même que vous travaillerez à maintenir l'ordre et le décorum à la Chambre, en raison de votre grande passion pour celle-ci et pour le processus démocratique.

Je tiens à rendre hommage à la sergente d'armes, à la greffière, au greffier adjoint, aux commissionnaires et au personnel de l'Assemblée législative, qui assurent le fonctionnement de la Chambre du début de l'avant-midi jusqu'à tard le soir. Sans eux, l'important processus démocratique ne pourrait pas se poursuivre.

J'aimerais aussi souhaiter la bienvenue aux pages. Je suis heureux de constater que Renée, Billy, Tracy et Leanne sont de retour pour braver une autre session. Je me réjouis également de voir de nouveaux jeunes visages. À ceux-ci, bienvenue à l'Assemblée législative.

Je tiens aussi d'une façon particulière à remercier les gens de Kent-Sud pour leur appui au cours des 13 dernières années. Pour un parlementaire, je crois que l'appui qu'elle ou qu'il reçoit des gens de sa collectivité est très important et surtout, du fond du coeur, très apprécié. Je veux aussi remercier les gens de la fonction publique du Nouveau-Brunswick. J'ai eu le privilège de collaborer avec ces personnes si dévouées et je peux dire en toute confiance qu'elles constituent la meilleure fonction publique du Canada. Ces personnes continuent de nous donner leur coopération pendant que nous travaillons pour les gens de notre circonscription.

Je remercie le personnel de notre bureau. Comme ceux et celles d'entre nous qui siègent à la Chambre, les membres de notre équipe qui travaillent dans les coulisses sont là parce qu'ils croient au Nouveau-Brunswick et qu'ils ont de l'espoir pour la province. Ils travaillent sans relâche chaque jour au nom de notre caucus et des gens du Nouveau-Brunswick.

Je veux rendre hommage aussi à mes amis et collègues à mes côtés, car ils sont parmi les meilleures personnes que je connaisse. Nous sommes très déterminés et nous avons une vaste expérience. Je veux remercier chacun et chacune d'entre vous pour l'engagement que vous avez pris à l'égard de votre travail. Chacun et chacune d'entre vous apporte à notre caucus des points de vue et des talents uniques, et je suis fier d'avoir l'honneur de mener une équipe si dévouée et si passionnée.

Enfin, j'aimerais rendre hommage aux gens de la province. J'ai le privilège de représenter les gens du Nouveau-Brunswick depuis 13 ans, à divers titres. Et ce moment est une période importante pour les gens de notre province.

Je sais que, pendant la dernière session, le premier ministre se plaisait à répondre aux questions en nous rappelant le mandat que son parti a reçu en juin 1999. J'espère qu'il respectera autant le mandat que chaque membre de notre caucus a reçu des gens de sa circonscription, le mandat de défendre les valeurs auxquelles nous adhérons : la fierté dans notre province, la confiance en nos entreprises, l'équité de nos programmes sociaux et les investissements dans notre bien-être à long terme.

Nous sommes tous fiers de siéger à la Chambre et de continuer notre travail au nom de nos convictions et de nos circonscriptions. Cependant, je rappelle à mes amis d'en face un principe que nous connaissons tous en tant que parlementaires : aucune victoire électorale n'est définitive, et aucun mandat n'est éternel. Nous comprenons tous, de ce côté-ci de la Chambre, que nos victoires personnelles dans le passé appartiennent simplement à cela, c'est-à-dire au passé. Nous n'avons pas eu le mandat de nous féliciter ; ce que nous avons reçu, c'est le mandat de travailler encore plus fort pour l'avenir. Alors, j'espère que les parlementaires de tous les partis feront comme nous et se résoudront à ne pas invoquer leurs victoires de 1999 pour ne pas avoir à expliquer leur bilan en novembre 2000. Il n'y a pas d'électorat libéral, conservateur ou néo-démocrate aujourd'hui mais juste des gens du Nouveau-Brunswick et ceux et celles qui doivent travailler en leur nom jour après jour.

Je parle aujourd'hui des jours à venir et aux gens du Nouveau-Brunswick.

Nous sommes entrés dans le XXIe siècle depuis près d'un an. Nous nous trouvons à un carrefour. Nous commençons à voir qu'il y a des personnes qui veulent affaiblir ce qui caractérise les gens du Canada et du Nouveau-Brunswick, des personnes qui ont de l'avenir du Canada une vision fort différente de celle qu'ont un grand nombre d'entre nous.

À une époque où certaines forces aimeraient polariser et transformer radicalement notre pays, nous sommes contraints de réfléchir à notre identité nationale, à ce que nous sommes et à ce que nous croyons.

[Traduction]
Il est probable que peu d'événements au cours de l'histoire de notre pays ont conduit les Canadiens et les Canadiennes, d'un océan à l'autre, à réfléchir à ce que signifie le fait de vivre dans notre magnifique pays. Les historiens politiques s'empressent de dire que le Canada n'a pas connu les moments déterminants qui permettent à un peuple de façonner son caractère national. Toujours est-il que, pendant une semaine en octobre, notre identité nationale a absorbé notre pays. La mort de Pierre Elliott Trudeau, le 28 septembre, a plongé notre pays dans le deuil et, plus important encore, dans la réflexion.

Comme d'autres, je me suis demandé pourquoi la mort d'un premier ministre qui avait quitté le pouvoir il y a 16 ans avait presque paralysé le pays. En pensant à lui, je ne me suis pas vraiment attardé aux réalisations de Pierre Elliott Trudeau, même si son institution du bilinguisme et le rapatriement de la Constitution ont été des moments forts de l'histoire du Canada. Non, M. Trudeau était loin de se mesurer seulement à ses réalisations politiques.

Je me suis souvenu de 1968, année où, assis dans le salon de la famille à Baie-Sainte-Anne, je surveillais à la télévision le congrès libéral qui a choisi Pierre Elliott Trudeau. Je pensais que c'était excitant, presque aussi excitant qu'une partie de hockey. Je me souviens que cela a été un samedi soir très important et que le nouveau chef charismatique m'a dès lors marqué.

Comme je l'ai dit, je n'avais que 13 ans. Vous comprendrez donc que j'étais plutôt impressionné par le fait que le premier ministre de notre pays conduise une voiture sport et glisse en bas des rampes d'escalier. Toutefois, j'ai aussi apprécié sa profonde intelligence et surtout — avant tout — son amour de notre grand pays.

À 24 ans, j'ai eu l'occasion de rencontrer cette grande figure du Canada, ce que je n'oublierai jamais. Les gens de chez nous, à Baie-Sainte-Anne, avaient organisé une soirée pour mon père, et, croyez-le ou non, Pierre Trudeau avait pris un vol depuis la Chine à destination de Chatham. Le décalage horaire l'avait un peu affecté. Il était assis là, dans notre salon, à Baie-Sainte-Anne, alors que nous attendions d'aller à la soirée. À l'époque, la question de la sécurité du premier ministre du pays ne se posait pas tellement. Ce n'était pas comme aujourd'hui. Trudeau décide donc de faire une promenade. Nous habitions assez près de la mer, à Baie-Sainte-Anne. Le premier ministre va donc se promener, tout fin seul. Environ cinq minutes plus tard, le téléphone sonne à la maison. Maman répond puis devient tout énervée, parce que la dame à l'autre bout du fil était tout énervée. Josée, Josée, dit la dame, je crois que je perds la tête. Qu'est-ce qui ne va pas, Tinto? demande maman. À Baie-Sainte-Anne, tout le monde a un sobriquet. Qu'est-ce qui ne va pas, Tinto? demande donc ma mère. L'autre répond : Josée, je crois que je perds la tête ; un type vient de passer tout près de la maison et il ressemble tout à fait à Trudeau. Et c'était bien Pierre Elliott Trudeau — et ma première rencontre directe avec lui. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais.

[Original]
M. Trudeau n'était pas seulement une image ; sa classe cachait un homme d'une intelligence supérieure, un homme qui avait passé toute sa vie, depuis ses années au collège Jean-de-Brébeuf, à se faire une vision, d'abord pour lui et ensuite pour le pays.

Que l'on ait été d'accord ou non avec M. Trudeau n'est plus vraiment important. Un grand nombre de personnes qui n'étaient pas d'accord avec lui le respectaient et l'admiraient même.

[Traduction]
Pour M. Trudeau, il était impératif que ses actions et ses décisions soient en accord avec sa vision. Parce que ses décisions prenaient appui sur des convictions personnelles profondes, il n'avait jamais peur d'affronter ses détracteurs et les mettait au défi d'éprouver la solidité de leurs propres idées dans l'arène du débat politique. Par-dessus tout, je me souviendrai de sa passion profonde et incessante pour le Canada, de son rêve d'un pays fort, compréhensif et compatissant.

Si M. Trudeau nous a appris ce qui caractérise les gens du Canada, Louis Robichaud, lui, a appris à un grand nombre d'entre nous ce qui caractérise les gens du Nouveau-Brunswick. L'ancien premier ministre et sénateur Robichaud a eu 75 ans le mois dernier. Il a donc pris sa retraite du Sénat canadien, mettant ainsi un terme à une longue carrière productive au service de la population de sa province et de son pays.

Sauf pour quelques rencontres, M. Trudeau a été un chef lointain, un visage à la télévision ou dans les journaux du matin.

[Original]
Mais la présence de Louis Robichaud a été beaucoup plus concrète dans ma vie.

Ayant grandi à Baie-Sainte-Anne dans les années 60 dans une famille très politisée, j'ai appris à connaître à fond les politiques de Louis J. Robichaud. Il est certain que sa vision du Nouveau-Brunswick, vision d'une province progressiste et bilingue, a façonné ma propre pensée politique.

[Traduction]
Le plus important héritage de l'ancien premier ministre est bien sûr le programme Chances égales pour tous. Il est difficile maintenant, un peu plus de 30 ans après son instauration, de croire que ce programme a déjà été considéré radical. Le programme Chances égales pour tous est maintenant si bien ancré dans le tissu social du Nouveau-Brunswick que nous risquons de le tenir pour acquis. Je dois cependant lancer une mise en garde à chacun d'entre nous : si nous commençons à le tenir pour acquis, quelqu'un tentera sûrement de nous l'enlever.

Avant Chances égales pour tous, comme certains d'entre nous s'en souviennent, les municipalités étaient responsables de la santé et de l'éducation ainsi que de la perception des impôts qui servaient à les payer. Les comtés bien nantis pouvaient se permettre des taux d'imposition plus bas et payer quand même des services de meilleure qualité. Les autres comtés n'avaient tout simplement pas les moyens de payer ces services, même s'ils augmentaient considérablement les taux d'imposition. En assumant tous les pouvoirs fiscaux, la province a soulagé du fardeau d'une imposition exorbitante les gens des collectivités dans l'ensemble du Nouveau-Brunswick. Les gens de toutes les régions du Nouveau-Brunswick, quelle que soit leur langue, ont ainsi reçu un

[Original]
Louis Robichaud rêvait d'une province où les gens du Nouveau-Brunswick ne seraient pas marginalisés en raison de l'endroit où ils décident de résider. Ce rêve était si louable qu'il a dépassé les barrières partisanes, et le premier ministre progressiste-conservateur Richard Hatfield a appuyé ce programme.

Les gens du Nouveau-Brunswick sont équitables et généreux de nature, et le bien-fondé du plan de M. Robichaud a été compris.

[Traduction]
Aujourd'hui, le caractère de notre province a été si profondément marqué par Chances égales pour tous que le programme a cessé depuis longtemps d'être une simple politique et est devenu un mode de vie.

Le fondement de Chances égales pour tous est l'équité, principe si fondamental qu'il est difficile d'imaginer pourquoi quelqu'un voudrait tenter de le détruire. Il y en a pourtant qui aimeraient le faire. Je crois que les gens du Nouveau-Brunswick se prononceront en faveur de l'équité et diront non. Je peux vous assurer que je me rangerai de leur côté en luttant pour préserver un aspect si important du caractère de notre province.

J'ai eu la très grande chance de grandir à une époque de grand changement politique au Nouveau-Brunswick, à une époque où un jeune avocat du comté de Kent révolutionnait la perception que nous avions de notre province et de nous-mêmes. Je pense aujourd'hui à une autre génération, dont mes propres enfants, Sophie et Sébastien, qui a également atteint l'âge adulte dans une province qui était en évolution constante. Au cours des années 90, le Nouveau-Brunswick a été caractérisé par le dynamisme, l'énergie et l'optimisme. Cette fois-ci, j'ai eu l'occasion de participer directement.

La perception de notre province changeait, chez nous et partout au Canada. J'ai été témoin du changement. J'ai vu les gens du Nouveau-Brunswick commencer à se tenir la tête plus haute. J'ai vu d'autres personnes à l'extérieur du Nouveau-Brunswick nous regarder avec un respect nouveau et parfois une admiration réticente.

Menés par un autre chef dynamique, Frank McKenna, les gens du Nouveau-Brunswick ont commencé à se réinventer davantage. Nous étions la petite province qui était capable et qui a réussi. Nous avons amélioré notre qualité de vie. Nous sommes devenus une force avec laquelle il fallait composer. Le Nouveau-Brunswick a été qualifié de novateur, d'avant-gardiste et de visionnaire. Nous avons éveillé l'intérêt des autres ; nous étions petits mais intelligents, une province ayant du savoir-faire, dynamique et résolue.

Nous sommes sortis de l'ombre, nous avons rejeté notre réputation de démunis et nous avons commencé à faire nos preuves sur la scène nationale et mondiale. Je suis fier de cette période de l'histoire du Nouveau-Brunswick en tant que politicien, mais je suis aussi très, très fier en tant que parent. Les jeunes de partout dans la province ont fait leur une attitude si dynamique. Ils savent que, même s'ils viennent d'une petite province, cela ne veut pas dire qu'ils sont inférieurs aux autres. Ils connaissent la valeur du travail ardu, la force de l'innovation et le pouvoir — le pouvoir — d'un rêve.

Lorsque je songe aujourd'hui à ces hommes et à leur vision, je ne ressens pas seulement de la nostalgie pour le passé. Je comprends aussi profondément à quel point la vision et le leadership à la tête d'un gouvernement peuvent changer le monde qui l'entoure.

[Original]
Lorsque je suis dans ma circonscription de Kent-Sud, que je parle aux familles qui peuvent vivre chez elles, dans leur langue, et qui peuvent quand même réaliser leurs rêves, je sais que l'objectif de Louis Robichaud dans Chances égales pour tous nous guide aujourd'hui. Lorsque je me promène dans les rues de Moncton et que je vois des étudiants et étudiantes dans une magnifique université acadienne se servir de leur amour pour deux cultures afin de bâtir une économie bilingue florissante chez eux, je sais que la société juste de Pierre Trudeau nous guide aujourd'hui.

[Traduction]
Lorsque j'arrive à Fredericton, que je vois des entreprises à la fine pointe éparpillées le long des rues du centre-ville, lorsque les édifices se vident en soirée et que les rues se remplissent de jeunes qui travaillent ici, qui profitent du taux de chômage le plus bas jamais connu par une génération, qui remplissent les restaurants, les bars et les magasins qui étaient seulement le rêve de quelqu'un il y a cinq ans, je sais que la ferveur dynamique de Frank McKenna a façonné une génération.

Voilà ce qui caractérise la vision : les grands chefs, vous savez, ne sont pas la somme d'un million de petites décisions, de règlements retouchés, de comités formés ni même d'élections gagnées. Plutôt, la vision donne le ton à ces millions de décisions.

Une orientation claire venant d'en haut, marquée au coin de la passion, de la raison et du travail ardu, peut déteindre sur le Cabinet, le caucus, les comités et la population, si la vision est appropriée et si le chef peut amener d'autres à le suivre. Par ailleurs, si le gouvernement se sent enlisé dans de petites décisions et de petites batailles, c'est peut-être parce qu'il ne voit pas plus loin que les affaires courantes et que, sans prendre de recul, il ne comprend pas où elles peuvent nous mener. Nous prenons des décisions en fonction de la génération actuelle, mais nous transmettrons notre vision à la prochaine génération.

Lorsque j'examine la façon dont la qualité des gouvernements a façonné des générations entières, je m'inquiète pour les enfants du Nouveau-Brunswick aujourd'hui. Je suis inquiet parce que quelque chose s'est passé au Nouveau-Brunswick au cours des 16 derniers mois. Quelque chose s'est passé, qui change également le visage de notre province chérie. Un sentiment de malaise provient des échelons élevés du gouvernement. Ce sentiment est plus fort que les manchettes dans le journal du matin. Ces manchettes qui sont les symptômes d'une crise beaucoup plus profonde. Ce sentiment est difficile à saisir, mais il est bien réel. Je sais qu'il est réel, car un grand nombre de gens du Nouveau-Brunswick m'ont dit qu'ils le sentaient. Je le sens aussi et je crains qu'il soit contagieux.

Le gouvernement Lord a tourné l'optimisme en désespoir. Il a tourné la fierté durement acquise en résignation. Il a tourné une attitude entreprenante en disposition à se fier aux autres pour agir. Il a tourné l'esprit de décision en hésitation. Comment cela s'est-il produit? Question encore plus importante : pourquoi cela s'est-il produit?

Nous sommes pas mal patients, au Nouveau-Brunswick. En juin 1999, nous savions qu'il faudrait quelques mois au nouveau gouvernement pour se faire la main et assumer son nouveau rôle. Je croyais vraiment que, si le nouveau gouvernement se contentait de suivre l'allure des 12 années précédentes tout en se donnant ses propres orientations et lignes de conduite, nous serions tous en bonne posture.

Vous savez, il peut falloir des années de travail pour atteindre sa vitesse de croisière, mais il faut seulement quelques mois d'indécision et d'inactivité pour tout mettre au ralenti. Vers la fin de l'hiver, j'ai commencé à voir des signes que les choses tombaient au point mort dans la province. Nous savions tous que nous avions à faire face à des réductions budgétaires difficiles sur la scène provinciale, mais je me suis mis à recevoir des appels de l'extérieur de la province. Les gens me demandaient : Camille, que se passe-t_il au Nouveau-Brunswick? Nous n'entendons rien, disaient-ils ;.où sont passées toute l'activité, l'énergie, la présence? Je me disais que les choses n'allaient pas bien. Je m'inquiétais vraiment à l'idée que le gouvernement avait fermé la porte aux affaires.

Au cours des années 90, lorsque vous voyagiez et que vous disiez aux gens que vous étiez du Nouveau-Brunswick, ils avaient habituellement des réactions semblables. Ils parlaient de toutes les choses magnifiques qui se passaient ici. Ils disaient que nous devions être très fiers des progrès accomplis dans notre province. Malheureusement, cela n'est plus le cas.

La vision a comme autre particularité qu'elle ne s'efface jamais vraiment. Elle ne s'évapore pas après une victoire électorale. Pierre Trudeau ne s'est pas donné 200 jours pour créer une société juste et se reposer ensuite. Louis Robichaud n'a jamais eu de liste en 20 points pour le programme Chances égales pour tous. Frank McKenna n'était jamais satisfait du chemin qu'il avait parcouru, que ce soit au jour 201, au jour 401 ou au jour 1001. Face au manque d'orientation claire du gouvernement actuel, je m'inquiète. Je m'inquiète que ça-suffit-pour-maintenant soit devenu le nouveau mot d'ordre du gouvernement, que ça-suffit soit devenu la mesure du succès. Si, de ce côté-ci de la Chambre, nous pouvons accomplir une seule chose au cours de la session, ce sera de bannir « ça suffit » du vocabulaire politique. Si le gouvernement ne peut pas montrer aux gens du Nouveau-Brunswick ce qui est possible, nous le ferons. Nous savons que notre travail ne s'est pas terminé le 7 juin 1999. Le travail ne s'est pas terminé au jour 201. Nous mériterons chaque jour nos sièges à l'auguste Chambre en parlant de l'avenir.

Tout au long du printemps et de l'été, j'ai été de plus en plus préoccupé par l'économie de notre province. J'ai réfléchi à la décision du gouvernement de supprimer deux programmes de prêts à la petite entreprise, soit le PACPE et le programme Auto_démarrage, qui avaient aidé des entreprises à créer des milliers d'emplois dans la province. Le gouvernement a insisté pour dire que la suppression de ces programmes n'aurait pas de conséquences sur le développement de la petite entreprise, mais le fait est qu'il ne les a remplacés par rien.

Je savais qu'il faudrait un certain temps avant que les failles commencent à apparaître. L'économie allait être forte dans l'immédiat en raison des énormes projets en cours dans le secteur privé, soit le gazoduc, la raffinerie Irving et la route Fredericton-Moncton. J'étais quand même préoccupé au sujet des milliers de gens du Nouveau-Brunswick qui ne bénéficiaient pas de tels projets. De plus, qu'arriverait-il après la fin des activités? Quelle serait la suite? Quelle stratégie y avait-il pour l'industrie de la technologie de l'information? Quelle stratégie y avait-il pour les industries axées sur les ressources, pour l'industrie touristique? Quelle stratégie y vait-il pour la petite entreprise dans la province?

[Original]
Le gouvernement a beaucoup parlé de stratégies sectorielles de développement économique ou de stratégies de développement économique régional. Son vocabulaire était abondant, mais les mesures concrètes faisaient défaut. Il n'y avait guère d'indications sur le plan prévu pour l'année qui vient, ni pour les 2 ou les 10 prochaines années. Nous avons certainement été tenus dans le noir au sujet de la stratégie de développement économique du gouvernement actuel, mais nous n'étions pas les seuls.

L'obscurité vient d'un gouvernement qui avait promis l'ouverture et la transparence.

Au début de l'automne, j'ai découvert que, pour la première fois depuis 15 ans, le Cabinet provincial avait refusé de rencontrer le Conseil économique du Nouveau-Brunswick. J'ai appris plus tard que le Conseil économique n'était pas le seul organisme auquel le gouvernement avait refusé une rencontre.

[Traduction]
J'en étais renversé. Il s'agit des hommes et des femmes qui tâtent quotidiennement le pouls économique du Nouveau-Brunswick. Qu'un gouvernement rejette l'apport de spécialistes du Nouveau-Brunswick dans le domaine des affaires me semblait pour le moins curieux. Lorsque j'étais ministre du Développement économique et du Tourisme, puis ensuite premier ministre, je trouvais de telles rencontres inestimables. Je connaissais très bien mes dossiers. Je m'intéressais depuis longtemps au développement économique et aux affaires, mais cela ne signifiait pas que je ne pouvais pas apprendre davantage des personnes qui s'occupent de la tâche quotidiennement.

[Original]
Chacun et chacune apportait son expérience personnelle et son point de vue à de telles rencontres. L'écoute des opinions et des préoccupations des gens qui font tourner la roue de l'économie du Nouveau-Brunswick était vitale à l'élaboration de la stratégie de développement économique la plus convenable pour la province.

Qu'un gouvernement se coupe de telles personnes et de telles organisations, de leurs connaissances et de leur expérience aurait été impensable. Cela aurait été stupide. C'est stupide aujourd'hui, mais c'est ce qui est arrivé.

[Traduction]
Ce ne sont pas seulement les organisations économiques qui se heurtent à des portes closes. À une époque où l'information est diffusée en une nanoseconde, où la connaissance est notre monnaie d'échange, il est ironique que les gens du Nouveau-Brunswick se fassent avoir par un gouvernement qui insiste pour vivre en ermite. Le gouvernement se cache dans l'abri. Le gouvernement actuel s'est isolé.

Au cours des dernières semaines, un certain nombre de personnes m'ont dit : Vous savez, Camille, nous ne nous sommes peut-être jamais entendus, mais vous étiez du moins prêt à nous rencontrer. Rencontrer les gens du Nouveau-Brunswick — non seulement leur parler, mais aussi les écouter — fait partie de la tâche de gouverner. Discuter avec les gens du Nouveau-Brunswick, échanger des idées, envisager des défis de différents points de vue : voilà un des aspects les plus enrichissants de mon travail au fil des années. Il en est toujours ainsi.

En réalité, nos activités à la Chambre ou dans les salles de conseil sont inutiles à moins que, lorsque nous n'y sommes pas, nous passions notre temps avec des gens du Nouveau-Brunswick. C'est simplement une question de respect pour les personnes qui nous ont accordé le privilège de les représenter. Bien sûr, tout le monde n'est pas toujours d'accord avec vous. Croyez-le ou non, certaines personnes ne le seront jamais. C'est ce qui rend la vie intéressante. Le problème n'est jamais le désaccord. C'est la façon d'y réagir qui peut poser problème. Une divergence d'opinion n'est pas un affront personnel. L'envisager ainsi rend la vie plus difficile qu'il faut. Si vous tenez à vous cacher des gens qui ne partagent pas votre point de vue, vous mènerez une vie très solitaire.

Gouverner, c'est examiner le défi sous tous les angles, tenir compte des besoins de toutes les personnes en cause et ensuite prendre la décision qui est la meilleure pour la société dans son ensemble.

Il y a plus de 225 ans, Edmund Burke s'est exprimé très clairement à l'électorat de Bristol, en Angleterre, en ces termes : Votre représentant ne vous doit pas seulement son ardeur au travail, mais aussi son jugement. Gouverner au moyen de référendums va à l'encontre de la démocratie représentative. C'est renoncer à la responsabilité qu'ont les représentantes et représentants élus de prendre les décisions difficiles qui sont dans l'intérêt supérieur de l'ensemble de la société. Sous prétexte d'accroître le droit de regard local, nous voyons le gouvernement transférer la responsabilité à d'autres en se délestant de décisions dans les domaines de la santé, de l'éducation et du développement économique. Je veux être des plus clairs à cet égard. Je ne fais pas confiance au gouvernement actuel quant à la question du droit de regard local.

J'ai été témoin des reproches qui ont été faits aux corporations hospitalières régionales lorsqu'elles ont été obligées d'envisager d'apporter des réductions massives en vue de respecter le niveau de financement établi par leur propre gouvernement. Les membres du gouvernement ont été véhéments dans leurs attaques contre leurs propres corporations hospitalières régionales.

[Original]
Nous devrions peut-être jeter un coup d'oeil aussi aux municipalités. Le ministre des Finances a unilatéralement mis fin à un processus de consultation visant à examiner la question de l'imposition municipale. Le premier ministre a seulement rétabli le processus auprès des villes et villages de notre province après avoir eu mauvaise presse.

Les nouveaux conseils et régies peuvent-ils s'attendre au même genre de traitement? Les deux exemples en disent long sur les vrais sentiments du gouvernement actuel au sujet du droit de regard local. Le gouvernement actuel ne transfère pas le processus décisionnel, il transfert la responsabilité de l'échec. Il continue de chercher à qui faire des reproches. Il continue à chercher des moyens de décliner sa responsabilité prise sous serment de gouverner la province.

[Traduction]
Gouverner est difficile. Bien sûr que c'est difficile. Qui a jamais dit que ce serait facile? Savez-vous quoi? Élever une famille est difficile. Exploiter une entreprise est difficile. Bon nombre de gens du Nouveau-Brunswick m'ont fait part de décisions difficiles qu'ils ont à prendre chaque jour. Dans nos propres vies, nous essayons de faire les choix les plus informés possible. Pourquoi nous attendre à moins de notre gouvernement?

Le gouvernement actuel reporte des décisions qui touchent des milliers de gens du Nouveau-Brunswick chaque jour. Souvenez-vous de la promesse au sujet du renouvellement des soins de santé. Le gouvernement actuel a suscité de grandes attentes à l'égard des soins de santé au Nouveau-Brunswick et il a échoué lamentablement pour ce qui est de répondre à ces attentes. J'espère que tout le monde au Nouveau-Brunswick se posera une simple question : Les soins de santé sont-ils meilleurs aujourd'hui qu'il y a deux ans? J'ai posé la question un peu partout dans la province, et les gens ne m'ont donné qu'une seule réponse à ce jour : absolument pas. Non, le système n'est pas meilleur, mais ce n'est pas surprenant. Ce n'est pas surprenant si on regarde autour de soi. Trois mois de suite, les médecins ont fermé leurs bureaux pour des journées d'études.

J'ai été stupéfait de constater que le discours du trône de mardi, un discours du trône qui fait beaucoup de cas du renouvellement des soins de santé, ne fait nullement mention — absolument aucune mention — du personnel infirmier praticien. Nos médecins sont surchargés, et le moment est clairement venu d'envisager d'introduire du personnel infirmier praticien dans notre système de soins de santé. C'est le bon moment, et, de ce côté-ci, nous savons que l'idée peut fonctionner. Nous le savons parce que notre gouvernement a fait les premiers pas à cet égard. En janvier 1998, nous avons instauré un modèle de partage des soins à Grand Manan, à Saint-Quentin et à Lamèque. Le gouvernement a travaillé fort, tant avec les dispensateurs de soins de santé qu'avec les malades, afin de mettre sur pied le meilleur modèle possible pour toutes les parties. Je suis sûr que le député des Îles-de-Fundy pourrait confirmer qu'une telle manière d'aborder la prestation des soins de santé pourrait servir de modèle à d'autres collectivités du Nouveau-Brunswick.

Toutefois, afin d'élargir le rôle du personnel infirmier, nous devons en augmenter les effectifs et non créer 300 postes sur papier. Il est clair que la conversion de 300 postes infirmiers occasionnels en postes permanents a peu contribué à réduire la pression que subit notre personnel infirmier dans la province. J'ai parlé avec de membres de la profession infirmière qui sont déçus que le gouvernement actuel a omis de donné suite à aucune recommandation du Comité consultatif sur la main-d'oeuvre infirmière.

Cet automne, comme nous le savons tous, les infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick sont venus plus près de déclencher une grève qu'à aucun moment de notre histoire. Je les applaudis d'avoir bien voulu régler les questions par voie de négociation, car je suis déçu qu'il ait fallu une menace de grève pour amener le gouvernement à améliorer l'offre qu'il leur faisait. Chaque année, nous perdons du personnel infirmier au profit des provinces voisines et des États-Unis. Le temps est venu pour le gouvernement actuel d'examiner les facteurs sous-jacents à notre pénurie de personnel infirmier. Il est temps de nous occuper des conditions de travail des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick.

[Original]
C'est dans notre système de santé que le manque de vision se fait le plus durement sentir. Nous payons pour l'inexpérience du gouvernement actuel. Au début, il nous a dit que le gouvernement fédéral remettrait le système à flot. Après, il a essayé de rejeter la faute sur les corporations hospitalières. Maintenant, avant d'avoir à affronter la Chambre et après nous avoir assurés que le gouvernement gérerait le système de façon à mener son plan à terme, le ministre de la Santé nous dit que ce gouvernement doit injecter 46 millions de dollars de plus dans le système à cause des frais mêmes dont les corporations l'avaient averti il y a huit mois.

[Traduction]
Vous savez, la situation nous a coûté plus de 46 millions de dollars. Elle nous a coûté une occasion en or de reconstruire notre système de soins de santé. Nous avions de nouveaux fonds fédéraux, offerts en raison de la bonne période économique créée au cours de la dernière décennie. Or, avons-nous investi dans les nouvelles technologies afin d'économiser temps, argent et vies? Avons-nous recruté des médecins et du personnel infirmier et avons-nous acheté la paix ouvrière qui nous aurait permis de réformer les soins primaires et de restructurer le système? Avons-nous investi maintenant pour économiser de l'argent à long terme? Non. Le gouvernement s'est servi de l'argent amassé pendant les temps prospères pour ne se procurer qu'un répit. Il a acheté 12 autres mois de temporisation, d'obstructionnisme et de lutte. Il a acheté 12 autres mois de statu quo qui ne fonctionne pas. Il avait les ressources pour diriger, mais il a plutôt acheté le droit de fuir ses responsabilités.

Commençons maintenant à planifier pendant que nous avons encore les moyens financiers pour le faire, à améliorer l'accès aux soins primaires, à travailler avec les collectivités pour donner une définition plus moderne au rôle de l'hôpital, ainsi qu'à mieux intégrer les hôpitaux aux collectivités néo-brunswickoises. La plus grande menace aux soins de santé est notre immobilité. De ce côté-ci de la Chambre, nous nous engageons à éliminer une telle option pour le gouvernement actuel.

Les soins de santé ne sont pas la seule question que mes collègues et moi soulèverons à la Chambre pendant la session. Je sais que chacun et chacune d'entre vous se préoccupe de nombreuses questions. Je tiens à remercier toutes les personnes du Nouveau-Brunswick qui ont écrit des lettres, qui ont fait des appels téléphoniques ou même qui nous ont arrêtés dans la rue pour nous faire part de leurs préoccupations. Votre apport nous rend plus efficaces dans notre travail.

Il est clair que l'éducation est une grande priorité. Je veux m'assurer que les enfants du Nouveau-Brunswick reçoivent les outils qui leur sont nécessaires non seulement pour survivre mais aussi pour prospérer au XXIe siècle. Toutefois, ma préoccupation dépasse même le programme d'études. Je veux m'assurer que nos enfants ont assez d'enseignants et d'enseignantes, et je veux savoir que le personnel enseignant dans le système n'est pas surmené, qu'il a les ressources et le temps nécessaires pour ouvrir l'esprit de nos enfants.

[Original]
Nous devrons faire face au cours des prochaines années à une pénurie de personnel enseignant, et, comme ils le font avec le personnel infirmier, nos voisins américains attirent nos jeunes enseignants et enseignantes vers le Sud. Il est temps d'examiner les stimulants qu'offrent d'autres gouvernements et d'envisager des façons dont le Nouveau-Brunswick pourra leur faire concurrence.

[Traduction]
Le gouvernement a parlé de faire de l'éducation une priorité. Pourtant, comme ma collègue de Bathurst l'a dit dans sa « non-déclaration  » d'hier, le gouvernement ne consacre qu'un seul paragraphe à l'éducation dans tout le discours du trône.

Vous savez, j'ai récemment lu un éditorial du Victoria County Record et je pense qu'il en dit long sur l'état de la province, et je cite :


[Traduction] Pour une nouvelle école intermédiaire et un gymnase grandement nécessaire à l'école élémentaire Andover, 6,5 millions de dollars, ce n'est pas donné. Cependant, considérez ceci : si l'on compte 1,5 million par mois en péage indirect, c'est moins de 5 mois sans péage direct sur la nouvelle route Fredericton-Moncton, faveur accordée par la province. Nos enfants ne méritent-ils pas le même traitement de faveur?

Je vous demande d'y réfléchir un instant. Pour le montant que le gouvernement actuel paie en péage indirect depuis avril, les 300 élèves de l'école intermédiaire de Perth-Andover auraient pu avoir une école neuve et salubre. Ou bien, songez au fait que le montant versé chaque jour par la province en péage indirect — chaque jour — aurait pu payer, pendant un an — chaque jour, jour après jour — un membre additionnel du personnel infirmier ou du personnel enseignant.

Au cours de la dernière session, le ministre des Finances a dit que le montant du péage indirect n'avait absolument pas d'importance. Je dis non au ministre des Finances : au contraire, le montant est tout à fait important et le devient de plus en plus jour après jour. Certaines personnes m'ont dit que les péages nous avaient coûté les élections, mais je vous dis que les péages indirects coûteront bien davantage aux gens du Nouveau-Brunswick pendant des générations à venir.

Il y a maintenant un nouveau poste de péage au Nouveau-Brunswick, érigé par le gouvernement de Bernard Lord. Il s'agit d'un poste de péage qui bloque la voie aux possibilités, un poste de péage où chaque personne du Nouveau-Brunswick doit payer le prix du manque de vision du gouvernement actuel. Il s'agit de la taxe sur l'inexpérience, et cette taxe augmente chaque jour.

Le prix, c'est les routes et les écoles que nous ne pouvons pas payer à cause des péages indirects, en raison d'une promesse faite froidement par calcul politique et tenue uniquement par égocentrisme et par entêtement orgueilleux.

[Original]
C'est les réductions d'impôt sur le revenu dont ne profiteront pas les familles de travailleurs et de travailleuses qui ne recevront pas intégralement l'allégement fiscal du gouvernement fédéral, et ce, à cause d'un gouvernement qui, dans sa hâte de gagner les suffrages des électeurs et électrices en se servant de leur propre argent, a oublié de planifier des réductions d'impôt que tous savaient être prévues.

[Traduction]
C'est le fait de ne pas avoir la marge de manoeuvre financière nécessaire pour que les soins de santé fassent davantage que réagir aux crises. Dans le film MASH, Hawkeye Pierce appelait cela de la chirurgie de broche à foin, quand il y a toujours une crise qui nous empêche de donner notre meilleur rendement. C'est la perte des possibilités que nous pourrions offrir aux entreprises au moyen des programmes efficaces que le gouvernement actuel a sabrés pour payer ses promesses.

C'est les collectivités qui ne pourront pas poursuivre leur croissance économique à cause de l'état de leurs routes.

C'est l'endettement galopant des étudiantes et étudiants d'université qui attendent toujours un plan d'allégement de leur dette. C'est le déficit de 895 millions de dollars qui figure maintenant dans les livres pour la dernière année financière, et c'est la promesse non tenue faite à nos jeunes qu'ils ne se verraient plus jamais imposer l'endettement et les responsabilités esquivées dont ils ont hérité.

La taxe sur l'inexpérience est maintenant le programme de formation sur le tas le plus coûteux de l'histoire du Nouveau-Brunswick. Hélas, il ne semble pas que les leçons soient apprises ni même que l'élève écoute.

La taxe sur l'inexpérience augmente chaque jour ; le poste de péage sur la route des possibilités devient de plus en plus difficile à franchir. Nous sommes peu nombreux de ce côté de la Chambre, mais nous réduirons cette taxe sur l'inexpérience et nous ne laisserons pas l'inaction du gouvernement continuer d'alourdir la facture des familles néo-brunswickoises qui travaillent.

Les questions à discuter pendant la session ne manquent pas. Chaque fois que je m'arrête à la station-service locale, je songe à quel point l'hiver sera difficile pour les familles à faible revenu ou à revenu fixe, qui recevront de très lourdes factures pour l'huile de chauffage. Mes collègues et moi insisterons pour que le gouvernement actuel examine des moyens d'alléger le fardeau financier des personnes qui seront le plus durement touchées.

L'opposition officielle a hâte de voir les modifications de la Loi sur les normes d'emploi. Je parlais l'autre jour avec un jeune couple qui attend dans deux ou trois mois son premier enfant, et cela me rappelle que, à un moment si passionnant, le couple doit prendre des décisions très importantes. Voilà pourquoi il est si important que le gouvernement rende publique le plus tôt possible sa décision sur le congé parental.

Nous savons toutefois que l'article sur le congé parental n'est pas le seul article de la loi qu'il faut réexaminer et nous chercherons donc à obtenir d'autres modifications pour protéger les travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick.

[Original]
D'autres décisions doivent être prises — sur Énergie NB, par exemple. Nous avons appris que la province publiera une politique énergétique mais que l'avenir d'Énergie NB sera omis du plan. Les gens du Nouveau-Brunswick veulent savoir à quoi s'attendre lorsqu'ils ouvriront leurs factures d'électricité au cours des mois et des années à venir.

[Traduction]
Dans l'opposition, nous avons un certain nombre de préoccupations relatives au secteur énergétique et nous avons bien hâte de discuter d'une question aussi importante.

Bien sûr, tout le monde sait que des contrats touchant près de 27 000 employés des services publics seront négociés au cours de la prochaine année, et l'opposition surveillera de très près la façon dont le gouvernement traitera nos employés des services publics.

J'espère sincèrement que la grève des sténographes judiciaires du Nouveau-Brunswick, qui se poursuit, sera bientôt réglée. À cette fin, je réitère la suggestion que le critique financier a faite et qui a bien sûr reçu l'assentiment des sténographes, à savoir que le temps est venu d'envisager l'arbitrage définitif pour mettre fin au différend.

Parlant du système judiciaire, je dois dire que j'ai été troublé par la récente annonce d'une augmentation accordée aux juges. Quand j'étais premier ministre, notre gouvernement a reçu les recommandations de la Commission sur la rémunération des juges. Nous avons accepté la première augmentation de traitement, mais nous avons refusé les augmentations subséquentes. Nous croyions qu'il s'agissait d'un compromis équitable pour toutes les parties et nous étions prêts à défendre notre position.

Je me souviens que le chef de l'opposition de l'époque a laissé entendre qu'un tel compromis était trop considérable. Il disait, en gros, que notre gouvernement était déconnecté des gens du Nouveau-Brunswick. Pourtant, moins de deux ans plus tard, sans avertissement, le premier ministre a convenu d'accorder aux juges une augmentation de traitement beaucoup plus généreuse que celle que nous avions offerte au départ, parce qu'il dit que le fait de la refuser aux juges aurait entraîné une poursuite judiciaire.

Dans le cas du projet de loi C-68, vous saviez que nous n'aviez aucune chance d'obtenir gain de cause, mais vous vouliez néanmoins réaliser un gain politique. Vous êtes donc allé devant les tribunaux, et vous avez perdu. Cette fois-ci, comme il s'agissait de juges, vous n'avez pas eu le courage de vos convictions. Vous avez dit : Nous paierons ; nous vous accorderons un traitement rétroactif. Or, cela se produit au moment même où votre gouvernement empêche en fait 65 femmes au Nouveau-Brunswick d'occuper leurs emplois.

Nous nous préoccupons aussi de la sécurité et de l'amélioration des routes. L'année dernière, nous avons vu le montant d'argent le plus bas accordé dans l'histoire de budgets de capital en matière de transports. Par conséquent, nous espérons certainement que le nouveau budget qui sera présenté dans quelques semaines sera plus élevé. Je trouve plutôt ironique d'entendre le premier ministre du Nouveau-Brunswick prendre la parole pour dire qu'il s'en va à Ottawa pour obtenir plus d'argent pour construire une route à quatre voies d'un bout à l'autre du Nouveau-Brunswick. Je parle aussi avec des gens à Ottawa, et leur réaction est de demander : Pourquoi le gouvernement veut-il plus d'argent. Je réponds : Il faut construire plus de routes. Les gens répondent alors : Le gouvernement dispose d'une somme de 92 millions dans son compte bancaire à l'heure même et il ne s'en sert pas. Pourquoi nous demanderait-il plus d'argent, poursuivent-ils, quand il dispose en ce moment-même de près de 100 millions de dollars dont il ne sert pas?

J'espère aussi que les délais pour le nouveau pont qui remplacera le pont de Gunningsville ne créeront pas de précédent en matière d'infrastructure des transports dans la province. Je ne peux concevoir qu'il faille cinq ans pour construire un pont enjambant la Petitcodiac, alors que le pont de la Confédération, qui franchit le détroit de Northumberland, a été construit en trois ans. Quelque chose ne va pas. J'ai parcouru les deux ponts, et, à moins d'une illusion optique, je pense que la distance entre l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick est bien plus grande que celle qui sépare Moncton et Riverview. J'ose espérer que la construction d'autre infrastructure ne fera plus rapidement.

[Original]
Les maires et les membres des conseils municipaux du Nouveau-Brunswick sont inquiets. Ils se préparent à déposer leur budget tandis qu'ils reçoivent 10 % de moins en subventions sans condition cette année. Il n'y a guère de possibilités de réduire les services ; ils doivent donc envisager d'augmenter les impôts.

Je crois comprendre que le premier ministre a donné au ministre des Finances et à la ministre de l'Environnement et des Gouvernements locaux le mandat de tenir des consultations pendant un an sur toute une série de questions municipales.

[Traduction]
Il s'agit de questions très complexes. J'espère vraiment que les consultations seront menées à terme et ne connaîtront pas le même sort que les consultations sur la fiscalité municipale. À n'en pas douter, de nombreuses questions seront à débattre au cours de cette session.

Des gens m'ont demandé ces dernières semaines : Quels sont vos projets, Camille? Que comptez-vous faire? ont-ils demandé. Les deux plus importantes décisions en politique sont les suivantes : quand offrir sa candidature et quand tirer sa révérence.

Cela me rappelle ce qui m'a motivé à entrer en politique, chaque fois que je vois le gouvernement actuel essayer de défaire une décennie de bon travail accompli par les gens du Nouveau-Brunswick, chaque fois que je le vois fermer la porte aux gens du Nouveau-Brunswick et chaque fois que je le vois incapable de donner aux gens du Nouveau-Brunswick le gouvernement qu'ils méritent.

[Original]
J'ai décidé de me lancer en politique parce que j'aime le Nouveau-Brunswick.

[Traduction]
Je me suis porté candidat afin de lutter pour tout ce qui fait du Nouveau-Brunswick ce qu'il est et, encore plus, pour tout ce que j'estime qu'il peut devenir. Je ne suis pas prêt à arrêter de lutter maintenant. Les bâtisseurs commencent par poser des fondations solides. Au Nouveau-Brunswick, ces fondations ont été posées en grande partie par trois hommes : Louis Robichaud, Richard Hatfield et Frank McKenna. Chacun d'entre eux était un bâtisseur et a eu la sagesse de prendre appui sur les pièces posées par ses prédécesseurs. Ce faisant, ils reconnaissaient que ni une province ni la population ne pouvait progresser si les fondations étaient mises en pièces et démolies. On ne peut pas progresser si on doit toujours recommencer à zéro.

[Original]
Ça, ce n'est pas ma vision pour le Nouveau-Brunswick. Ma vision n'est pas non plus celle où la structure et les fondements mêmes, ainsi que les valeurs qui s'y rattachent, sont mis en doute et soumis à des pressions dans le seul but de faire quelque chose de différent.

[Traduction]
Ce n'est pas bâtir, c'est démolir. À tout le moins, c'est de l'entretien. De par ma nature, je suis un bâtisseur. Dans ma vie personnelle et ma vie politique, la satisfaction que je retire provient en grande partie des progrès réalisés. Je crois que le Nouveau-Brunswick a besoin d'un bâtisseur, de quelqu'un qui croit que nous pouvons améliorer ce que nous sommes aujourd'hui, au lieu de quelqu'un qui court le risque grave de détruire ce que nous sommes, en démantelant les fondations solides posées au cours des 30 dernières années.

Ensemble, je le demande, bâtissons un meilleur Nouveau-Brunswick.

Merci.


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