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Assemblée législative du Nouveau-Brunswick
Discours du trône
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Réponse au discours du budget
par Mme Marcelle Mersereau,
critique financière et députée de Bathurst

le 28 mars 2002

Extrait non révisé du Journal des débats (hansard)

Le texte du discours est rendu accessible
par le bureau du greffier de l’Assemblée législative.
La version électronique n’est diffusée qu’à titre documentaire.
L’imprimé du Journal des débats (hansard) fait foi.


[Original]

Monsieur le président, lorsqu'on fait le tour de la province et qu'on entend prononcer le nom de la lieutenante-gouverneure, on entend aussi des adjectifs et des propos comme ceux-ci : C'est une personne ouverte, une personne disponible, une personne gracieuse, une personne impliquée, une personne dont tous les gens du Nouveau-Brunswick, indépendamment d'où ils demeurent, sont fiers. C'est une Néo-Brunswickoise qui est, elle aussi, fière de sa province et de son pays.

Alors, je la reconnais aujourd'hui et la remercie pour la façon dont elle remplit son mandat. Je la remercie aussi pour son implication dans tous les petits coins de la province qui l'ont reçue et qui ont eu l'occasion de l'entendre.

En ce qui vous concerne, Monsieur le président, on entend ces propos-ci : Vous êtes une personne professionnelle, une personne respectueuse, une personne posée, une personne qui sait s'acquitter de ses fonctions d'une façon équitable. C'est une tâche qui n'est pas facile, et je vous dis que nous apprécions la façon dont vous jouez votre rôle à l'Assemblée législative.

Que peut-on dire des employés de l'Assemblée législative? S'ils n'étaient pas là, on ne serait pas ici, ou, si on était ici et qu'ils n'étaient pas là, on aurait de la difficulté à jouer nos rôles de la façon dont on le fait.

La greffière, la sergente d'armes, les pages, tous les gens à la bibliothèque et tous ceux qui appuient nos efforts, je vous remercie d'une façon sincère. Je me joins à tous mes collègues qui ont, hier encore, reconnu d'une façon particulière Phyllis LeBlanc, Eric Swanick et Louise McKnight. J'offre mes sincères félicitations à ces employés et je sais qu'ils auront une retraite très productive.

Je remercie le chef de l'opposition, M. Richard, tous mes collègues du caucus et tous les employés qui travaillent au bureau de l'opposition, sans qui il serait très difficile de faire le travail que l'on doit faire à la Chambre.

Aux ministres et députés du gouvernement, je sais que ce n'est pas facile. Vous devez jouer le rôle de gouverner la province et être présents pour les gens de cette province. Ce n'est pas un rôle facile, et je le reconnais. Je dois vous dire que c'est quand même un travail que vous avez entrepris de la même façon que nous l'avions fait, pour représenter le bien-être des gens du Nouveau-Brunswick.

Aux employés du gouvernement qui sont là, qui travaillent tous les jours, encore une fois, à implanter et rendre accessibles aux gens du Nouveau-Brunswick les politiques du gouvernement et les lois que l'on adopte ici et qui doivent aussi livrer des programmes comme ils ressentent le besoin de le faire, c'est-à-dire avec professionnalisme, on doit aussi des remerciements et notre reconnaissance.

La circonscription de Bathurst —c'est sûr que ceux qui font des discours à la Chambre disent toujours qu'ils représentent la meilleure circonscription —, je dois vous dire, est la meilleure circonscription de la province ; c'est la seule d'ailleurs qui est composée d'une municipalité. Alors, nous avons cette distinction. Je dois dire que les gens de Bathurst m'ont donné pour la troisième fois le mandat de les représenter à l'Assemblée législative. Je leur suis très reconnaissante pour la façon dont ils m'appuient et j'espère que, en bout de ligne, on aura pu faire avancer les dossiers dans la ville de Bathurst, dans la région Chaleur et aussi dans la province, de la façon qu'ils s'en attendaient.

[Traduction]

Je vais parler très brièvement de ma circonscription pour essayer d'en situer le contexte. Les personnes qui vivent dans le Nord-Est sont pleinement conscientes de l'une des plus importantes questions de l'heure. Nous avons les taux de chômage les plus élevés au Nouveau-Brunswick, et le gouvernement actuel a fait très peu pour enrayer le chômage. En fait, depuis mars 2001, il garde sous le coude une analyse des répercussions économiques de Brunswick Mine et il sait bien dans quelle mesure le problème a été critique. Cette analyse des répercussions économiques a été préparée par Fréderic Arsenault. Il exprime très clairement sa préoccupation, et je cite sa note, qui accompagne le rapport :

[Traduction]

J'ai constaté, au cours des discussions avec les gens de la région — ce que confirment d'ailleurs les conclusions de l'analyse des répercussions économiques —, une forte préoccupation quant à l'avenir économique global de la région. En fait, il s'agit de plus que d'emplois et de salaires, car l'exploitation minière fait désormais partie de la culture et du tissu social des gens de la région. J'avancerais qu'il faut élaborer une stratégie pour aborder les deux préoccupations de la meilleure façon possible. Autrement, les répercussions économiques défavorables pourraient bien surpasser celles qui ont été signalées dans l'analyse des répercussions. En particulier, il faut sensibiliser le gouvernement à la gravité et à la relative imminence du problème.

Certains pourraient automatiquement présumer que la fermeture éventuelle de Brunswick Mine est un problème qui frappe surtout la région de Bathurst et de Chaleur. L'analyse montre que ce n'est pas le cas. Les répercussions touchent la Péninsule acadienne et les comtés voisins, à savoir Restigouche et Northumberland. Les répercussions se font aussi sentir dans les comtés du sud, plus urbanisés et plus industrialisés. En outre, si l'on considère que la fermeture de Brunswick Mine pourrait compromettre l'avenir de la fonderie de Belledune, il est manifeste que les répercussions frapperaient aussi le comté de Restigouche de façon importante.

D'un point de vue stratégique, il faut faire passer aux commissions voisines et aux gouvernements le message selon lequel les répercussions ne sont pas seulement locales et régionales.

Je cite M. Arsenault parce que cela fait deux ans que j'essaie de faire comprendre au gouvernement qu'il ne s'agit pas d'un enjeu régional. Il s'agit d'un enjeu provincial. En fait, il y a même une forte dimension nationale. Voilà le message que le gouvernement actuel doit comprendre. Lorsque nous parlons de Brunswick Mine, nous ne parlons pas seulement du coeur d'une circonscription libérale. Nous parlons de répercussions économiques qui se feront sentir à la grandeur de la province. Il est temps que le gouvernement le comprenne. Il est temps qu'il prenne des mesures pour s'occuper d'un enjeu économique aussi critique.

Je dois dire que le groupe de travail que le premier ministre a mis en place pour Restigouche-Chaleur est un pas dans la bonne direction. En 2000, la ville de Bathurst a aussi mis sur pied un groupe de travail, qui travaille très fort pour voir s'il y a moyen de modifier les répercussions de ce qui va se produire. Toutefois, je veux préciser très clairement que le gouvernement fédéral, la province, la compagnie et tous les fournisseurs doivent prendre place à la même table, dans le contexte d'un ferme partenariat.

Je vais vous donner la raison d'une telle exigence, et elle est très simple. Elle figure à la page 5 du rapport. Rien que pour les salaires et les activités minières… Nous ne parlons pas seulement ici d'acquitter la facture d'électricité de 14 millions de dollars ou les réparations. Nous parlons de l'extraction du minéral. Les répercussions se chiffrent à 109 millions de dollars par année. Il va de soi que cela se répercutera non seulement sur la ville de Bathurst ou la région Chaleur, mais sur bien plus encore.

La page 7 du rapport aborde l'emploi. Il s'agit de 1 700 emplois pour Gloucester, de 2 218 emplois pour le Nouveau-Brunswick et de 3 420 emplois pour l'ensemble du Canada. Là encore, les gens pensent qu'il s'agit d'un enjeu local et régional. C'est un enjeu provincial. Plus encore, c'est un enjeu national, car des emplois ne se trouvent même pas au Nouveau-Brunswick.

Quant aux recettes fiscales fédérales et provinciales — et ceci ne tient pas compte de tout, mais seulement des recettes fiscales —, elles se chiffrent à 45 millions pour le fédéral et à 44 millions pour la province. Cela correspond à près de 100 millions par année en recettes fiscales qui ne seront plus perçues à l'échelon provincial ou fédéral.

M. Arsenault offre un excellent argument dans l'introduction de son rapport. Je dois préciser que ce rapport a été payé par la compagnie, puis remis à la commission. Il est à espérer qu'il servira de tremplin pour aider le groupe de travail à réunir les intervenants autour de la table afin de prendre des mesures concrètes. C'est plus qu'une petite initiative. C'est de l'ampleur de ce qui s'est produit au Cap-Breton. Je pense que nous devons vraiment repenser l'affaire. Nous devons l'envisager comme ayant une telle ampleur, à moins de ne pas nous soucier d'une pareille perte de recettes au Nouveau-Brunswick. Nous parlons de bien plus que d'une seule région.

Il a été satisfaisant de représenter Bathurst, mais les défis que nous devons relever dans la région seront de taille. Voilà pourquoi j'implore le gouvernement de tenir compte du fait que l'affaire est de bien plus grande envergure qu'elle ne semble l'être aux yeux du gouvernement à l'heure actuelle. Je suis sûre que, étant donné le rapport, les groupes de travail et les partenariats en voie de formation, la prise de conscience aura lieu, mais nous ne devons plus gaspiller de temps. Nous devons agir.

Voilà ma région. Voilà ma circonscription. Voilà pourquoi je suis en politique : m'assurer que la voix de la région de Bathurst soit entendue à l'Assemblée législative.

À titre de critique financière, je voudrais féliciter le ministre des Finances pour son budget bien rédigé, délicatement formulé et soigneusement mis au point — son premier — et aussi pour ses bottes. Il s'est applaudi, ainsi que son gouvernement, d'avoir projeté un excédent pour l'année financière 2002-2003. Toutefois, un seul chiffre est important dans le budget de 38 pages. Ce chiffre montre vraiment dans quelle mesure le gouvernement se débrouille. Ce chiffre, c'est le déficit de 58,7 millions de dollars. C'est la somme que le gouvernement a ajoutée à la dette de la province. Vous pouvez parler tant que vous voulez d'excédents et de succès, mais il y a quelque chose qui cloche quand, en bout de ligne, vous augmentez encore la dette de la province de plus de 50 millions.

Je vais reprendre les propos d'un ancien ministre des Finances, et je suis sûre que vous reconnaîtrez le nom, Monsieur le président. Il s'agit de D.D. Patterson, qui faisait partie du Cabinet de Hugh John Flemming. Il répétait souvent à la Chambre : Vous pouvez courir, vous pouvez vous cacher, mais l'augmentation de la dette nette vous rattrapera chaque fois. Je vois qu'un sourire s'esquisse sur le visage de quelques parlementaires, et je suis certaine que c'est parce qu'ils se souviennent du propos.

Voici un budget qui veut tromper les gens du Nouveau-Brunswick en leur faisant croire que le gouvernement actuel sait ce qu'il fait. Il veut leur donner une fausse impression de sécurité en leur faisant croire que tout va bien dans le coin de Peter. Or, ce n'est pas le cas. Cela ne va pas bien du tout. Le ministre a raison lorsqu'il dit qu'il pourrait y aura lieu de se préoccuper de l'année prochaine, mais il aurait aussi dû dire que, si le gouvernement fédéral ne l'avait pas tiré d'affaire, sa prédiction d'un déficit de 181 millions se serait réalisée.

Le budget poursuit ce que le gouvernement Lord fait depuis trois ans, et la meilleure façon de le décrire, c'est de dire qu'il endette de plus en plus la province. En fait, de façon cumulative — expression que le ministre des Finances aime utiliser dans son rapport —, le gouvernement Lord a ajouté 7,1 milliards de plus à la dette en à peine trois ans. Curieux, le fait n'est pas mentionné dans les deux comptes rendus du gouvernement Lord à la population du Nouveau-Brunswick. Rappelez-vous D.D. Patterson : Vous pouvez courir, vous pouvez vous cacher, mais l'augmentation de la dette nette vous rattrapera chaque fois.

Il est maintenant temps de mettre de côté le nombrilisme du premier ministre et d'examiner plus attentivement notre situation passée et actuelle. Parlons de ce que le gouvernement Lord a fait subir au Nouveau-Brunswick depuis juin 1999. Lorsque le gouvernement Lord est arrivé au pouvoir, le taux de chômage était de 9,7 % ; il se chiffre maintenant à 11,3 %. En fait, dans ma région de la province, le taux de chômage s'élève à plus de 20 %. Comment le premier ministre explique-t-il un tel fait? Il dit que la population active est plus nombreuse que jamais. Il ne se donne pas la peine d'expliquer que la population active comprend les personnes qui ont un emploi et celles qui se cherchent un emploi.

Examinons les véritables chiffres. En février, la population active comptait 385 000 personnes, dont 322 000 avaient un emploi. Il reste 63 000 personnes qui ont l'honneur douteux d'être incluses dans la population active du Nouveau-Brunswick sans toutefois avoir un emploi. Sur les personnes ayant un emploi, 54 000 ne travaillent qu'à temps partiel. Elles n'ont donc aucun avantage, peu de possibilités de promotion, et elles gagnent le salaire minimum.

C'est vrai que les analystes financiers considèrent que le pays est en période de ralentissement économique. Toutefois, le Nouveau-Brunswick s'en tire encore plus mal que les autres provinces. Le Conference Board du Canada prévoit que, pour la deuxième année de suite, le Nouveau-Brunswick sera à la remorque. En fait, il sera au tout dernier rang des provinces quant au taux de croissance.

Il n'est pas difficile de voir pourquoi. Le gouvernement actuel a commis d'énormes erreurs, et les plus désastreuses ont été dans le domaine du développement économique. La première a été de se contenter de ne rien faire en période de conjoncture favorable, au lieu de poursuivre le travail acharné entrepris pour attirer des investissements commerciaux au Nouveau-Brunswick. Dans sa hâte d'effacer les traces de toute réussite libérale ou autre, le gouvernement a plutôt décidé de sabrer l'un des ministères du Développement économique les plus admirés et enviés du pays et l'a remplacé par deux ministères aux missions chevauchantes et interreliées. Il a fallu plus de deux ans pour que le gouvernement Lord se rende compte de son erreur et confie enfin de nouveau les activités de développement économique à un seul ministère. Cependant, les deux années de bricolage, de changement d'en-têtes de lettre, de réaménagement des bureaux et des effectifs et de confusion qui s'en est suivie ont fait du tort. La situation a créé beaucoup de frustration et de confusion dans le monde des affaires.

Bon nombre de gens d'affaires m'ont dit qu'ils avaient communiqué au gouvernement leur désir de créer des emplois dans notre province mais qu'ils avaient fini par lever les bras de frustration en raison du peu d'intérêt du gouvernement à de telles initiatives. L'Indice de l'offre d'emploi est compilé à partir des offres d'emplois publiées dans 22 journaux de 20 régions métropolitaines importantes, et il est considéré comme un indicateur de la demande de main-d'oeuvre, qui mesure l'intention des compagnies d'engager du nouveau personnel. L'indicateur a chuté de 15 points de pourcentage au Nouveau-Brunswick entre janvier 2001 et janvier 2002.

Le ministre aime parler de la croissance prévue du PIB. Le taux de croissance prévue de notre PIB est de 1 % en 2002 ; toutefois, cela nous place au neuvième rang des 10 provinces. Le Groupe Financier Banque TD prévoit que notre taux de croissance sera de 2,9 % au cours de 2003. Voilà qui semble bien, jusqu'à ce qu'on compare le Nouveau-Brunswick aux autres provinces. Nous sommes encore une fois au neuvième rang dans le pays.

Si vous ne croyez pas que nous perdons du terrain, comparez la situation à celle de 1999, lorsque nous avons eu un taux de croissance du PIB de 3,5 %. C'est la même histoire pour nos ventes au détail. De 2000 à 2001, notre taux de croissance dans le domaine n'a été que 2,4 %. Le Nouveau-Brunswick est encore une fois dans la queue du peloton, au dernier rang des provinces et territoires du Canada. L'abandon de programmes tels que le programme d'avance de capitaux aux petites entreprises, qui visait à appuyer les petites entreprises créées au Nouveau-Brunswick, est une autre raison importante qui explique notre piètre rendement. Malgré les propos au sujet de la solution néo-brunswickoise, qui consiste à appuyer nos propres entrepreneurs, à créer des entreprises et à contribuer à notre croissance économique, le gouvernement Lord n'a pas réussi à trouver une manière de le faire. En conséquence, un nombre plus grand que jamais de jeunes du Nouveau-Brunswick quittent notre province.

Devant des statistiques si lamentables, le premier ministre a donc rendu public son plan de relance de l'économie. Il s'agit d'un plan de 10 ans basé sur tous les bons éléments, tels que les éléments constitutifs suivants : investir dans la population, créer un contexte fiscal et commercial compétitif, choisir l'innovation et bâtir l'infrastructure stratégique. Cela semble impressionnant et sonne bien. Ce devrait sûrement être impressionnant, vu le coût de 63 000 $. C'est un document de 95 pages, sur papier glacé et tout en couleur, qui reprend des expressions tirées de tout document de développement économique jamais publié au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, en Alberta et en Ontario. Malheureusement, un joli document ne réduira pas notre taux de chômage, ne créera pas d'emplois pour nos jeunes afin de les empêcher de quitter la province et n'attirera pas les investisseurs dans notre province — pas plus que ne le fera le fait de se croiser les bras en attendant une relance de l'économie. Seules des actions y parviendront. Les paroles fleuries doivent se traduire par des actions. Elles doivent se transformer en incitatifs et en programmes qui stimuleront notre économie et donneront aux compagnies un milieu stable dans lequel investir.

Les tours de passe-passe s'accompagnent aussi de bonnes histoires et de statistiques douteuses. Dans Le plan de prospérité, le premier ministre se vante des 5 900 emplois créés depuis 1999 dans les centres d'appels. Toutefois, il a omis quelques détails. Le ministre des Entreprises Nouveau-Brunswick m'a donné les véritables faits en réponse à une demande au titre du droit à l'information. Le chiffre de 5 900 comprend les 400 emplois de CanJet, qui a cessé ses activités au Nouveau-Brunswick, ainsi que les emplois du Qualiflyer Group, de la MREDC, de Virtual-Agent Services et de la Corporation Solutions Moneris, qui n'ont jamais créé d'emplois et qui n'ont même jamais ouvert un bureau dans la province. Ces compagnies à elles seules comptent plus de 1 000 emplois qui n'ont jamais été créés. En outre, de nombreuses compagnies n'ont pas atteint les objectifs fixés, ce qui fait que le nombre réel d'emplois créés dans les centres d'appels depuis 1999 dépasse à peine 3 000. Quand on a, en matière de développement économique, un bilan aussi lamentable que celui du gouvernement actuel, il ne reste qu'une chose à faire : on invente les chiffres.

[Original]

N'oublions pas le pleurnichement du gouvernement actuel durant les trois dernières années au sujet de la participation d'Ottawa au financement des soins de santé. Toutefois, la réalité, c'est que les transferts fédéraux dans leur ensemble ont augmenté. Le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux est passé de 338 millions de dollars en 1998-1999 à 470 millions en 2000-2001, ce qui donne des transferts fédéraux totalisant plus de 1,9 milliard cette année, en augmentation par rapport à 1,7 milliard en 1999-2000.

N'oublions pas le financement fédéral de nos routes. Cela a été une des grandes raisons de plus de voyages à Ottawa par notre ministre des Transports. Il dit qu'il veut être traité comme ses homologues des autres provinces au Canada. Il dit qu'il veut sa juste part des dollars fédéraux consacrés aux routes, et on est d'accord avec lui. Eh bien, d'après des documents de Transports Canada, il semble qu'il ait plus que sa juste part. En fait, selon l'entente actuelle qui expire en 2005-2006, le Nouveau-Brunswick recevra 91,9 millions de dollars, Terre-Neuve recevra 78,1 millions, le Québec obtiendra 14,4 millions, et la Nouvelle-Écosse obtiendra 2,5 millions. Les autres provinces ne recevront rien au titre du programme. Vous voyez donc que le ministre des Transports ferait mieux d'avoir les bons renseignements et de faire attention à ce qu'il souhaite quand il dit qu'il veut être traité comme ses homologues des autres provinces.

Le premier ministre parle d'un gouvernement qui pratique une meilleure gestion. Parlons-en. Parlons du gel de l'embauche qui n'a jamais eu lieu. En octobre 1999, le gouvernement a annoncé qu'un gel de l'embauche serait en vigueur jusqu'à avis contraire. Le ministre des Finances de l'époque s'est toutefois empressé d'indiquer qu'il y aurait des exceptions. Il y a des exceptions ; de fait, pendant les deux années suivantes, il y a eu 5 549 exceptions, soit toutes celles qui ont été demandées, moins 69. Donc, pendant le prétendu gel de l'embauche, le gouvernement Lord a embauché 5 549 personnes, près du triple du nombre de personnes qui ont pris une retraite anticipée. Un dégel!

Il n'est guère étonnant que le vérificateur général ait mis en doute la prévision de 238,8 millions de dollars d'économies réalisées grâce au Programme de retraite anticipée. Il a également demandé pourquoi le programme avait été lancé, puisque la plupart des employés qui prenaient ainsi leur retraite l'auraient prise de façon normale pas plus tard qu'en 2007 et que le gouvernement aurait évité les coûts additionnels en question. Il a également souligné que les économies prévues ne seraient réalisées que si les postes des personnes retraitées étaient éliminés. Il est évident, puisqu'il y a eu 5 549 personnes recrutées pendant les deux premières années, que les postes restés vacants ont été rares.

D'après les propres chiffres du gouvernement, la fonction publique a diminué ses effectifs d'environ 20 postes depuis juin 1999.

Le prétendu processus de réduction des effectifs a été accepté par Développement des ressources humaines Canada comme une initiative selon laquelle les fonctionnaires qui prennent leur retraite seraient admissibles à des prestations d'assurance-emploi. Une telle admissibilité se basait sur des documents du ministère provincial des Finances garantissant que les effectifs seraient vraiment réduits de façon permanente et que, en partant, les employés allant à la retraite permettraient de préserver les emplois de leurs collègues. Je mets encore en doute l'exactitude de ces documents.

Maintenant, le ministre responsable des ressources humaines affirme que son gouvernement s'est contenté de signaler à DRHC que 1 300 employés prenaient leur retraite. Eh bien, ce n'est pas tout ce que son gouvernement a fait. En fait, il a demandé que les employés en question relèvent d'un programme spécial d'assurance-emploi qui ne prend effet que si l'employeur garantit que le départ à la retraite de chaque employé réduira les effectifs de façon permanente. La décision de DRHC était basée sur le document en question.

Pour simplifier, le Programme de retraite anticipée était une mauvaise idée. Il a été conçu par un gouvernement sans expérience qui cherchait à inventer des méthodes et de nouveaux moyens pour changer le mode de fonctionnement du gouvernement. Eh bien, nul ne peut nier que le mode de fonctionnement du gouvernement a changé, mais certainement pas en mieux.

Le samedi 16 février, j'ai eu l'occasion, en compagnie de 100 autres personnes environ, de participer à un colloque d'une journée parrainé par la Coalition pour l'équité salariale et dont le thème était Réaliser l'équité salariale : pourquoi et comment? C'était une occasion magnifique de discuter d'une question si importante avec des hommes et des femmes non seulement du Nouveau-Brunswick mais aussi d'un peu partout au Canada. Je suis repartie — et je suis convaincue que ma collègue la ministre responsable de la condition de la femme est aussi repartie — avec un engagement renouvelé à l'égard de la nécessité d'étudier la législation sur l'équité salariale au Nouveau-Brunswick.

Avant de commencer à parler de l'équité salariale, établissons exactement de quoi il s'agit lorsque nous parlons d'équité salariale. L'équité salariale est la rémunération égale pour un travail de valeur égale. Un travail de valeur égale est déterminé par un certain nombre de facteurs, y compris la responsabilité, le niveau de formation et les conditions de travail.

Traditionnellement, les professions majoritairement féminines sont moins rémunérées que les professions majoritairement masculines, même les postes qui demandent une formation et des niveaux de responsabilité similaires. De fait, Statistique Canada indique que le sexisme est la seule raison pour au moins la moitié de l'écart salarial de 30 % qu'il y a toujours entre les hommes et les femmes de notre pays.

De fait, Statistique Canada démontre que les femmes étaient les plus aptes à être sous-employées. Environ 70 % des personnes sous-employées au Nouveau-Brunswick sont des femmes. En outre, les femmes occupent de 72 % à 73 % des emplois à temps partiel.

Une des conférencières a dit ceci : Nous continuons de vivre dans un pays où les travailleuses des garderies sont moins payées que les gardiens de zoo. Nous connaissons donc le problème, mais comment le réglerons-nous? Certainement pas en instaurant des primes à la naissance, ce qui empirerait la situation.

Des niveaux d'éducation plus élevés pour les femmes et le nombre croissant de femmes qui choisissent des emplois traditionnellement réservés aux hommes n'ont pas réduit l'écart salarial aussi rapidement que l'on s'y attendait.

Depuis 1970 — des années relativement progressives pour ce qui est de l'égalité entre les sexes —, l'écart salarial entre les hommes et les femmes a seulement été réduit de 4 %. La présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme a dit que, à ce rythme, il faudra 110 ans pour éliminer cet écart.

Bien qu'il soit incontestable qu'un écart salarial inacceptable entre les hommes et les femmes existe dans notre province, le débat est soutenu quant à la meilleure façon de résoudre la question.

Il est clair que légiférer l'équité salariale n'est pas facile. Il faut élaborer des systèmes d'évaluation ainsi que créer et mettre en oeuvre des programmes pour les employeurs. Le Québec a planifié pendant huit ans entre le moment où la loi sur l'équité salariale a été annoncée et le moment prévu où les employeurs devaient mettre leurs programmes en oeuvre.

Nous ne pouvons cependant pas fermer la porte à une telle option simplement parce que c'est décourageant et difficile. Si la voie vers l'équité salariale était sans embûche, nous y serions déjà parvenus.

Si le gouvernement est vraiment sérieux à propos de la question, il doit instaurer un processus de consultation qui permettra un débat ouvert sur les options. Si le comité recommande une loi sur l'équité salariale et que le gouvernement Lord ne souhaite pas emprunter une telle voie, il lui reviendra alors de justifier sa décision. Je demande tout simplement au gouvernement d'instaurer un processus sans restrictions.

[Traduction]

Au cours des dernières années, le tourisme a été un de nos principaux secteurs de croissance dans la province. De 1987 à 1999, les chiffres relatifs au tourisme ont enregistré une hausse chaque année jusqu'à ce que nous ayons atteint des recettes de presque 1 milliard de dollars. Le premier ministre Bernard Lord est alors arrivé au pouvoir, et, depuis, c'est le déclin. Une des premières mesures du gouvernement actuel a été de démanteler le ministère du Tourisme et d'attribuer ses responsabilités à deux ministères différents, dont le nom ne contenait pas le mot « tourisme », et de diminuer son budget de 10 millions de dollars.

En l'an 2000, les chiffres ont enregistré une baisse de 5 %. En 2001, la baisse s'est chiffrée à 7 %. Même cette année, alors que les responsabilités en matière de tourisme ont enfin été attribuées de nouveau à un seul ministère, les dépenses pour les programmes de commercialisation se chiffrent à seulement 7,1 millions de dollars. Puisque la somme est bien inférieure aux niveaux de 1999, il semble que le gouvernement n'ait toujours pas compris. Le tourisme est un domaine où nous pouvons continuer à croître, mais c'est un domaine qui nécessite une attention soutenue. On ne peut pas ne rien faire une année et s'attendre à ce que les chiffres continuent d'être à la hausse. Cela ne se produira pas. Il faut adopter une approche dynamique et être prêt à soutenir l'industrie au moyen de programmes de commercialisation.

Bien que le gouvernement actuel aime parler des mesures qu'il prend afin d'améliorer les soins de santé, les statistiques indiquent que les soins de santé dans la province ne se sont pas améliorés dans les deux années de mandat du gouvernement. Le premier ministre a constitué en 1999 le Conseil du premier ministre en matière de qualité de la santé afin d'essayer de trouver des solutions. Dans les deux années qui ont suivi, le conseil a dépensé près de 2 millions pour établir un rapport assorti de recommandations. Eh bien, le rapport a été publié, il a été pris acte des recommandations, et les membres des régies régionales de la santé ont été nommés. Malgré des dépenses de 2 millions, les gens du Nouveau-Brunswick n'ont constaté aucun changement ni aucune amélioration dans le système de soins de santé par suite des travaux du conseil. Encore aujourd'hui, 36 000 personnes au Nouveau-Brunswick n'ont pas de médecin de famille, et les listes d'attente pour consulter des spécialistes ou subir une chirurgie continuent de s'allonger.

Nous pouvons parler un peu de l'éducation et d'un autre des éléments constitutifs du premier ministre Lord. Je dirais plutôt qu'ils sont fictifs, en ce moment. Le gouvernement actuel a démantelé le système qui était en place au ministère de l'Éducation et il a instauré des conseils d'éducation de district. Le tout a été fait sous le prétexte d'habiliter les gens. Il s'agissait d'une tentative de faire croire aux gens que le nouveau système leur donnerait davantage un mot à dire et de pouvoir quant à leurs écoles. Or, nous avons constaté à quel point le raisonnement n'était pas fondé. Nous l'avons constaté cette année, lorsque des conseils d'éducation de district ont voulu faire un peu d'entretien, réparer quelques toits et remplacer des fenêtres, sans consulter d'abord le ministre. Celui-ci n'a pas tardé à dire aux conseils qu'ils avaient outrepassé leurs pouvoirs.

Je vous mets au défi de trouver un parent qui est convaincu que le système est meilleur maintenant, qui croit avoir davantage son mot à dire sur ce qui se passe dans les écoles ou qui estime que l'éducation de son enfant s'est améliorée. Réforme de l'éducation? Non. Il s'agit plutôt d'accroître la bureaucratie et de multiplier les paliers entre les parents et le système scolaire. Il n'y a aucun changement dans la salle de classe. Les résultats de test de nos élèves prouvent que le gouvernement n'est pas à la hauteur d'apporter des changements là où cela importe : dans la salle de classe.

Au cours de son mandat, le gouvernement a commandé des dizaines de rapports et d'études et créé des groupes de travail et des comités pour trouver des solutions à certaines des questions les plus controversées de la province. Toutefois, une fois les travaux achevés, il semble que le gouvernement actuel n'ait pas le courage de procéder à la mise en oeuvre des recommandations.

Examinons certains des travaux importants.

Le Conseil du premier ministre en matière de qualité de la santé a passé deux années à étudier les soins de santé dans la province, comme je l'ai mentionné il y a un instant, et la seule recommandation qui a été adoptée est celle visant la création des régies régionales de la santé. Même pour celle-ci, le gouvernement n'a pas suivi la proposition du conseil de tenir les régies indépendantes du ministère de la Santé et du Mieux-être. Ce que le gouvernement a créé, c'est un prolongement du ministère où le ministre a l'autorité suprême sur les conseils, ce qui aboutit donc à huit miniministères de la Santé dans la province. Il y a eu ensuite le rapport Martel sur les salles d'urgence dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick. Très peu de mesures ont été prises par suite de ce rapport.

Le rapport sur Metz Farms est un exemple classique d'un gouvernement qui demande des conseils et prend ensuite une toute autre direction.

Le rapport sur les VTT a été préparé grâce à des dizaines de bénévoles qui ont mis du temps et de l'énergie pour compiler 39 recommandations visant à rendre plus sécuritaire la conduite des véhicules tout-terrain. Eh bien, le gouvernement a pris neuf mois pour finalement accepter une recommandation du rapport et il a refilé les autres responsabilités à des organismes privés pour qu'ils trouvent des solutions.

Ensuite, il y a eu, bien sûr, des rapports que le gouvernement ne veut même pas rendre publics et dont il ne veut même pas parler, comme le rapport de Cleveland Allaby, d'un coût de 112 000 $, qui était censé traiter des problèmes au sein du ministère de la Justice. Il y a aussi eu le rapport de Normand Martin, un sous-ministre à la retraite, qui a examiné la meilleure utilisation des ressources humaines. Il n'est pas clair pourquoi une telle étude a été entreprise et, à la lecture du rapport, je ne suis pas sûre qu'il était la seule personne en mesure de le préparer.

Vous souvenez-vous du rapport Les enfants priment tout? Le gouvernement a été applaudi pour avoir pris l'initiative. Toutefois, une des principales recommandations était de recruter 177 travailleuses et travailleurs sociaux additionnels, pour lesquels la demande est grande dans tout le système. Or, nous découvrons maintenant que le ministère n'est pas disposé à y donner suite. Le rapport du Comité d'examen des décès d'enfants a été rendu public il y a deux ans, et rien n'indique qu'aucune des recommandations ait été mise à exécution.

Qui peut oublier la Table ronde de la ministre sur la gouverne locale? Il s'agit d'un exercice qui a duré six mois et fait intervenir des dizaines de personnes. Les 16 recommandations du rapport ont été reçues, et le gouvernement a lancé une autre série de consultations, en espérant retarder encore toute décision controversée jusqu'à son deuxième mandat. Cette étude de l'étude devrait durer au moins six autres mois avant que le gouvernement annonce sa prochaine démarche.

La palme du plus grand nombre d'études, de rapports et d'analyses financières va à Énergie NB. Depuis trois ans, le gouvernement actuel dit qu'il annoncera sa décision sur l'avenir d'Énergie NB, et il a fixé des dates butoirs à quatre reprises. Toutes les dates butoirs ont passé. Aucune décision n'a encore été prise, et les études se poursuivent. Des millions de dollars ont été dépensés pour donner au gouvernement actuel les détails sur toutes les options. Le gouvernement a reçu d'innombrables rapports, études et nouvelles données. Cependant, l'attente se prolonge, et le refrain « Pas encore de décision » continue de se réverbérer du Cabinet du premier ministre aux bureaux d'Énergie NB, en passant par le MRNE.

Ce qui manque le plus au gouvernement actuel, c'est le courage de gouverner : le courage d'élaborer des politiques, de prendre des décisions en fonction de ces politiques et de défendre ces décisions. Les gens du Nouveau-Brunswick ont assez attendu. Ils commencent à témoigner de l'impatience à l'égard d'un gouvernement qui a amplement eu le temps de trouver sa voie et de prendre position.

Gouverner, c'est prendre des décisions, même lorsqu'elles sont impopulaires. Gouverner, c'est avoir le courage de faire les actes de foi qui font avancer la province. Bien gouverner, c'est s'inquiéter moins des allégeances politiques et plus des compétences. En outre, bien gouverner, c'est travailler au mandat actuel au lieu de renforcer ses ressources afin de remporter les prochaines élections.

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