Réponse au discours du budget
par Mme Marcelle Mersereau,
critique financière et députée de Bathurst
le 28 mars 2002
Extrait non révisé du Journal des
débats (hansard)
Le texte du discours est rendu accessible
par le bureau du greffier de lAssemblée législative.
La version électronique nest diffusée quà
titre documentaire.
Limprimé du Journal des débats (hansard)
fait foi.
[Original]
Monsieur le président, lorsqu'on fait le tour de la province
et qu'on entend prononcer le nom de la lieutenante-gouverneure,
on entend aussi des adjectifs et des propos comme ceux-ci : C'est
une personne ouverte, une personne disponible, une personne gracieuse,
une personne impliquée, une personne dont tous les gens
du Nouveau-Brunswick, indépendamment d'où ils demeurent,
sont fiers. C'est une Néo-Brunswickoise qui est, elle aussi,
fière de sa province et de son pays.
Alors, je la reconnais aujourd'hui et la remercie pour la façon
dont elle remplit son mandat. Je la remercie aussi pour son implication
dans tous les petits coins de la province qui l'ont reçue
et qui ont eu l'occasion de l'entendre.
En ce qui vous concerne, Monsieur le président, on entend
ces propos-ci : Vous êtes une personne professionnelle,
une personne respectueuse, une personne posée, une personne
qui sait s'acquitter de ses fonctions d'une façon équitable.
C'est une tâche qui n'est pas facile, et je vous dis que
nous apprécions la façon dont vous jouez votre rôle
à l'Assemblée législative.
Que peut-on dire des employés de l'Assemblée législative?
S'ils n'étaient pas là, on ne serait pas ici, ou,
si on était ici et qu'ils n'étaient pas là,
on aurait de la difficulté à jouer nos rôles
de la façon dont on le fait.
La greffière, la sergente d'armes, les pages, tous les
gens à la bibliothèque et tous ceux qui appuient
nos efforts, je vous remercie d'une façon sincère.
Je me joins à tous mes collègues qui ont, hier encore,
reconnu d'une façon particulière Phyllis LeBlanc,
Eric Swanick et Louise McKnight. J'offre mes sincères félicitations
à ces employés et je sais qu'ils auront une retraite
très productive.
Je remercie le chef de l'opposition, M. Richard, tous mes collègues
du caucus et tous les employés qui travaillent au bureau
de l'opposition, sans qui il serait très difficile de faire
le travail que l'on doit faire à la Chambre.
Aux ministres et députés du gouvernement, je sais
que ce n'est pas facile. Vous devez jouer le rôle de gouverner
la province et être présents pour les gens de cette
province. Ce n'est pas un rôle facile, et je le reconnais.
Je dois vous dire que c'est quand même un travail que vous
avez entrepris de la même façon que nous l'avions
fait, pour représenter le bien-être des gens du Nouveau-Brunswick.
Aux employés du gouvernement qui sont là, qui travaillent
tous les jours, encore une fois, à implanter et rendre
accessibles aux gens du Nouveau-Brunswick les politiques du gouvernement
et les lois que l'on adopte ici et qui doivent aussi livrer des
programmes comme ils ressentent le besoin de le faire, c'est-à-dire
avec professionnalisme, on doit aussi des remerciements et notre
reconnaissance.
La circonscription de Bathurst c'est sûr que ceux
qui font des discours à la Chambre disent toujours qu'ils
représentent la meilleure circonscription , je dois
vous dire, est la meilleure circonscription de la province ; c'est
la seule d'ailleurs qui est composée d'une municipalité.
Alors, nous avons cette distinction. Je dois dire que les gens
de Bathurst m'ont donné pour la troisième fois le
mandat de les représenter à l'Assemblée législative.
Je leur suis très reconnaissante pour la façon dont
ils m'appuient et j'espère que, en bout de ligne, on aura
pu faire avancer les dossiers dans la ville de Bathurst, dans
la région Chaleur et aussi dans la province, de la façon
qu'ils s'en attendaient.
[Traduction]
Je vais parler très brièvement de ma circonscription
pour essayer d'en situer le contexte. Les personnes qui vivent
dans le Nord-Est sont pleinement conscientes de l'une des plus
importantes questions de l'heure. Nous avons les taux de chômage
les plus élevés au Nouveau-Brunswick, et le gouvernement
actuel a fait très peu pour enrayer le chômage. En
fait, depuis mars 2001, il garde sous le coude une analyse des
répercussions économiques de Brunswick Mine et il
sait bien dans quelle mesure le problème a été
critique. Cette analyse des répercussions économiques
a été préparée par Fréderic
Arsenault. Il exprime très clairement sa préoccupation,
et je cite sa note, qui accompagne le rapport :
[Traduction]
J'ai constaté, au cours des discussions avec les gens
de la région ce que confirment d'ailleurs les conclusions
de l'analyse des répercussions économiques ,
une forte préoccupation quant à l'avenir économique
global de la région. En fait, il s'agit de plus que d'emplois
et de salaires, car l'exploitation minière fait désormais
partie de la culture et du tissu social des gens de la région.
J'avancerais qu'il faut élaborer une stratégie pour
aborder les deux préoccupations de la meilleure façon
possible. Autrement, les répercussions économiques
défavorables pourraient bien surpasser celles qui ont été
signalées dans l'analyse des répercussions. En particulier,
il faut sensibiliser le gouvernement à la gravité
et à la relative imminence du problème.
Certains pourraient automatiquement présumer que la
fermeture éventuelle de Brunswick Mine est un problème
qui frappe surtout la région de Bathurst et de Chaleur.
L'analyse montre que ce n'est pas le cas. Les répercussions
touchent la Péninsule acadienne et les comtés voisins,
à savoir Restigouche et Northumberland. Les répercussions
se font aussi sentir dans les comtés du sud, plus urbanisés
et plus industrialisés. En outre, si l'on considère
que la fermeture de Brunswick Mine pourrait compromettre l'avenir
de la fonderie de Belledune, il est manifeste que les répercussions
frapperaient aussi le comté de Restigouche de façon
importante.
D'un point de vue stratégique, il faut faire passer
aux commissions voisines et aux gouvernements le message selon
lequel les répercussions ne sont pas seulement locales
et régionales.
Je cite M. Arsenault parce que cela fait deux ans que j'essaie
de faire comprendre au gouvernement qu'il ne s'agit pas d'un enjeu
régional. Il s'agit d'un enjeu provincial. En fait, il
y a même une forte dimension nationale. Voilà le
message que le gouvernement actuel doit comprendre. Lorsque nous
parlons de Brunswick Mine, nous ne parlons pas seulement du coeur
d'une circonscription libérale. Nous parlons de répercussions
économiques qui se feront sentir à la grandeur de
la province. Il est temps que le gouvernement le comprenne. Il
est temps qu'il prenne des mesures pour s'occuper d'un enjeu économique
aussi critique.
Je dois dire que le groupe de travail que le premier ministre
a mis en place pour Restigouche-Chaleur est un pas dans la bonne
direction. En 2000, la ville de Bathurst a aussi mis sur pied
un groupe de travail, qui travaille très fort pour voir
s'il y a moyen de modifier les répercussions de ce qui
va se produire. Toutefois, je veux préciser très
clairement que le gouvernement fédéral, la province,
la compagnie et tous les fournisseurs doivent prendre place à
la même table, dans le contexte d'un ferme partenariat.
Je vais vous donner la raison d'une telle exigence, et elle est
très simple. Elle figure à la page 5 du rapport.
Rien que pour les salaires et les activités minières
Nous ne parlons pas seulement ici d'acquitter la facture d'électricité
de 14 millions de dollars ou les réparations. Nous parlons
de l'extraction du minéral. Les répercussions se
chiffrent à 109 millions de dollars par année. Il
va de soi que cela se répercutera non seulement sur la
ville de Bathurst ou la région Chaleur, mais sur bien plus
encore.
La page 7 du rapport aborde l'emploi. Il s'agit de 1 700 emplois
pour Gloucester, de 2 218 emplois pour le Nouveau-Brunswick et
de 3 420 emplois pour l'ensemble du Canada. Là encore,
les gens pensent qu'il s'agit d'un enjeu local et régional.
C'est un enjeu provincial. Plus encore, c'est un enjeu national,
car des emplois ne se trouvent même pas au Nouveau-Brunswick.
Quant aux recettes fiscales fédérales et provinciales
et ceci ne tient pas compte de tout, mais seulement des
recettes fiscales , elles se chiffrent à 45 millions
pour le fédéral et à 44 millions pour la
province. Cela correspond à près de 100 millions
par année en recettes fiscales qui ne seront plus perçues
à l'échelon provincial ou fédéral.
M. Arsenault offre un excellent argument dans l'introduction
de son rapport. Je dois préciser que ce rapport a été
payé par la compagnie, puis remis à la commission.
Il est à espérer qu'il servira de tremplin pour
aider le groupe de travail à réunir les intervenants
autour de la table afin de prendre des mesures concrètes.
C'est plus qu'une petite initiative. C'est de l'ampleur de ce
qui s'est produit au Cap-Breton. Je pense que nous devons vraiment
repenser l'affaire. Nous devons l'envisager comme ayant une telle
ampleur, à moins de ne pas nous soucier d'une pareille
perte de recettes au Nouveau-Brunswick. Nous parlons de bien plus
que d'une seule région.
Il a été satisfaisant de représenter Bathurst,
mais les défis que nous devons relever dans la région
seront de taille. Voilà pourquoi j'implore le gouvernement
de tenir compte du fait que l'affaire est de bien plus grande
envergure qu'elle ne semble l'être aux yeux du gouvernement
à l'heure actuelle. Je suis sûre que, étant
donné le rapport, les groupes de travail et les partenariats
en voie de formation, la prise de conscience aura lieu, mais nous
ne devons plus gaspiller de temps. Nous devons agir.
Voilà ma région. Voilà ma circonscription.
Voilà pourquoi je suis en politique : m'assurer que la
voix de la région de Bathurst soit entendue à l'Assemblée
législative.
À titre de critique financière, je voudrais féliciter
le ministre des Finances pour son budget bien rédigé,
délicatement formulé et soigneusement mis au point
son premier et aussi pour ses bottes. Il s'est applaudi,
ainsi que son gouvernement, d'avoir projeté un excédent
pour l'année financière 2002-2003. Toutefois, un
seul chiffre est important dans le budget de 38 pages. Ce chiffre
montre vraiment dans quelle mesure le gouvernement se débrouille.
Ce chiffre, c'est le déficit de 58,7 millions de dollars.
C'est la somme que le gouvernement a ajoutée à la
dette de la province. Vous pouvez parler tant que vous voulez
d'excédents et de succès, mais il y a quelque chose
qui cloche quand, en bout de ligne, vous augmentez encore la dette
de la province de plus de 50 millions.
Je vais reprendre les propos d'un ancien ministre des Finances,
et je suis sûre que vous reconnaîtrez le nom, Monsieur
le président. Il s'agit de D.D. Patterson, qui faisait
partie du Cabinet de Hugh John Flemming. Il répétait
souvent à la Chambre : Vous pouvez courir, vous pouvez
vous cacher, mais l'augmentation de la dette nette vous rattrapera
chaque fois. Je vois qu'un sourire s'esquisse sur le visage de
quelques parlementaires, et je suis certaine que c'est parce qu'ils
se souviennent du propos.
Voici un budget qui veut tromper les gens du Nouveau-Brunswick
en leur faisant croire que le gouvernement actuel sait ce qu'il
fait. Il veut leur donner une fausse impression de sécurité
en leur faisant croire que tout va bien dans le coin de Peter.
Or, ce n'est pas le cas. Cela ne va pas bien du tout. Le ministre
a raison lorsqu'il dit qu'il pourrait y aura lieu de se préoccuper
de l'année prochaine, mais il aurait aussi dû dire
que, si le gouvernement fédéral ne l'avait pas tiré
d'affaire, sa prédiction d'un déficit de 181 millions
se serait réalisée.
Le budget poursuit ce que le gouvernement Lord fait depuis trois
ans, et la meilleure façon de le décrire, c'est
de dire qu'il endette de plus en plus la province. En fait, de
façon cumulative expression que le ministre des
Finances aime utiliser dans son rapport , le gouvernement
Lord a ajouté 7,1 milliards de plus à la dette en
à peine trois ans. Curieux, le fait n'est pas mentionné
dans les deux comptes rendus du gouvernement Lord à la
population du Nouveau-Brunswick. Rappelez-vous D.D. Patterson
: Vous pouvez courir, vous pouvez vous cacher, mais l'augmentation
de la dette nette vous rattrapera chaque fois.
Il est maintenant temps de mettre de côté le nombrilisme
du premier ministre et d'examiner plus attentivement notre situation
passée et actuelle. Parlons de ce que le gouvernement Lord
a fait subir au Nouveau-Brunswick depuis juin 1999. Lorsque le
gouvernement Lord est arrivé au pouvoir, le taux de chômage
était de 9,7 % ; il se chiffre maintenant à 11,3
%. En fait, dans ma région de la province, le taux de chômage
s'élève à plus de 20 %. Comment le premier
ministre explique-t-il un tel fait? Il dit que la population active
est plus nombreuse que jamais. Il ne se donne pas la peine d'expliquer
que la population active comprend les personnes qui ont un emploi
et celles qui se cherchent un emploi.
Examinons les véritables chiffres. En février,
la population active comptait 385 000 personnes, dont 322 000
avaient un emploi. Il reste 63 000 personnes qui ont l'honneur
douteux d'être incluses dans la population active du Nouveau-Brunswick
sans toutefois avoir un emploi. Sur les personnes ayant un emploi,
54 000 ne travaillent qu'à temps partiel. Elles n'ont donc
aucun avantage, peu de possibilités de promotion, et elles
gagnent le salaire minimum.
C'est vrai que les analystes financiers considèrent que
le pays est en période de ralentissement économique.
Toutefois, le Nouveau-Brunswick s'en tire encore plus mal que
les autres provinces. Le Conference Board du Canada prévoit
que, pour la deuxième année de suite, le Nouveau-Brunswick
sera à la remorque. En fait, il sera au tout dernier rang
des provinces quant au taux de croissance.
Il n'est pas difficile de voir pourquoi. Le gouvernement actuel
a commis d'énormes erreurs, et les plus désastreuses
ont été dans le domaine du développement
économique. La première a été de se
contenter de ne rien faire en période de conjoncture favorable,
au lieu de poursuivre le travail acharné entrepris pour
attirer des investissements commerciaux au Nouveau-Brunswick.
Dans sa hâte d'effacer les traces de toute réussite
libérale ou autre, le gouvernement a plutôt décidé
de sabrer l'un des ministères du Développement économique
les plus admirés et enviés du pays et l'a remplacé
par deux ministères aux missions chevauchantes et interreliées.
Il a fallu plus de deux ans pour que le gouvernement Lord se rende
compte de son erreur et confie enfin de nouveau les activités
de développement économique à un seul ministère.
Cependant, les deux années de bricolage, de changement
d'en-têtes de lettre, de réaménagement des
bureaux et des effectifs et de confusion qui s'en est suivie ont
fait du tort. La situation a créé beaucoup de frustration
et de confusion dans le monde des affaires.
Bon nombre de gens d'affaires m'ont dit qu'ils avaient communiqué
au gouvernement leur désir de créer des emplois
dans notre province mais qu'ils avaient fini par lever les bras
de frustration en raison du peu d'intérêt du gouvernement
à de telles initiatives. L'Indice de l'offre d'emploi est
compilé à partir des offres d'emplois publiées
dans 22 journaux de 20 régions métropolitaines importantes,
et il est considéré comme un indicateur de la demande
de main-d'oeuvre, qui mesure l'intention des compagnies d'engager
du nouveau personnel. L'indicateur a chuté de 15 points
de pourcentage au Nouveau-Brunswick entre janvier 2001 et janvier
2002.
Le ministre aime parler de la croissance prévue du PIB.
Le taux de croissance prévue de notre PIB est de 1 % en
2002 ; toutefois, cela nous place au neuvième rang des
10 provinces. Le Groupe Financier Banque TD prévoit que
notre taux de croissance sera de 2,9 % au cours de 2003. Voilà
qui semble bien, jusqu'à ce qu'on compare le Nouveau-Brunswick
aux autres provinces. Nous sommes encore une fois au neuvième
rang dans le pays.
Si vous ne croyez pas que nous perdons du terrain, comparez la
situation à celle de 1999, lorsque nous avons eu un taux
de croissance du PIB de 3,5 %. C'est la même histoire pour
nos ventes au détail. De 2000 à 2001, notre taux
de croissance dans le domaine n'a été que 2,4 %.
Le Nouveau-Brunswick est encore une fois dans la queue du peloton,
au dernier rang des provinces et territoires du Canada. L'abandon
de programmes tels que le programme d'avance de capitaux aux petites
entreprises, qui visait à appuyer les petites entreprises
créées au Nouveau-Brunswick, est une autre raison
importante qui explique notre piètre rendement. Malgré
les propos au sujet de la solution néo-brunswickoise, qui
consiste à appuyer nos propres entrepreneurs, à
créer des entreprises et à contribuer à notre
croissance économique, le gouvernement Lord n'a pas réussi
à trouver une manière de le faire. En conséquence,
un nombre plus grand que jamais de jeunes du Nouveau-Brunswick
quittent notre province.
Devant des statistiques si lamentables, le premier ministre a
donc rendu public son plan de relance de l'économie. Il
s'agit d'un plan de 10 ans basé sur tous les bons éléments,
tels que les éléments constitutifs suivants : investir
dans la population, créer un contexte fiscal et commercial
compétitif, choisir l'innovation et bâtir l'infrastructure
stratégique. Cela semble impressionnant et sonne bien.
Ce devrait sûrement être impressionnant, vu le coût
de 63 000 $. C'est un document de 95 pages, sur papier glacé
et tout en couleur, qui reprend des expressions tirées
de tout document de développement économique jamais
publié au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse,
en Alberta et en Ontario. Malheureusement, un joli document ne
réduira pas notre taux de chômage, ne créera
pas d'emplois pour nos jeunes afin de les empêcher de quitter
la province et n'attirera pas les investisseurs dans notre province
pas plus que ne le fera le fait de se croiser les bras
en attendant une relance de l'économie. Seules des actions
y parviendront. Les paroles fleuries doivent se traduire par des
actions. Elles doivent se transformer en incitatifs et en programmes
qui stimuleront notre économie et donneront aux compagnies
un milieu stable dans lequel investir.
Les tours de passe-passe s'accompagnent aussi de bonnes histoires
et de statistiques douteuses. Dans Le plan de prospérité,
le premier ministre se vante des 5 900 emplois créés
depuis 1999 dans les centres d'appels. Toutefois, il a omis quelques
détails. Le ministre des Entreprises Nouveau-Brunswick
m'a donné les véritables faits en réponse
à une demande au titre du droit à l'information.
Le chiffre de 5 900 comprend les 400 emplois de CanJet, qui a
cessé ses activités au Nouveau-Brunswick, ainsi
que les emplois du Qualiflyer Group, de la MREDC, de Virtual-Agent
Services et de la Corporation Solutions Moneris, qui n'ont jamais
créé d'emplois et qui n'ont même jamais ouvert
un bureau dans la province. Ces compagnies à elles seules
comptent plus de 1 000 emplois qui n'ont jamais été
créés. En outre, de nombreuses compagnies n'ont
pas atteint les objectifs fixés, ce qui fait que le nombre
réel d'emplois créés dans les centres d'appels
depuis 1999 dépasse à peine 3 000. Quand on a, en
matière de développement économique, un bilan
aussi lamentable que celui du gouvernement actuel, il ne reste
qu'une chose à faire : on invente les chiffres.
[Original]
N'oublions pas le pleurnichement du gouvernement actuel durant
les trois dernières années au sujet de la participation
d'Ottawa au financement des soins de santé. Toutefois,
la réalité, c'est que les transferts fédéraux
dans leur ensemble ont augmenté. Le Transfert canadien
en matière de santé et de programmes sociaux est
passé de 338 millions de dollars en 1998-1999 à
470 millions en 2000-2001, ce qui donne des transferts fédéraux
totalisant plus de 1,9 milliard cette année, en augmentation
par rapport à 1,7 milliard en 1999-2000.
N'oublions pas le financement fédéral de nos routes.
Cela a été une des grandes raisons de plus de voyages
à Ottawa par notre ministre des Transports. Il dit qu'il
veut être traité comme ses homologues des autres
provinces au Canada. Il dit qu'il veut sa juste part des dollars
fédéraux consacrés aux routes, et on est
d'accord avec lui. Eh bien, d'après des documents de Transports
Canada, il semble qu'il ait plus que sa juste part. En fait, selon
l'entente actuelle qui expire en 2005-2006, le Nouveau-Brunswick
recevra 91,9 millions de dollars, Terre-Neuve recevra 78,1 millions,
le Québec obtiendra 14,4 millions, et la Nouvelle-Écosse
obtiendra 2,5 millions. Les autres provinces ne recevront rien
au titre du programme. Vous voyez donc que le ministre des Transports
ferait mieux d'avoir les bons renseignements et de faire attention
à ce qu'il souhaite quand il dit qu'il veut être
traité comme ses homologues des autres provinces.
Le premier ministre parle d'un gouvernement qui pratique une
meilleure gestion. Parlons-en. Parlons du gel de l'embauche qui
n'a jamais eu lieu. En octobre 1999, le gouvernement a annoncé
qu'un gel de l'embauche serait en vigueur jusqu'à avis
contraire. Le ministre des Finances de l'époque s'est toutefois
empressé d'indiquer qu'il y aurait des exceptions. Il y
a des exceptions ; de fait, pendant les deux années suivantes,
il y a eu 5 549 exceptions, soit toutes celles qui ont été
demandées, moins 69. Donc, pendant le prétendu gel
de l'embauche, le gouvernement Lord a embauché 5 549 personnes,
près du triple du nombre de personnes qui ont pris une
retraite anticipée. Un dégel!
Il n'est guère étonnant que le vérificateur
général ait mis en doute la prévision de
238,8 millions de dollars d'économies réalisées
grâce au Programme de retraite anticipée. Il a également
demandé pourquoi le programme avait été lancé,
puisque la plupart des employés qui prenaient ainsi leur
retraite l'auraient prise de façon normale pas plus tard
qu'en 2007 et que le gouvernement aurait évité les
coûts additionnels en question. Il a également souligné
que les économies prévues ne seraient réalisées
que si les postes des personnes retraitées étaient
éliminés. Il est évident, puisqu'il y a eu
5 549 personnes recrutées pendant les deux premières
années, que les postes restés vacants ont été
rares.
D'après les propres chiffres du gouvernement, la fonction
publique a diminué ses effectifs d'environ 20 postes depuis
juin 1999.
Le prétendu processus de réduction des effectifs
a été accepté par Développement des
ressources humaines Canada comme une initiative selon laquelle
les fonctionnaires qui prennent leur retraite seraient admissibles
à des prestations d'assurance-emploi. Une telle admissibilité
se basait sur des documents du ministère provincial des
Finances garantissant que les effectifs seraient vraiment réduits
de façon permanente et que, en partant, les employés
allant à la retraite permettraient de préserver
les emplois de leurs collègues. Je mets encore en doute
l'exactitude de ces documents.
Maintenant, le ministre responsable des ressources humaines affirme
que son gouvernement s'est contenté de signaler à
DRHC que 1 300 employés prenaient leur retraite. Eh bien,
ce n'est pas tout ce que son gouvernement a fait. En fait, il
a demandé que les employés en question relèvent
d'un programme spécial d'assurance-emploi qui ne prend
effet que si l'employeur garantit que le départ à
la retraite de chaque employé réduira les effectifs
de façon permanente. La décision de DRHC était
basée sur le document en question.
Pour simplifier, le Programme de retraite anticipée était
une mauvaise idée. Il a été conçu
par un gouvernement sans expérience qui cherchait à
inventer des méthodes et de nouveaux moyens pour changer
le mode de fonctionnement du gouvernement. Eh bien, nul ne peut
nier que le mode de fonctionnement du gouvernement a changé,
mais certainement pas en mieux.
Le samedi 16 février, j'ai eu l'occasion, en compagnie
de 100 autres personnes environ, de participer à un colloque
d'une journée parrainé par la Coalition pour l'équité
salariale et dont le thème était Réaliser
l'équité salariale : pourquoi et comment? C'était
une occasion magnifique de discuter d'une question si importante
avec des hommes et des femmes non seulement du Nouveau-Brunswick
mais aussi d'un peu partout au Canada. Je suis repartie
et je suis convaincue que ma collègue la ministre responsable
de la condition de la femme est aussi repartie avec un
engagement renouvelé à l'égard de la nécessité
d'étudier la législation sur l'équité
salariale au Nouveau-Brunswick.
Avant de commencer à parler de l'équité
salariale, établissons exactement de quoi il s'agit lorsque
nous parlons d'équité salariale. L'équité
salariale est la rémunération égale pour
un travail de valeur égale. Un travail de valeur égale
est déterminé par un certain nombre de facteurs,
y compris la responsabilité, le niveau de formation et
les conditions de travail.
Traditionnellement, les professions majoritairement féminines
sont moins rémunérées que les professions
majoritairement masculines, même les postes qui demandent
une formation et des niveaux de responsabilité similaires.
De fait, Statistique Canada indique que le sexisme est la seule
raison pour au moins la moitié de l'écart salarial
de 30 % qu'il y a toujours entre les hommes et les femmes de notre
pays.
De fait, Statistique Canada démontre que les femmes étaient
les plus aptes à être sous-employées. Environ
70 % des personnes sous-employées au Nouveau-Brunswick
sont des femmes. En outre, les femmes occupent de 72 % à
73 % des emplois à temps partiel.
Une des conférencières a dit ceci : Nous continuons
de vivre dans un pays où les travailleuses des garderies
sont moins payées que les gardiens de zoo. Nous connaissons
donc le problème, mais comment le réglerons-nous?
Certainement pas en instaurant des primes à la naissance,
ce qui empirerait la situation.
Des niveaux d'éducation plus élevés pour
les femmes et le nombre croissant de femmes qui choisissent des
emplois traditionnellement réservés aux hommes n'ont
pas réduit l'écart salarial aussi rapidement que
l'on s'y attendait.
Depuis 1970 des années relativement progressives
pour ce qui est de l'égalité entre les sexes ,
l'écart salarial entre les hommes et les femmes a seulement
été réduit de 4 %. La présidente du
Conseil consultatif sur la condition de la femme a dit que, à
ce rythme, il faudra 110 ans pour éliminer cet écart.
Bien qu'il soit incontestable qu'un écart salarial inacceptable
entre les hommes et les femmes existe dans notre province, le
débat est soutenu quant à la meilleure façon
de résoudre la question.
Il est clair que légiférer l'équité
salariale n'est pas facile. Il faut élaborer des systèmes
d'évaluation ainsi que créer et mettre en oeuvre
des programmes pour les employeurs. Le Québec a planifié
pendant huit ans entre le moment où la loi sur l'équité
salariale a été annoncée et le moment prévu
où les employeurs devaient mettre leurs programmes en oeuvre.
Nous ne pouvons cependant pas fermer la porte à une telle
option simplement parce que c'est décourageant et difficile.
Si la voie vers l'équité salariale était
sans embûche, nous y serions déjà parvenus.
Si le gouvernement est vraiment sérieux à propos
de la question, il doit instaurer un processus de consultation
qui permettra un débat ouvert sur les options. Si le comité
recommande une loi sur l'équité salariale et que
le gouvernement Lord ne souhaite pas emprunter une telle voie,
il lui reviendra alors de justifier sa décision. Je demande
tout simplement au gouvernement d'instaurer un processus sans
restrictions.
[Traduction]
Au cours des dernières années, le tourisme a été
un de nos principaux secteurs de croissance dans la province.
De 1987 à 1999, les chiffres relatifs au tourisme ont enregistré
une hausse chaque année jusqu'à ce que nous ayons
atteint des recettes de presque 1 milliard de dollars. Le premier
ministre Bernard Lord est alors arrivé au pouvoir, et,
depuis, c'est le déclin. Une des premières mesures
du gouvernement actuel a été de démanteler
le ministère du Tourisme et d'attribuer ses responsabilités
à deux ministères différents, dont le nom
ne contenait pas le mot « tourisme », et de diminuer
son budget de 10 millions de dollars.
En l'an 2000, les chiffres ont enregistré une baisse de
5 %. En 2001, la baisse s'est chiffrée à 7 %. Même
cette année, alors que les responsabilités en matière
de tourisme ont enfin été attribuées de nouveau
à un seul ministère, les dépenses pour les
programmes de commercialisation se chiffrent à seulement
7,1 millions de dollars. Puisque la somme est bien inférieure
aux niveaux de 1999, il semble que le gouvernement n'ait toujours
pas compris. Le tourisme est un domaine où nous pouvons
continuer à croître, mais c'est un domaine qui nécessite
une attention soutenue. On ne peut pas ne rien faire une année
et s'attendre à ce que les chiffres continuent d'être
à la hausse. Cela ne se produira pas. Il faut adopter une
approche dynamique et être prêt à soutenir
l'industrie au moyen de programmes de commercialisation.
Bien que le gouvernement actuel aime parler des mesures qu'il
prend afin d'améliorer les soins de santé, les statistiques
indiquent que les soins de santé dans la province ne se
sont pas améliorés dans les deux années de
mandat du gouvernement. Le premier ministre a constitué
en 1999 le Conseil du premier ministre en matière de qualité
de la santé afin d'essayer de trouver des solutions. Dans
les deux années qui ont suivi, le conseil a dépensé
près de 2 millions pour établir un rapport assorti
de recommandations. Eh bien, le rapport a été publié,
il a été pris acte des recommandations, et les membres
des régies régionales de la santé ont été
nommés. Malgré des dépenses de 2 millions,
les gens du Nouveau-Brunswick n'ont constaté aucun changement
ni aucune amélioration dans le système de soins
de santé par suite des travaux du conseil. Encore aujourd'hui,
36 000 personnes au Nouveau-Brunswick n'ont pas de médecin
de famille, et les listes d'attente pour consulter des spécialistes
ou subir une chirurgie continuent de s'allonger.
Nous pouvons parler un peu de l'éducation et d'un autre
des éléments constitutifs du premier ministre Lord.
Je dirais plutôt qu'ils sont fictifs, en ce moment. Le gouvernement
actuel a démantelé le système qui était
en place au ministère de l'Éducation et il a instauré
des conseils d'éducation de district. Le tout a été
fait sous le prétexte d'habiliter les gens. Il s'agissait
d'une tentative de faire croire aux gens que le nouveau système
leur donnerait davantage un mot à dire et de pouvoir quant
à leurs écoles. Or, nous avons constaté à
quel point le raisonnement n'était pas fondé. Nous
l'avons constaté cette année, lorsque des conseils
d'éducation de district ont voulu faire un peu d'entretien,
réparer quelques toits et remplacer des fenêtres,
sans consulter d'abord le ministre. Celui-ci n'a pas tardé
à dire aux conseils qu'ils avaient outrepassé leurs
pouvoirs.
Je vous mets au défi de trouver un parent qui est convaincu
que le système est meilleur maintenant, qui croit avoir
davantage son mot à dire sur ce qui se passe dans les écoles
ou qui estime que l'éducation de son enfant s'est améliorée.
Réforme de l'éducation? Non. Il s'agit plutôt
d'accroître la bureaucratie et de multiplier les paliers
entre les parents et le système scolaire. Il n'y a aucun
changement dans la salle de classe. Les résultats de test
de nos élèves prouvent que le gouvernement n'est
pas à la hauteur d'apporter des changements là où
cela importe : dans la salle de classe.
Au cours de son mandat, le gouvernement a commandé des
dizaines de rapports et d'études et créé
des groupes de travail et des comités pour trouver des
solutions à certaines des questions les plus controversées
de la province. Toutefois, une fois les travaux achevés,
il semble que le gouvernement actuel n'ait pas le courage de procéder
à la mise en oeuvre des recommandations.
Examinons certains des travaux importants.
Le Conseil du premier ministre en matière de qualité
de la santé a passé deux années à
étudier les soins de santé dans la province, comme
je l'ai mentionné il y a un instant, et la seule recommandation
qui a été adoptée est celle visant la création
des régies régionales de la santé. Même
pour celle-ci, le gouvernement n'a pas suivi la proposition du
conseil de tenir les régies indépendantes du ministère
de la Santé et du Mieux-être. Ce que le gouvernement
a créé, c'est un prolongement du ministère
où le ministre a l'autorité suprême sur les
conseils, ce qui aboutit donc à huit miniministères
de la Santé dans la province. Il y a eu ensuite le rapport
Martel sur les salles d'urgence dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick.
Très peu de mesures ont été prises par suite
de ce rapport.
Le rapport sur Metz Farms est un exemple classique d'un gouvernement
qui demande des conseils et prend ensuite une toute autre direction.
Le rapport sur les VTT a été préparé
grâce à des dizaines de bénévoles qui
ont mis du temps et de l'énergie pour compiler 39 recommandations
visant à rendre plus sécuritaire la conduite des
véhicules tout-terrain. Eh bien, le gouvernement a pris
neuf mois pour finalement accepter une recommandation du rapport
et il a refilé les autres responsabilités à
des organismes privés pour qu'ils trouvent des solutions.
Ensuite, il y a eu, bien sûr, des rapports que le gouvernement
ne veut même pas rendre publics et dont il ne veut même
pas parler, comme le rapport de Cleveland Allaby, d'un coût
de 112 000 $, qui était censé traiter des problèmes
au sein du ministère de la Justice. Il y a aussi eu le
rapport de Normand Martin, un sous-ministre à la retraite,
qui a examiné la meilleure utilisation des ressources humaines.
Il n'est pas clair pourquoi une telle étude a été
entreprise et, à la lecture du rapport, je ne suis pas
sûre qu'il était la seule personne en mesure de le
préparer.
Vous souvenez-vous du rapport Les enfants priment tout?
Le gouvernement a été applaudi pour avoir pris l'initiative.
Toutefois, une des principales recommandations était de
recruter 177 travailleuses et travailleurs sociaux additionnels,
pour lesquels la demande est grande dans tout le système.
Or, nous découvrons maintenant que le ministère
n'est pas disposé à y donner suite. Le rapport du
Comité d'examen des décès d'enfants a été
rendu public il y a deux ans, et rien n'indique qu'aucune des
recommandations ait été mise à exécution.
Qui peut oublier la Table ronde de la ministre sur la gouverne
locale? Il s'agit d'un exercice qui a duré six mois et
fait intervenir des dizaines de personnes. Les 16 recommandations
du rapport ont été reçues, et le gouvernement
a lancé une autre série de consultations, en espérant
retarder encore toute décision controversée jusqu'à
son deuxième mandat. Cette étude de l'étude
devrait durer au moins six autres mois avant que le gouvernement
annonce sa prochaine démarche.
La palme du plus grand nombre d'études, de rapports et
d'analyses financières va à Énergie NB. Depuis
trois ans, le gouvernement actuel dit qu'il annoncera sa décision
sur l'avenir d'Énergie NB, et il a fixé des dates
butoirs à quatre reprises. Toutes les dates butoirs ont
passé. Aucune décision n'a encore été
prise, et les études se poursuivent. Des millions de dollars
ont été dépensés pour donner au gouvernement
actuel les détails sur toutes les options. Le gouvernement
a reçu d'innombrables rapports, études et nouvelles
données. Cependant, l'attente se prolonge, et le refrain
« Pas encore de décision » continue de se réverbérer
du Cabinet du premier ministre aux bureaux d'Énergie NB,
en passant par le MRNE.
Ce qui manque le plus au gouvernement actuel, c'est le courage
de gouverner : le courage d'élaborer des politiques, de
prendre des décisions en fonction de ces politiques et
de défendre ces décisions. Les gens du Nouveau-Brunswick
ont assez attendu. Ils commencent à témoigner de
l'impatience à l'égard d'un gouvernement qui a amplement
eu le temps de trouver sa voie et de prendre position.
Gouverner, c'est prendre des décisions, même lorsqu'elles
sont impopulaires. Gouverner, c'est avoir le courage de faire
les actes de foi qui font avancer la province. Bien gouverner,
c'est s'inquiéter moins des allégeances politiques
et plus des compétences. En outre, bien gouverner, c'est
travailler au mandat actuel au lieu de renforcer ses ressources
afin de remporter les prochaines élections.