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Stratégie d’intervention précoce
La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte le plus destructeur des forêts de l’est du Canada. Les infestations passées ont sévi pendant des décennies et sont la cause de grandes pertes écologiques et économiques. La stratégie d’intervention précoce a été élaborée pour prévenir les infestations avant que des dommages importants ne se produisent, en repérant et en contrôlant les petites populations grandissantes dans les forêts du Nouveau-Brunswick.
Zones de traitement
Le traitement cible des zones forestières particulières du Nouveau-Brunswick où les activités de surveillance révèlent des populations croissantes de tordeuses des bourgeons de l’épinette. La surveillance des populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette se fait au moyen de relevés au sol, d’une télédétection et d’un suivi radar du mouvement des papillons de nuit. Les traitements ne sont pas appliqués dans l’ensemble de la province. Pour connaître les zones traitées cette année, consultez la page Protection de nos forêts.
Produits utilisés pour les traitements
Deux produits à faible dose sont utilisés :
- Bacillus thuringiensis (Btk) – bactérie présente à l’état naturel
- Tébufénozide – produit à base d’hormones
Ces produits ciblent exclusivement la tordeuse des bourgeons de l’épinette et ne présentent pas de risque pour les personnes, les animaux domestiques, la faune ou les poissons lorsqu’ils sont appliqués conformément aux directives. Ils sont pulvérisés sur le couvert forestier au moment optimal pour obtenir les meilleurs résultats avec la plus faible quantité de produit possible. Les épandages sont réalisés à l’aide d’aéronefs spécialisés, tôt le matin ou en soirée, lorsque les vents sont faibles et que les températures sont fraîches. Ces conditions permettent au fin brouillard de traitement d’atteindre efficacement la cime des arbres.
Avant d’être utilisé, tout insecticide doit faire l’objet d’un examen scientifique rigoureux par Santé Canada, qui évalue les risques pour la santé humaine et l’environnement. Les deux produits employés dans le cadre de ce projet ont franchi toutes ces étapes d’évaluation et sont pleinement homologués.
Ils sont intégralement évalués et approuvés par Santé Canada, et sont utilisés selon des règles strictes qui visent à protéger les personnes, la faune et l’eau. Les recherches effectuées confirment l’efficacité des traitements ciblés pour maintenir les populations de tordeuses des bourgeons à un faible niveau tout en réduisant les répercussions sur l’environnement.
Cette stratégie repose sur 12 années de recherches et d’activités de surveillance à grande échelle dans tout le Canada atlantique. Les études ont systématiquement démontré qu’une intervention précoce permettait de prévenir les infestations au Nouveau-Brunswick, et ce, malgré les pressions provenant des régions voisines. Ces éléments confirment que la stratégie constitue une approche efficace et respectueuse de l’environnement pour protéger nos forêts.
Tordeuse des bourgeons de l’épinette – Stratégie d’intervention précoce
La plupart des insectes ne causent pas de dommages importants aux forêts ou aux cultures. Les infestations sont rares et de courte durée. En temps normal, les populations d’insectes demeurent en équilibre avec leur environnement. La tordeuse des bourgeons de l’épinette fait exception. Il s’agit de l’insecte indigène le plus destructeur des forêts canadiennes. Ses cycles d’infestation sont longs — parfois de plusieurs décennies — et peuvent toucher de vastes superficies partout dans les provinces.
Lorsqu’une pullulation de tordeuses survient, des millions d’hectares de forêts d’épinettes et de sapins baumiers sont endommagés ou détruits. La dernière pullulation au Nouveau-Brunswick a duré plus de 20 ans, et plus de cinq millions d’hectares ont été gravement touchés. Au plus fort de l’épidémie, en 1975, 3,2 millions d’hectares ont été touchés en une seule année, ce qui a entraîné d’importantes pertes écologiques et économiques. À cette époque, des pesticides ont été utilisés pour maintenir les arbres en vie jusqu’à ce que la population de tordeuses décline naturellement. Les derniers traitements dans le cadre de ce programme ont été appliqués en 1992. Pour obtenir des renseignements historiques sur les pullulations passées de tordeuses des bourgeons de l’épinette, consultez les dossiers numérisés concernant la lutte antiparasitaire.
En 2007, une nouvelle pullulation est apparue près de Baie-Comeau, au Québec. En 2012, les populations étaient en hausse, et tout indiquait que le Nouveau-Brunswick allait connaître une nouvelle pullulation. À ce moment-là, l’idée d’une intervention précoce était prête à être mise à l’essai. Des chercheurs, des gestionnaires de terres, ainsi que des représentants de l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick et d’organisations non gouvernementales ont alors évalué si le traitement précoce de petites populations en expansion, à l’aide de faibles doses, pouvait réduire l’ampleur des pullulations. Le Partenariat pour une forêt en santé a été créé avec le soutien du gouvernement fédéral.
Phase 1 (de 2014 à 2017) : lancement de la Stratégie d’intervention précoce
En 2014, des scientifiques, des universitaires, des fonctionnaires, des organisations non gouvernementales et des représentants de l’industrie forestière se sont réunis pour lancer ce qui allait devenir le programme de lutte antiparasitaire le plus efficace de l’histoire du secteur forestier du Nouveau-Brunswick. Ensemble, ils ont formé le « Partenariat pour une forêt en santé ».
Grâce à une subvention quadriennale de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, l’équipe a entrepris de tester l’hypothèse selon laquelle le traitement précoce de petites populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette, encore faibles mais en croissance, pourrait prévenir une pullulation majeure. Si cette approche s’avérait efficace, elle permettrait d’éviter les importantes répercussions économiques et écologiques qui résultent habituellement des pullulations qui durent des dizaines d’années.
Dès le départ, la Stratégie d’intervention précoce ne se limitait pas à l’épandage de pesticides. Les chercheurs ont étudié les causes et l’évolution des pullulations, mis à l’essai des doses d’épandage réduites et même mobilisé le public grâce au Programme des pisteurs de tordeuses, qui permettait de suivre la migration des papillons nocturnes. Ils ont également évalué les effets des traitements sur d’autres insectes et sur la faune afin de s’assurer qu’aucun effet indésirable ne se produisait. L’objectif était à la fois de protéger les forêts et de mieux comprendre la dynamique des pullulations.
Les résultats se sont avérés impressionnants. Le Nouveau-Brunswick est parvenu à maintenir les populations de tordeuses à un niveau bas malgré la pression exercée par les populations du Québec voisin. La recherche a permis de montrer que de petits « points chauds » pouvaient être détectés et traités efficacement, tout en limitant au minimum les effets sur les espèces non ciblées et sur les populations présentes dans les zones environnantes. Ces résultats probants ont permis d’accroître le financement et le soutien accordés au programme.
Phase 2 (de 2018 à 2021) : élargissement de la Stratégie et des travaux de recherche
En 2018, le gouvernement fédéral a annoncé un financement supplémentaire pour quatre années additionnelles, permettant d’étendre le programme à l’ensemble du Canada atlantique. Ce soutien arrivait à point nommé : durant l’été 2017, une importante migration de papillons nocturnes en provenance du Québec avait déposé des millions d’œufs sur les arbres dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick. L’événement était d’une telle ampleur que les scientifiques l’ont suivi à l’aide d’un radar météorologique. Cet épisode migratoire a permis de mettre la Stratégie à l’essai et de traiter plus de 200 000 hectares en 2018, soit la plus vaste superficie couverte à ce jour dans le cadre du programme.
D’autres chercheurs ont intégré le programme, ce qui a permis d’élargir la portée des études pour inclure les impacts sur l’écologie des rivières et des ruisseaux, les effets des changements climatiques, l’amélioration des outils de détection de la défoliation ainsi que les répercussions potentielles sur les populations d’oiseaux. Ensemble, les chercheurs ont travaillé à accroître l’efficacité et la sécurité environnementale des traitements de la Stratégie d’intervention précoce, tout en élaborant de meilleurs outils pour déterminer où et quand intervenir. Ils ont travaillé à la modélisation des tendances des populations de tordeuses et à la prévision des pressions futures, en particulier à une époque où les changements climatiques modifient le comportement des insectes, afin que les gestionnaires puissent intervenir avant que les pullulations ne prennent de l’ampleur. D’autres chercheurs se sont penchés sur la biologie et l’écologie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (ses cycles de population, la communication par phéromones et les agents de mortalité naturels) afin d’affiner les approches de gestion. Plusieurs initiatives ont visé à améliorer la surveillance en créant des technologies de détection avancées et ont continué à mobiliser le public au moyen de programmes de science citoyenne. Les travaux se sont également étendus à l’élaboration de pratiques exemplaires pour la planification opérationnelle et à la garantie que la gestion de la tordeuse soutient les objectifs de conservation, notamment la protection des habitats essentiels et le maintien de l’intégrité des bassins hydrographiques boisés. L’ensemble de ces projets a permis de mettre en place une approche plus réactive, mieux informée et écologiquement responsable pour la gestion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette dans la région.
Phase 3 (de 2022 à 2025) : poursuite des travaux de recherche
Après huit années de résultats probants, l’épidémie qui sévissait au Québec menaçait toujours les forêts du Nouveau-Brunswick. Un nouvel accord quadriennal a permis de prolonger le programme jusqu’en 2025. Cette phase a permis d’explorer de nouvelles questions de recherche qui dépassaient le cadre initial et d’affiner les processus de surveillance et de planification qui avaient été mis au point au cours des années précédentes.
Les chercheurs se sont attachés à mieux comprendre comment les pullulations de tordeuses des bourgeons de l’épinette commencent et se propagent, ainsi que dans quelle mesure la Stratégie d’intervention précoce parvient à ralentir cette propagation dans des régions plus vastes. Cela a notamment donné lieu à des études approfondies sur le comportement des populations de tordeuses dans divers types de forêts — par exemple l’épinette noire comparée au sapin baumier — et sur l’influence de la composition des peuplements sur la probabilité qu’une zone devienne une source d’infestation future. Les travaux se sont également poursuivis pour affiner les approches stratégiques et les mettre à l’essai à l’extérieur du Nouveau-Brunswick. Les scientifiques étudient la transition des populations de tordeuses d’un niveau faible à un niveau élevé dans diverses régions de leur aire de répartition, tout en recueillant des données détaillées sur les effets des traitements, tant sur la tordeuse elle-même que sur les espèces non ciblées, comme les parasitoïdes et les oiseaux. Ces connaissances permettront d’améliorer les protocoles de traitement afin qu’ils demeurent efficaces tout en minimisant les impacts sur d’autres espèces sauvages.
L’héritage du Partenariat pour une forêt en santé
La collaboration consacrée depuis 12 ans à la recherche sur l’intervention précoce, connue sous le nom de « Partenariat pour une forêt en santé », a pris fin en 2025. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick mettra à profit les leçons retenues pour poursuivre la mise en œuvre d’une stratégie d’intervention précoce, qui s’est révélée être l’approche la plus respectueuse de l’environnement et de l’écologie pour protéger les ressources forestières de la province. Pour en savoir davantage sur la mise en œuvre de la Stratégie d’intervention précoce, consultez la gestion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Nouveau-Brunswick.